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DOSSIER - L’EAU ET LA FORÊT

La forêt à l’enseigne de la Journée mondiale des zones humides (2 février)

L’Année internationale des forêts fournit à la Convention de Ramsar une belle opportunité de braquer les projecteurs sur un type particulier de zones boisées, celles qui sont souvent ou toujours humides et dont nous dépendons pour notre approvisionnement en eau douce. Rencontre avec le biologiste bâlois Tobias Salathé, conseiller principal pour l’Europe au secrétariat de la Convention de Ramsar.
20 janvier 2011


- Quand on parle de zone humide, on pense d’abord à l’un ou l’autre des étangs et roselières que l’on découvre lorsqu’on se promène dans la campagne ou au milieu d’une forêt, mais ce n’est évidemment pas que cela

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Tobias Salathé
dans une roselière au sud de Tver (Russie)
(Photo : T.Minaeva)

Le plus important, à ce sujet, est de comprendre que tous les écosystèmes sont liés à l’eau, et à l’eau douce (surtout) qui en est l’élément liant. Dans le cycle hydrologique, les zones humides sont aussi essentielles que les forêts. Ce sont des paysages et des systèmes qui fonctionnent chacun de manière particulière, qui rendent des services écologiques, produisent des biens spécifiques, et qui s’inscrivent à l’intérieur des bassins versants où chaque goutte d’eau de pluie finit dans le même fleuve et est emportée vers la même mer. Ce peut être effectivement une mare ou une roselière, mais cela inclut aussi les rivières, les lacs et les zones littorales.

- Ces zones humides ont longtemps véhiculé une image traditionnellement négative d’espaces insalubres et l’homme a souvent tenté de les rayer de la carte

Si on remonte loin dans l’histoire, on voit que de nombreuses civilisations et sociétés humaines se sont directement installées à proximité de ces zones humides, car elles avaient besoin d’eau pour survivre. Rome était à côté des Marais Pontins, Amsterdam, Saint-Pétersbourg et bien d’autres grandes villes ont été construites initialement sur des marais ou à proximité des cours d’eau. Ce n’est que beaucoup plus tard, au 20e siècle, que l’on a commencé à s’y intéresser pour les drainer et les convertir en terres agricoles.

À la longue, l’agriculture peut représenter une menace pour les zones humides. C’est encore vrai aujourd’hui, mais lorsque les gouvernements ont compris qu’elles étaient utiles et nécessaires à l’équilibre écologique, ils ont signé une Convention internationale, en 1971 à Ramsar, en Iran, pour promouvoir leur protection et leur utilisation rationnelle. C’est le premier traité global dans le domaine de l’environnement.

De fait, il y a aussi en Europe beaucoup de prairies humides, de zones à pâturage et à fauchage qui ne produisent de l’herbe, des graminées ou du fourrage que parce qu’elles sont provisoirement inondées et irriguées. Autrement dit, l’homme peut aussi créer de nouvelles zones humides : c’est le cas par exemple des bassins d’accumulation qui peuvent avoir des rives naturelles à pente douce hébergeant une faune et une flore très riches, des rizières, des marais salants et autres.

- Il y a, dans cette prise de conscience de la nécessité de protéger les zones humides, quelque chose d’assez paradoxal puisque ce sont des chasseurs qui s’en sont préoccupés les premiers

Au tout début des années 1960, ce sont effectivement des gens intéressés par les oiseaux migrateurs, les canards et les oies, qui se sont préoccupés de la disparition des zones humides qui leur servaient de lieux d’escale. Pour les chasseurs, la disparition de ces zones signifiait tout simplement moins de gibier d’eau.

Il est intéressant de noter par exemple que des ingénieurs hollandais, maîtres en la matière, avaient été appelés en Angleterre pour construire des polders et des digues qui permettaient de mieux gérer les inondations, de les capter à l’intérieur des polders et de les faire passer plus rapidement vers la mer. Avec le temps, l’un ou l’autre de ces polders ont développé beaucoup de fonctions pour la nature : on y trouve des orchidées rares, les oiseaux migrateurs y font escale. Et aujourd’hui, c’est plutôt cette fonction de protection de la biodiversité qui a pris le dessus sur celle de rétention des crues. Et le nouveau défi à résoudre est de vérifier comment conjuguer les deux.

- Justement, l’une des grandes questions que l’on se pose aujourd’hui au sujet des zones humides est de reconnaître les services que rendent ces écosystèmes

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Forêt riveraine
de la rivière Kotra
à la frontière entre
Lituanie et Biélorussie
(photo © Tobias Salathé)

Oui, et tout d’abord leur fonction de purification naturelle de l’eau pour la rendre potable. Dans de nombreux pays où l’on a suffisamment d’espace pour cela, on a développé des systèmes de lagunage où les eaux usées passent par des zones de roseaux ou de plantes aquatiques qui captent l’essentiel des polluants organiques ou autres. C’est beaucoup moins coûteux que de construire des stations d’épuration. Et faire ce genre de calculs peut se révéler économiquement intéressant dans bien des cas.

Une autre fonction des zones humides est de retenir de l’eau en période de crues et diminuer l’impact des inondations. Par exemple, lors de l’épisode Xynthia de 2010, le site Ramsar situé sur les côtes de l’Île de Ré, en France, a capté la plus grande partie de la masse d’eau de la tempête et les dégâts y ont été bien moindres que sur la côte vendéenne. À l’inverse, les déforestations faites au Pakistan en amont des bassins versants ont érodé les sols fertiles, amené de la désertification et provoqué en aval de graves inondations avec les immenses dégâts que l’on sait. En Afrique, notamment le long du fleuve Sénégal, on a construit de grands barrages pour pouvoir irriguer toute l’année, mais on a déréglé le cycle hydrologique annuel et beaucoup de problèmes sont apparus par la suite.

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Ripisylve de la
rivière Thaya/Dyie
en République tchèque
(photo © Tobias Salathé)

- L’un des messages de la Convention de Ramsar à l’occasion de cette Journée 2011 des zones humides, c’est donc qu’il nous faut réapprendre les différents services qu’elles rendent à la nature mais aussi à la société ?

On se rend compte de plus en plus en effet que tout est connecté et que l’on vit dans un écosystème planétaire : l’eau, le climat et la biodiversité sont liés. Dans le cycle hydrologique, les zones humides et les zones boisées sont absolument essentielles. Il importe de bien comprendre tout cela avant de construire des infrastructures qui nous réservent beaucoup de surprises. Au bout du compte, ces aménagements technologiques coûtent beaucoup plus cher que si on avait cherché des solutions intelligentes à partir des services que nous offrent les écosystèmes. Réfléchir en termes de zones humides, et donc d’infrastructures naturelles, c’est clairement la porte d’entrée pour un vrai développement durable. Et tout le contraire de l’approche irresponsable qui consiste à utiliser une ressource sans se préoccuper du lendemain. Il faut s’en souvenir quand on fait des choix de développement.

Propos recueillis par Bernard Weissbrodt

- Lire aussi Tourbières, ripisylves et mangroves
et voir l’album photo de Tobias Salathé

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- Autres informations concernant la Journée mondiale des zones humides 2011 disponibles sur le site de la Convention de Ramsar


:: La Convention
de Ramsar

La Convention sur les zones humides, plus connue sous le label Convention de Ramsar, nom de la ville iranienne où elle a été signée en 1971, est le premier grand traité d’importance mondiale en matière de protection des écosystèmes auquel ont jusqu’à présent adhéré 160 États. La Convention, dont le secrétariat permanent est établi à Gland (Suisse), a pour mission « la conservation et l’utilisation des zones humides par des actions locales, régionales et nationales et par la coopération internationale, en tant que contribution à la réalisation du développement durable dans le monde entier ». Tous les pays membres de la Convention doivent inscrire au moins une zone humide d’importance internationale. Actuellement la liste de ces zones’ Ramsar’ compte 1911 sites (dont 11 en Suisse).

- Le site web de la Convention de Ramsar


:: Les zones humides

« Les zones humides sont des étendues de marais, de fagnes, de tourbières ou d’eaux naturelles ou artificielles, permanentes ou temporaires, où l’eau est stagnante ou courante, douce, saumâtre ou salée, y compris des étendues d’eau marine dont la profondeur à marée basse n’excède pas six mètres ».
(Convention de Ramsar sur les zones humides, article 1)


:: Les 11 sites suisses
de la Liste de Ramsar

- Bolle di Magadino (Tessin)
- Fanel et Chablais de Cudrefin (Berne, Neuchâtel, Vaud)
- Kaltbrunner Riet (St-Gall)
- Klingnauer Stausee (Argovie)
- Laubersmad-Salwidili (Lucerne)
- Le Rhône genevois - Vallons de l’Allondon et de La Laire (Genève)
- Les Grangettes (Vaud)
- Niederried Stausee (Berne)
- Marge proglaciaire du glacier du Rhône (Valais)
- Rive sud du lac de Neuchâtel (Fribourg, Vaud)
- Vadret da Roseg (Grisons)

- En savoir plus
sur le site Ramsar


:: Un service écologique a un prix : l’exemple d’Évian et du Pays de Gavot

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Plateau de Gavot :
sentier découverte dans
le bas-marais protégé
de Maravant
(© Tobias Salathé)

L’impluvium d’Évian, c’est-à-dire la zone géographique naturelle de captage et de stockage des eaux qui alimentent les sources en eaux minérales de la célèbre station balnéaire française, est situé sur le Plateau de Gavot entre les montagnes de Haute-Savoie et le Lac Léman. Inscrit depuis 2008 sur la liste Ramsar des sites protégés d’importance internationale et d’une superficie de plus de 3’200 hectares, il constitue un ensemble de zones humides remarquable et très diversifié. L’enjeu de sa protection n’est pas seulement écologique, mais également économique. « La Société des eaux minérales d’Évian, explique Tobias Salathé, a passé des accords avec les agriculteurs et les éleveurs installés dans cette zone pour qu’ils limitent au maximum l’usage de fertilisants et de pesticides. C’est un bon exemple d’investissement financier pour le service rendu par un écosystème et de réponse aux défis liés aux zones humides. »

- En savoir davantage sur le site de la Communauté de communes du Pays d’Évian

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