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30 septembre 2017.

Protéger l’eau, c’est aussi
un devoir politique

Palais fédéral, Berne, 18 septembre. Ce jour-là, les parlementaires (...)

Palais fédéral, Berne, 18 septembre. Ce jour-là, les parlementaires trouvent sur leurs pupitres une bouteille contenant un message qui leur est adressé par l’un des membres de leur hémicycle : "Engageons-nous en faveur de notre approvisionnement en eau potable et prenons soin de nos ressources hydriques !". Se faisant le porte-parole des distributeurs d’eau du pays, le député tessinois Marco Romano entendait ainsi rappeler à ses collègues députés que les faiseurs de lois, compte tenu de leurs mandats et compétences, ont leur part de responsabilités et de devoirs en matière de protection et de gestion durable des ressources en eau potable.

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"Vous pouvez envoyer un message clair avec votre bouteille d’eau : remplissez-la de notre eau pour une
contribution immédiate. En effet, une consommation suffisante d’eau, notamment durant notre travail
au Parlement, est bénéfique pour la santé et aiguise nos sens."
(Photos M.Würtenberg/ex-press/SSIGE)

"Notre eau potable a besoin de lois claires et applicables", lit-on dans le message contenu dans cet appel [1] lancé comme une "bouteille à la mer" : autrement dit, il revient aux pouvoirs législatifs de définir comment aménager le territoire de manière à préserver les ressources en eau potable stratégiquement essentielles ; d’édicter les normes à ne pas dépasser pour les substances polluantes émises par l’agriculture, l’industrie, les zones urbaines, les infrastructures de transport, mais aussi les ménages ; de garantir le financement de la lutte contre les risques liés aux pesticides et aux micropolluants ; ou encore de veiller à ce que les intérêts des distributeurs d’eau soient davantage pris en compte dans les débats relatifs à la politique agricole.

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Marco Romano, conseiller national

Marco Romano, par ailleurs conseiller municipal à Mendrisio, dans le sud du Tessin, et président de l’Acquedotto Regionale del Mendrisiotto, un consortium intercommunal qui assure l’approvisionnement en eau potable de quelque 45’000 habitants, considère que cette ressource fait partie du patrimoine des communes : "Le captage et la distribution d’eau potable propre sont un privilège qui doit rester au centre de nos préoccupations. Un approvisionnement durable est une condition préalable du développement de notre économie."

Deux questions au gouvernement

Durant la même session parlementaire, le député tessinois, inquiet de constater que l’approvisionnement durable en eau potable est de plus en plus menacé, s’est également adressé au gouvernement fédéral pour lui poser deux questions :
- Comment envisage-t-il de mettre en œuvre la législation sur la protection des eaux, en particulier le principe de précaution en vigueur et l’interdiction de polluer, de sorte qu’à l’avenir la plus grande partie de l’eau potable n’ait besoin d’aucun traitement ?
- Comment, à l’échelle interrégionale, la protection des ressources et des infrastructures d’eau potable, importantes sur le plan stratégique, sera-t-elle garantie en termes de planification à moyen et à long terme ? [2]

La stratégie des distributeurs d’eau

Ces dernières années, s’agissant de l’exploitation des ressources en eau, il a beaucoup été question en Suisse, dans les débats parlementaires comme dans l’opinion publique, de l’avenir de l’énergie hydraulique. Les distributeurs d’eau estiment, quant à eux, que le monde politique a négligé de s’intéresser à la protection durable de l’eau potable, alors même que des conflits d’intérêts font peser des menaces sur la qualité des eaux de surface, des sources et des nappes phréatiques. "La société suisse, dit-on du côté des professionnels de l’eau [3], serait bien inspirée de revoir son rapport à l’eau alors qu’il en est encore temps."

En Suisse, l’approvisionnement en eau potable est globalement satisfaisant et ses coûts relativement faibles, par ailleurs l’eau brute est dans la plupart des cas de bonne qualité. Mais les défis ne manquent pas : dans certaines régions, par exemple, la sécurité d’approvisionnement ne serait pas suffisamment garantie ; les zones de protection définies par la loi sont loin d’être toutes respectées et les réglementations en la matière devraient être davantage contraignantes ; les nappes d’eaux souterraines subissent d’importantes contaminations de substances absolument indésirables, à quoi s’ajoutent aujourd’hui des problèmes inédits liés aux changements climatiques et générateurs de nouveaux conflits d’usage. Tout cela, et d’autres faits inquiétants encore, menace gravement la pérennité de la ressource.

Sur le plan structurel, de nouvelles questions sont apparues au fil du temps qui demandent elles aussi des réponses adéquates et efficaces : elles ont trait à la coordination intercommunale et à la régionalisation des services de l’eau ; aux moyens de financement durable des infrastructures, de leur entretien et de leur remplacement ; à la réduction des coûts des municipalités ; à la professionnalisation des services et à l’adoption de méthodes de gestion modernes induites par les techniques de numérisation ; etc.

Face à cette accumulation de défis, les distributeurs ont aujourd’hui la conviction que la sécurité de l’approvisionnement en eau potable ne se résume pas en un catalogue de solutions techniques, mais qu’elle nécessite une action politique digne de ce nom. Dans la nouvelle stratégie qu’elle a adoptée au début de l’été dernier, leur organisation faitière - la Société Suisse de l’Industrie du Gaz et des Eaux – s’est fixé entre autres objectifs d’obtenir du monde politique qu’il renforce, dans la législation sur l’aménagement du territoire, les règles et les instruments de planification qui permettront à la fois de mieux protéger la ressource et de garantir à toute la population un approvisionnement en eau de la meilleure qualité possible, de la source au robinet. D’où le message on ne peut plus clair déposé sur les pupitres des parlementaires fédéraux. Bouteille à l’appui.

Bernard Weissbrodt



Notes

[1Ce message émanait de la Société Suisse de l’Industrie du Gaz et des Eaux (SSIGE), avec le soutien de l’Association suisse des professionnels de la protection des eaux (VSA).
La SSIGE, fondée en 1873, est l’organisation professionnelle nationale des distributeurs de gaz, d’eau et d’énergie thermique. Dans le domaine de l’eau, elle a pour objectif d’encourager et de coordonner au niveau technique l’approvisionnement durable de la population en eau potable, d’une qualité irréprochable et en quantité suffisante. Elle dispose d’un fort ancrage régional qui lui permet d’assurer des prestations de service sur l’ensemble du territoire. Elle s’engage également pour la protection des ressources en eau.

[2Voir le texte complet de l’interpellation "Garantir l’approvisionnement durable en eau potable" du conseiller national Marco Romano sur le site du Parlement fédéral.

[3Christoph Meier, "L’eau est aussi un enjeu politique", dans Reflets, 03/2017, magazine trimestriel de la SSIGE.

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  • Le Lac

    “Si près qu’ils approchent du lac, les hommes n’en deviennent pas pour ça grenouilles ou brochets. Ils bâtissent leurs villas tout autour, se mettent à l’eau constamment, deviennent nudistes… N’importe. L’eau traîtresse et irrespirable à l’homme, fidèle et nourrissante aux poissons, continue à traiter les hommes en hommes et les poissons en poissons. Et jusqu’à présent aucun sportif ne peut se vanter d’avoir été traité différemment”. (Henri Michaux, "La nuit remue", 1935)

Glossaire

  • Limnologie

    Père de la limnologie (du grec "limné", lac, étang), le savant suisse François-Alphonse Forel (1841-1912) parlait d’elle comme de "l’océanographie des lacs". Il la définissait comme la "science des eaux continentales, des eaux stagnantes réunies dans des bassins limités et profonds, qui ne sont ni des fleuves ou rivières, ni des marais ou étangs, ni des eaux souterraines". Aujourd’hui, cette discipline a pris le sens plus large d’étude de tous les aspects écosystémiques des lacs et des grands réservoirs naturels d’eau douce à ciel ouvert.


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