AccueilInfosOn en parle

24 janvier 2018.

Que sait-on de l’impact de la fonte des glaciers sur les ressources en eau ?

Le recul des glaciers dû au réchauffement climatique et les (...)

Le recul des glaciers dû au réchauffement climatique et les changements hydrologiques que provoque ce phénomène un peu partout sur la planète soulève bien des questions quant à la durabilité des ressources en eau. Il y a en effet de quoi s’en préoccuper quand on sait que les grands bassins versants glaciaires représentent un quart environ des territoires du globe et que près d’un tiers de la population mondiale dépend fortement des eaux de fonte entre autres pour son approvisionnement en eau potable, pour ses activités agricoles et industrielles et pour sa production d’énergie. Peu de chercheurs s’étaient jusqu’à présent intéressés de près aux conséquences hydrologiques du retrait des glaciers à l’échelle mondiale. Mais l’étude que viennent de publier deux glaciologues engagés notamment à l’École polytechnique fédérale de Zurich et à l’Université de l’Alaska de Fairbanks (USA) permet de mieux les appréhender.

JPEG - 204.6 ko
Émissaire du glacier d’Aletsch (Valais, Suisse) en été 2015.
L’impact du réchauffement climatique sur le plus grand glacier d’Europe, compte tenu de sa taille,
devrait être plus lent que sur la plupart des autres glaciers de l’arc alpin. (photo E.Lehmann)

Partout dans le monde, les glaciers de montagne ont fortement réagi aux récents changements climatiques (ils ont perdu entre 37% à 99% de leur volume) et ils continueront de se rétrécir tout au long du 21e siècle. Dans leur étude [1], Matthias Huss et Régine Hock expliquent qu’au fur et à mesure qu’ils se retirent, les glaciers libèrent en été des quantités d’eau qui vont chaque année en augmentant jusqu’à un moment - appelé "pic d’eau" (Peak Water) – où cette tendance s’infléchit et se traduit par une réduction progressive du volume d’eau qui s’écoule encore du stock de glace restant. Ce qui, alors, n’est pas sans conséquences en aval du glacier sur la disponibilité de l’eau douce durant cette période de fonte.

Les deux chercheurs ont étudié 56 bassins versants (hormis l’Antarctique et le Groenland) d’une superficie supérieure à 5’000 km2 et alimentés par un glacier d’au moins 30 km2. Dans leurs analyses, ils ont pris en compte de nombreux paramètres comme les cumuls et les pertes de masse, les modifications de la hauteur et de la surface des glaciers, les volumes d’eau libérés, les données météorologiques, etc., et pas moins de 14 scénarios climatiques.

Ils ont ainsi constaté que dans près de la moitié de ces 56 bassins, les volumes d’eau sortant des glaciers sont actuellement encore en augmentation (en moyenne de 26 à 36 %). Dans certains cas, cette augmentation pourrait même se poursuivre au-delà de 2050. Mais dans l’autre moitié des bassins restants, le pic d’eau a d’ores et déjà été dépassé.

- Selon cette analyse chronologique des pics d’eau, les bassins versants alimentés par de grands glaciers et situés à de hautes latitudes, comme ceux de la Susitna (Alaska) ou du Jökulsá (Islande), devraient atteindre leur pic d’eau vers la fin du 21e siècle.
- En revanche, dans les bassins dominés par de plus petits glaciers (notamment dans l’ouest du Canada, en Europe centrale et en Amérique du Sud), les pics d’eau ont déjà été passés ou devraient l’être dans la prochaine décennie.
- Quant aux bassins dépendant des glaciers asiatiques de haute montagne (Mer d’Aral, Indus, Tarim, Brahmapoutre et autres), le ruissellement annuel devrait augmenter jusque vers le milieu du siècle, suivi par un déclin continu des glaciers.

Les chercheurs font toutefois remarquer que ces scénarios sont localement susceptibles de grandes variabilités et appellent donc d’autres études à plus petite échelle. (bw)




Notes

[1Matthias Huss & Regine Hock, "Global-scale hydrological response to future glacier mass loss", Nature Climate Change, (22 January 2018)

Mots-clés

À paraître

Agenda

Glossaire

  • Eau de Javel

    Appellation populaire, du nom d’un quartier parisien, d’une solution aqueuse d’hypochlorite de sodium, de couleur jaunâtre et à forte odeur de chlore, souvent employée, diluée dans l’eau, comme désinfectant, détachant ou décolorant. De nombreux produits ménagers de nettoyage, de lessive et de vaisselle en contiennent à des concentrations variables. Elle est également utilisée pour la potabilisation de l’eau, dans les piscines, dans les stations d’épuration et dans l’industrie, notamment dans les papeteries.

Mot d’eau

  • La communauté, nappe souterraine

    “La communauté est une nappe affective souterraine et chacun boit la même eau à cette source et à ce puits qu’il est lui-même – mais sans le savoir, sans se distinguer de lui-même, de l’autre ni du Fond.” (Michel Henry, "Phénoménologie matérielle", 1990)


Contact Lettre d'information