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30 mars 2011.

L’accident de Fukushima rappelle que l’eau, aussi, est essentielle aux centrales nucléaires

La catastrophe nucléaire survenue à la centrale japonaise de (...)

La catastrophe nucléaire survenue à la centrale japonaise de Fukushima, suite aux impacts conjugués du tremblement de terre et du tsunami du 11 mars 2011, attire l’attention du public non seulement sur les risques et dangers des centrales nucléaires, mais aussi sur la place essentielle, souvent méconnue, que l’eau occupe dans leur fonctionnement et sur les problèmes de sa gestion en cas d’accident grave.

Pour produire de l’électricité, une centrale nucléaire n’a pas seulement besoin de combustible, donc d’uranium, de plutonium et autres matières fissiles, mais aussi de grandes quantités d’eau. Très schématiquement dit, le réacteur dégage de la chaleur ; celle-ci est utilisée pour chauffer l’eau et la transformer en vapeur, laquelle, mise sous pression, actionne une turbine qui à son tour entraîne un alternateur qui produit de l’électricité.

En suite de quoi, cette vapeur passe par un circuit de refroidissement où elle se condense, redevient liquide, repart dans le circuit de génération de vapeur, et ainsi de suite. L’eau qui a servi à la condensation et a subi du coup un certain réchauffement est rejetée directement dans les cours d’eau voisins ou dans les célèbres tours de refroidissement qui caractérisent l’environnement des centrales.

Des centrales très gourmandes en eau

Toutes les centrales de production d’énergie sont extrêmement gourmandes en eau, et les centrales nucléaires encore plus que les autres, ce qui explique pourquoi nombre de pays, pour préserver leurs ressources en eau douce, font le choix de les installer en bordure de mer. “La France aime à se vanter de son parc nucléaire, qui fournit près de 78 % de l’électricité du pays, écrit dans Le Temps (1) Brhama Chellaney, professeur d’études stratégiques au Centre de recherche politique de New Delhi. Mais les besoins en eau de l’industrie nucléaire l’obligent à prélever jusqu’à 19 milliards de mètres cubes d’eau par an dans les rivières et les lacs, soit près de la moitié de la consommation totale d’eau douce de la France”.

Rappelant aussi que plusieurs centrales avaient dû être mises à l’arrêt lors de récentes canicules, l’expert indien note aussi que les changements climatiques constituent un nouveau défi pour le nucléaire : “Il est assez paradoxal de constater que ces conditions climatiques qui ont limité la production d’électricité des centrales nucléaires en 2003 et 2006 en Europe sont les mêmes qui ont provoqué un pic de consommation en raison de l’utilisation accrue des climatiseurs.”

Que faire de l’eau contaminée ?

La catastrophe de Fukushima est la démonstration que les centrales nucléaires ne sont pas non plus à l’abri de catastrophes naturelles, surtout quand leurs impacts s’accumulent brutalement. De l’eau, il s’en est déversé massivement dans les installations japonaises lors du tsunami du 11 mars, provoquant une panne des systèmes de refroidissement. Et il a fallu en projeter d’énormes quantités sur la centrale, et de toute urgence, pour refroidir les réacteurs qui, de surcroît, semblent eux aussi avoir été endommagés. Il faut savoir aussi que lorsqu’on l’arrête, un réacteur garde une forte puissance thermique qui ne diminue que très lentement.

Ces masses d’eau - sans doute plusieurs milliers de mètres cubes, sans oublier non plus l’eau des piscines préexistantes et qui servent à l’entreposage des combustibles usés - ont été contaminées au contact de divers équipements, notamment des enceintes de confinement qui paraissent avoir perdu de leur étanchéité. Elles ont ensuite ruisselé vers les autres bâtiments en les inondant, vers les terres avoisinantes ou vers les côtes de l’océan. Le défi qui se pose désormais aux exploitants de la centrale comme aux autorités japonaises est de récupérer cette eau, de la stocker en lieu sûr et de la traiter.

On peut certes pomper cette eau contaminée, mais, ensuite, où la mettre ? Dans une interview donnée à la Radio suisse romande (2), Thierry Charles, directeur de la sûreté des centrales à l’Institut français de radioprotection et de sûreté nucléaire, avance diverses hypothèses, entre autres celles qui consistent à utiliser des cuves existant dans l’installation ou à recourir à un tanker ou tout autre contenant flottant. Voire, en toute extrémité et selon le degré de contamination des eaux, à les rejeter en mer.

De toute façon, il faudra ensuite la traiter. Plusieurs techniques sont envisageables selon Thierry Charles : “On peut faire de la filtration, évacuer les particules grossières et réduire la radioactivité. Mais cela ne suffira pas. Une deuxième possibilité est de la traiter sur des résines qui épurent l’eau comme on le fait avec des échangeurs d’ions pour les piscines. La troisième solution, plus efficace mais plus compliquée à mettre en œuvre, c’est de chauffer l’eau contaminée et de la faire s’évaporer. On va ainsi récupérer une eau relativement propre et, dans le contenant, ne restera qu’un volume d’eau beaucoup plus faible, très chargé en radioactivité, mais plus facilement maîtrisable.” (Sources : agences et références citées)


(1) “Le changement climatique défie le nucléaire”, Le Temps, 17 mars 2011
(2) Radio suisse romande, La Première, Le 12h30, 30 mars 2011




Infos complémentaires

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:: L’impact des rejets radioactifs sur le milieu marin

L’Institut français de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a publié le 4 avril 2011 une note d’information sur l’impact sur le milieu marin des rejets radioactifs consécutifs à l’accident nucléaire de Fukushima.

Cette note rappelle tout d’abord les principales origines de cette pollution radioactive en mer, à savoir :
- le déversement direct d’eaux contaminées depuis la centrale ;
- le transfert par les rivières des polluants radioactifs déposés au sol à la suite des rejets atmosphériques, puis lessivés par la pluie ;
- les retombées dans l’océan d’une partie des radionucléides du panache atmosphérique, que les courants aériens ont dirigé vers la mer lors de l’accident.

L’IRSN précise que certains de ces radionucléides sont solubles, qu’ils vont donc être transportés par les courants marins et se disperser dans les masses d’eau océaniques sur des distances très importantes. D’autres ont tendance à se fixer, plus ou moins facilement, sur les particules solides en suspension dans l’eau, entraînant une contamination sédimentaire après dépôt sur les fonds océaniques.

En fonction de la persistance de ces radionucléides et de leurs concentrations plus ou moins importantes, certaines espèces végétales ou animales pourraient être contaminées à des niveaux significatifs, justifiant la mise en place d’un programme de surveillance radiologique des installations aquacoles situées sur le littoral proche de la centrale nucléaire et des produits de la mer (algues, mollusques, poissons) en provenance des zones les plus impactées. (Source : IRSN)

- Cette note est disponible sur le site de l’IRSN

Glossaire

  • Eau potable

    La législation suisse sur les denrées alimentaires définit l’eau potable comme une "eau naturelle ou traitée qui convient à la consommation, à la cuisson d’aliments, à la préparation de mets et au nettoyage d’objets entrant en contact avec les denrées alimentaires". Cette eau doit être "salubre sur les plans microbiologique, chimique et physique". La loi définit de manière précise les exigences de qualité auxquelles elle doit satisfaire en tout temps et les concentrations maximales admissibles de diverses substances.

Mot d’eau

  • Eaux de source

    "Rosette témoigna, pour apaiser sa soif, le désir de boire aussi de cette eau, et me pria de lui en apporter quelques gouttes, n’osant pas, disait-elle, se pencher autant qu’il le fallait pour y atteindre. Je plongeai mes deux mains aussi exactement jointes que possible dans la claire fontaine, ensuite je les haussai comme une coupe jusqu’aux lèvres de Rosette, et je les tins ainsi jusqu’à ce qu’elle eût tari l’eau qu’elles renfermaient, ce qui ne fut pas long, car il y en avait fort peu, et ce peu dégouttait à travers mes doigts, si serrés que je les tinsse." (Théophile Gauthier, "Mademoiselle de Maupin", (...)

Mot d’eau

  • « Le fleuve me hantait »

    "La proximité de sa grandeur réveillait en moi une antique terreur des eaux qui, en présence des rivières et des fleuves, même vus du rivage, me tourmente l’âme. La fluidité des eaux fluviales, lentes ou rapides, me trouble, où je décèle un monde à demi visible de formes fugitives qui tentent et parfois fascinent l’âme inattentive. Ce sont des êtres sinueux et insinuants que les fleuves et les rivières, même farouches." (Henri Bosco, "Malicroix", 1948)


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