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Le Gange, mythe et pollution

Dans la plupart des croyances et religions, l’eau occupe généralement une place de choix. Notamment au travers de nombreux rites de purification, baptêmes et aspersions, bains et ablutions. Avec cette conviction que l’action physique de l’eau sur le corps se traduit aussi par un réel changement spirituel intérieur. Ce qui parfois n’exclut pas la confrontation avec quelques interrogations moins prosaïques… notamment en Inde, sur les rives du Gange.
2005
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Couverture du livre « En remontant la vallée du Gange », Olga et Arnaud de Turckheim, Actes Sud, 2004.

« Les Indiens, rappelle Françoise Vernes, spécialiste de l’Inde, ont une croyance ancestrale en la pureté de l’eau du Gange d’origine céleste… Pour tout Indien, se baigner dans les lieux sacrés les plus bénéfiques du fleuve, comme la confluence de plusieurs cours d’eau, équivaut à une régénération physique mais aussi à une transformation de l’être. »

La réalité d’aujourd’hui est que le fleuve subit d’importantes pollutions industrielles auxquelles s’ajoute le déversement de grandes quantités d’eaux usées urbaines non traitées. Comment dès lors concilier tradition religieuse et risques sanitaires ? « Sacralisé par plus d’un milliard d’habitants, le Gange ne peut être traité comme un fleuve ordinaire. Vouloir s’attaquer à la dépollution de ses eaux demande la prise en compte d’une culture ou, plus précisément, d’une foi populaire. »

Au terme de son étude, Françoise Vernes conclut que dans ce pays la pensée scientifique ou rationnelle n’est pas forcément distincte de la pensée magique ou irrationnelle : « C’est spécifiquement en Inde que l’on trouve une coexistence entre la tradition et la science, car dans la vie courante les actes quotidiens de tout Indien sont soumis à une représentation symbolique. Ainsi toute solution pour traiter la gestion de l’eau ne peut passer que par la prise en compte de ces représentations. Le Gange nous montre qu’un fleuve sacré peut provoquer une pollution généralisée, où s’affrontent les traditions religieuses millénaires et la nécessité actuelle d’améliorer la qualité sanitaire de l’eau. Certains dignitaires religieux considèrent maintenant qu’il y a lieu de mettre en œuvre, sans heurter les convictions des pèlerins, les moyens d’assainir l’eau du fleuve. Le résultat de cette confrontation n’exclut pas que la santé de l’homme exige l’emploi de l’eau potable. » *

*Citations de Françoise Vernes

extraites de « les vertus de l’eau du Gange »,
dans « l’eau à la bouche »,
Fondation Alimentarium, Vevey, 2005, pp.221-230.

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Faut-il boire l’eau des rites religieux ?

Ici et là, en pays de chrétienté, des eaux de sources sont réputées apporter la guérison. Peu importent alors leurs qualités intrinsèques, explique Isabelle Raboud-Schüle, commissaire de l’exposition « l’eau à la bouche » : « leurs vertus ressortent de l’histoire du saint et de la démarche du pèlerin et non de leur composition chimique ». En général, ces eaux sont appliquées sur les parties du corps dont elles sont censées soulager les maux et ne sont bues que lorsqu’elles pourraient faciliter la digestion.

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Burettes pour l’eau et le vin de messe, étain, 19e s. (photo aqueduc.info)

Que dire alors de ces eaux de sources et de fontaines liées à des lieux de culte et que le pèlerin se fait un devoir de boire quand ce n’est pas d’en remplir sa gourde ? Là, note l’ethnologue, le pouvoir de l’eau « est d’abord intimement inscrit dans un lieu et symbolisé par un parcours à accomplir vers et autour de la fontaine. Le contact avec l’eau matérialise le lien avec le saint. On peut emporter l’eau avec soi pour en bénéficier ultérieurement ou pour d’autres (…) Si on peut sans doute boire l’eau de Lourdes, celle-ci n’est pas pour autant une boisson. L’immersion, en se rendant à la fameuse piscine, reste pour le croyant, et peut-être aussi pour les autres, la manière la plus intense de se relier avec tout ce que cette source représente. L’ingestion n’est qu’une alternative mineure pour établir ce même lien sans se rendre sur place. »

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