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Les Karajas, peuple de l’eau (Brésil)

Les Karajas forment l’un des quinze peuples amérindiens vivant dans la savane arborée du Cerrado, au centre du Brésil et à la limite de l’Amazonie. Edith Wenger, chargée de mission auprès du WWF-Allemagne, explique qu’installés en bordure du fleuve Araguaia, ils continuent de vivre véritablement en symbiose avec la nature mais que les projets économiques en cours menacent leur survie.
7 novembre 2003
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L’eau et le fleuve au coeur de tous les rites

Chez les Karajas, toute la mythologie et tous les rituels tournent autour de l’eau. Leurs techniques de subsistance, ils les ont développées en fonction du cycle hydrologique, leurs croyances et leurs modes de vie s’expriment au rythme de la respiration du fleuve. Leur existence se déroule en effet sur quatre saisons qui n’ont pas grand chose à voir avec le calendrier civil, à savoir : les premières pluies et le début de la montée des eaux, la période de crues et d’inondations, la baisse des eaux du fleuve et finalement la période d’étiage.

A chacune de ces saisons correspondent des activités piscicoles et agricoles différentes et donc aussi des régimes alimentaires variables : pêche difficile en période de crues mais abondance de petits poissons pendant la décrue, alternance de cultures de cycles longs et courts, de cueillette de fruits en forêt ou de recherche d’œufs de tortue, etc. La nourriture y est toujours fraîche … et de saison !

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Les variations de niveau du fleuve peuvent atteindre 8 à 10 mètres
(photos E.Wenger)

L’univers fluvial fournit aux Karajas tout ce dont ils ont besoin pour vivre : bois pour l’habitat et les pirogues, roseaux pour les flèches utilisées pour la capture du poisson, fibres de palmier pour fabriquer filets et nattes, herbes pour la médecine traditionnelle, colorants naturels et autres matériaux utiles à la confection de multiples objets, peignes, colliers, etc.

Mais Edith Wenger tire aussi la sonnette d’alarme : le développement économique est en train de rattraper les Karajas, leurs territoires et leurs ressources naturelles sont souvent exploitées, voire privatisées ; leur petit nombre (6 habitants au kilomètre carré) n’incite pas les autorités politiques à tenir compte de leur existence.

"Pourtant leur connaissance intime du fleuve, de son cycle hydrologique, de ses ressources, devrait permettre aux décideurs de pouvoir gérer le bassin fluvial en le respectant, en conservant intactes ses fonctions pour le plus grand bien à long terme de tous les usagers."

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Le projet brésilien de corridor centre-nord

Depuis plusieurs années, le gouvernement brésilien projette de développer le Cerrado (un million et demi de kilomètres carrés) en le transformant en monoculture de soja destiné à l’exportation, vers l’Europe en particulier.

Parallèlement, et pour économiser les coûts de transport de cette production de soja, il est prévu de désenclaver ce secteur par l’aménagement de plus de 2500 kilomètres de voies navigables sur trois grands fleuves : Araguaia, Tocantins et Rio das Mortes.

Les associations indigènes et écologistes pointent du doigt plusieurs conséquences prévisibles de ce projet : disparition d’un patrimoine naturel exceptionnel, érosion et pollution des sols liées à la culture intensive, régression de l’habitat naturel de la faune aquatique subissant le passage continu de convois de péniches, banalisation des milieux fluviaux qui font la richesse culturelle des peuples de l’eau…

Bref, 20’000 indigènes vivant en symbiose avec les fleuves risquent de faire les frais des intérêts économiques internationaux et sont peut-être condamnés au musée.

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