"Mots d’eau"
« Bruit du ruisseau. Effet simple. Classique, donc porté par des milliers d’années de gestes, de mouvements, de battements, de glissements où l’eau pousse sa folie de pente en pente par des courbes, des anses, des haltes, des regrets, des exaltations brèves. Les voix de l’églogue, et les clarinettes, les cordes. Cloches enfouies et tintant dans les arbres, petit orchestre sans musiciens. L’eau seule joue de tous ces sons (...) »
Jacques Chessex, mort le 9 octobre 2009.
Extrait de : ‘Le ruisseau’, dans “Feux d’Orée” (1984)
« Il y a quelques mois, dans les faubourgs Nord de Changzhou, je rencontrai deux femmes qui tentaient de laver leur linge dans un bras nauséabond du Yang Tsé. L’une se présenta sous le nom de Wu – pas de prénom. Elle était désespérée, disait-elle. Le gouvernement avait attribué la ferme familiale à une usine chimique, et avait donné un travail à son mari dans cette usine. Mais il avait rapidement été mis à la porte, et était depuis sans emploi. Entre temps, l’usine avait pollué l’eau du puits familial, obligeant les Wu à utiliser une canalisation d’eau récemment installée en provenance de la ville. À présent, ils ne gagnaient plus d’argent et ne pouvaient payer leurs factures d’eau. Mme Wu savait qu’une entreprise étrangère gérait le service. Elle savait également que les prix augmentaient, et que cela était censé réduire la pollution. “On m’a expliqué tout ça”, m’a-t-elle dit. “C’est bon pour les riches”. »
Charles C. Mann, “La Montée des eaux”, 2009
« Elle est blanche et brillante, informe et fraîche, passive et obstinée dans son seul vice : la pesanteur, disposant de moyens exceptionnels pour satisfaire ce vice : contournant, érodant, filtrant (…) On pourrait dire que l’eau est folle, à cause de cet hystérique besoin de n’obéir qu’à sa pesanteur, qui la possède comme une idée fixe. »
Francis Ponge, “De l’eau”, in “Le Parti pris des choses”, 1942
« On connaissait le Mouvement des sans-terre, né parmi les paysans déshérités brésiliens. Voici celui des sans-eau, lancé par des Péruviens qui n’en peuvent plus de devoir payer au prix fort une eau de qualité douteuse, délivrée par des camions-citernes dans les zones non raccordées aux réseaux de distribution. »
Éditorial (extrait), Le Monde, 22 août 2009
« Le problème de l’eau, ce n’est pas sa rareté, c’est son partage équitable entre tous, aussi bien entre les hommes qu’avec l’ensemble de la faune et de l’environnement. »
Ghislain de Marsily, « L’eau, un trésor en partage », 2009
« La résolution des crises régionales de l’eau, qui ont chacune une histoire différente, viendra sans doute principalement de l’émergence de solutions innovantes locales, aidées et non imposées : c’est la clé pour que l’eau pour tous devienne réalité au XXIe siècle. »
David Blanchon, Atlas mondial de l’eau, 2009
« Bâtisseurs d’eau, les moines blancs – à quelque creux qu’ils se soient arrêtés. Toujours, avant toute chose, faire alliance avec l’eau. La découvrir. La reconnaître. Déchiffrer ses forces, ses passages. Et comme le maquignon à flatter de la main la croupe du bétail pour faire constat, projet, puissance et prix, eux : penchés sur l’eau on ne sait comment, goûtant peut-être de la bouche sa puissance tapie, et disant : C’est là, sachant déjà le domptage qu’il faudra, là où il faut détourner, là où il faut retenir. »
Michel Séonnet, Auberive, Carnets du Pays de Langres, 2003
« La promotion de la gestion publique en Suisse mêle fréquemment des valeurs relevant de deux thématiques qui sont nettement dissociées en d’autres pays : le discours sur la performance technique liée au besoin d’autonomie des services, d’un côté, et de l’autre l’attachement à la gestion publique au service de la collectivité. Nous sommes, avec cette ambivalence, au cœur des grands débats d’aujourd’hui sur la gestion de l’eau. »
Géraldine Pflieger, « L’eau des villes », collection ‘Le savoir suisse’, 2009
« Nous nous comportons parfois comme si nous ne dépendions pas du cycle naturel de l’eau, comme si les systèmes qui nourrissent le reste de la planète ne nous concernaient pas. Comme si la présence de l’eau allait de soi. Elle s’achète en bouteille ou s’écoule du robinet : l’homme semble en avoir assuré le contrôle. Pourtant la réalité montre bien autre chose. »
Tony Juniper, ancien directeur des Amis de la Terre
« En matière d’eau, nous vivons au-dessus de nos moyens. La solution à court terme à la rareté de l’eau a consisté à extraire des volumes toujours plus importants de nos nappes de surface et souterraines. Cette surexploitation ne peut plus durer. Elle a de fortes répercussions sur la qualité et la quantité de l’eau restante ainsi que sur les écosystèmes qui en dépendent. Il nous faut diminuer la demande, réduire les volumes d’eau que nous prélevons et augmenter l’efficacité de l’utilisation que nous en faisons. »
Jacqueline McGlade, directrice exécutive de l’Agence européenne pour l’environnement
« Quant à l’eau, ce n’est que lorsque nous déménageâmes de Tabazan à Beauregard que nous eûmes l’eau sur l’évier par l’entremise de la pierre à eau, religieusement conservée en cas d’accident à la colonne montante de l’eau fournie par la ville. Avant ce sérieux progrès, la cuisinière descendait à la fontaine remplir son arrosoir d’eau qu’elle versait dans la pierre à eau ».
Jean-Élie David, "Notes au crayon. Souvenirs d’un arpenteur genevois 1855-1898"
« Je regarde le Rhône
l’eau qui court l’eau qui galope je touche à la Laponie...
le même mot pour dire le renne
le Rhône c’est le grand cerf sauvage
qui détale qui se presse entre deux solitudes :
Camargue et glacier »
Maurice Chappaz, "Vocation des fleuves", 2003
2008
« L’eau est politiquement et socialement liquide. Elle s’insinue partout, dans les rapports entre États, dans les rapports entre les professions, entre les groupes sociaux, les ethnies (…) L’eau est une bombe à retardement. Tout ce qui peut déterminer l’avenir de la planète et des peuples est immédiatement mouillé, plein d’eau. »
Marc Laimé, François Cuel, Jean-Louis Vibert-Guigue, "Les batailles de l’eau", Editions Terre Bleue, 2008
« L’eau n’est pas un cadeau, mais, le plus souvent, un produit, un produit manufacturé (à de rares exceptions près, l’eau, avant d’être utilisée, doit être traitée) et distribué (Dieu a peut-être fourni l’eau, mais pas les tuyaux). Parler de la gratuité de l’eau n’est pas lui rendre service. »
Erik Orsenna, "L’avenir de l’eau", Fayard, 2008
« Au détour d’un mur on passe de la sécheresse extrême à des piscines magnifiques … Il y a des images qui m’ont choqué : la part la plus pauvre de la population est clairement sacrifiée et c’est révoltant ... Il faut dénoncer la spoliation des réserves d’eau par les plus riches »
Damien de Pierpont, cinéaste belge auteur de « L’Or bleu »
« L’eau a ce merveilleux potentiel factitif de coopération et de vivre ensemble, que d’autres ressources n’ont pas, parce qu’elle est unique, vitale, et qu’elle a ce pouvoir de l’exprimer à travers des qualités physiques, sensibles et symboliques. »
Olivier Meïer, dans "Les jeux de l’eau, de l’homme et de la nature", Miroirs franco-québécois, 2008
« Dans les pays en voie de développement, la Banque mondiale s’est trompée de stratégie. Elle aurait dû suivre l’exemple des pays européens qui n’ont pas privatisé l’eau, mais en ont fait un produit de consommation de base, ce qui a apporté des financements pour les services publics. Or la Banque mondiale a longtemps soutenu que les entreprises privées multinationales géreraient les services de l’eau mieux que les États. Mais elle avait omis la question de l’accès de l’eau pour tous. En la faisant payer, elle excluait automatiquement les plus pauvres. »
Bernard Barraqué, économiste, dans « La Recherche », n°421, juillet-août 2008
« C’est la tarification par mètre cube qui crée l’illusion d’un prix de l’eau. La facture d’eau, qui est en réalité celle d’un service, pourrait aussi bien comprendre une part beaucoup plus forte pour le branchement et plus faible pour le tarif au mètre cube, ce qui ferait mieux comprendre que c’est le service plutôt que l’eau qui a un prix ! »
Jean Margat & Vazken Andréassian, L’Eau , Collection Idées reçues, Editions Le Cavalier Bleu, 2008
« L’axe principal de mon travail photographique est de mettre à l’honneur cette ressource rare, fragile et indispensable à la vie. Et donc, aussi, d’alerter sur le sort catastrophique qui lui est fait : près du quart de l’humanité n’a toujours pas accès à une eau saine, la moitié des cours d’eau sont pollués, la moitié des zones humides ont disparu. La pénurie atteint en premier les femmes et surtout les enfants. Il est grand temps d’agir. L’eau, sa préservation et sa distribution seront les enjeux majeurs du XXIe siècle. »
Alain Gualina, photographe, dans « Éloge de l’eau »
« Un jour quelqu’un m’a dit que les fleuves ne parlent jamais, qu’ils suivent simplement leur cours et qu’ils s’échappent sans paroles. Comme je fus triste ce jour-là quand j’ai entendu ces mots, je suis partie en courant vers le fleuve pour qu’il m’explique pourquoi je l’entends si clairement et d’autres ne l’entendent pas du tout. »
Raquel Ilonde (Guinée Équatoriale)
« … Si nous pensons que les eaux montent dans le ciel afin que les céréales puissent croître et que les arbres et les plantes puissent vivre et que de là elles donnent aux herbes le souffle vital, nous devons donc admettre que toutes les énergies de la terre ne sont autre qu’un don des eaux … »
Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XXXI
« Le véritable moteur de toute recherche sur l’eau est de savoir que la vérité d’aujourd’hui sera peut-être l’erreur de demain. L’eau est un sujet d’une richesse infinie qui renvoie à une impérative humilité et à une grande exigence sur les regards que nous lui portons... »
Yann Olivaux, "La nature de l’eau", 2007
« Le manque d’accès à l’assainissement est une façon polie de dire que les gens puisent dans les rivières, les lacs, les fossés et les canaux de drainage souillés par des excréments humains et animaux l’eau dont ils ont besoin pour boire, cuisiner et se laver »
Rapport mondial sur le développement humain, PNUD 2006
2007
« Au Bénin, si tu vois une jarre d’eau déposée sous un arbre devant une maison, elle est pour toi l’étranger de passage ; pas besoin de frapper à la porte pour demander à boire, il te suffit d’ouvrir la jarre, prendre la calebasse, boire l’eau et passer ton chemin s’il n’y a personne. L’étranger qui passe peut être la représentation ou l’avatar d’un dieu venant se rendre compte de la façon dont il sera reçu. »
Raymond Jonhson, psychiatre togolais, « Propos sur les pères et les mères d’Afrique : regard d’un psychiatre noir » (2001)
« Si nous sommes aussi farouchement pour une gestion publique, c’est parce que l’eau, bien commun de l’humanité n’est pas une marchandise. Que sa gestion – économie sur la ressource, attention extrême à la pollution, recherche etc. – implique qu’elle soit dégagée des logiques de profit. Et cela concerne l’ensemble de la chaîne de l’eau, de la production à l’assainissement en passant par la distribution et le contrôle. »
Pierre Mansat, adjoint au maire de Paris, 31 octobre 2007
« Le moment est venu de considérer l’accès à l’eau potable et à l’assainissement comme un droit de l’homme (…) Les États doivent donner la priorité aux utilisations personnelles et domestiques sur les autres et faire en sorte qu’un approvisionnement suffisant, de bonne qualité et d’un prix abordable pour tous soit fourni à distance raisonnable de leurs foyers. »
Rapport de la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Août 2007
« Les crues sont des phénomènes parfaitement naturels qu’un cours d’eau moyen connaît une dizaine de fois par année. Elles ne deviennent dramatiques que lorsqu’elles entrent en contact avec l’homme. Or, il s’avère que ce dernier, à la recherche de nouveaux territoires à conquérir, s’est rapproché de plus en plus des fleuves et rivières pour y construire des infrastructures ou même, parfois, s’y établir. »
Emmanuel Reynard, géographe, Université de Lausanne (Le Temps, 11 août 2007)
« Pour les Sioux, au début du temps, un bison mâle fut placé à l’Ouest pour retenir les Eaux. Chaque année, le bison perd un poil, à chaque âge une jambe. Quand il aura perdu tous ses poils et jambes, les Eaux envahiront le monde et le cycle se terminera. Aujourd’hui, le bison tient sur une jambe et il est presque chauve. »
« Au fil de l’eau, contes aquatiques », La grande oreille N°14
« La gestion et les usages de l’eau placent les hommes face à des questions essentielles sur leur éthique et sur leur rapport à la nature. À l’heure où paradent ceux qui connaissent le prix de toute chose et ignorent la valeur des choses, il importe de montrer que l’eau est un bien commun de l’Humanité et que nul ne saurait en être privé sous prétexte qu’il ne peut la payer. »
Larbi Bouguerra, préface à « Imaginaires de l’eau, imaginaire du monde », La Dispute, 2007
« Depuis que j’ai vu les glaciers, je suis d’une humeur tout à fait neigeuse ; je veux que toute la surface de la terre ait été couverte de glace et que toutes les créations qui ont précédé la nôtre soient mortes de froid. En effet je suis entièrement convaincu que tous les derniers changements, survenus à la surface de l’Europe, doivent être attribués à l’action de la glace. »
Louis Agassiz, naturaliste suisse, lettre au savant anglais Buckland, 1838
« L’eau est la matrice de l’univers et de toutes ses créatures. Tous les métaux, toutes les pierres, tous les rubis scintillants, les escarboucles rutilantes, les cristaux, l’or et l’argent, tous en proviennent. »
Paracelse, médecin et alchimiste suisse (1493-1541)
« Dans le cadre des lois et règlements ainsi que des droits antérieurement établis, l’usage de l’eau appartient à tous et chaque personne physique, pour son alimentation et son hygiène, a le droit d’accéder à l’eau potable dans des conditions économiquement acceptables par tous. »
Article premier de la nouvelle Loi française sur l’eau et les milieux aquatiques, 30 décembre 2006
2006
« Pour éviter que cette ressource vitale commune à tous ne devienne un objet de convoitise et de spéculation, il est indispensable que la gestion de la ressource naturelle Eau demeure durablement en mains publiques. »
Canton du Jura, Projet de loi cadre sur la gestion des eaux, Rapport d’accompagnement, 7 décembre 2006
« Comme la faim dans le monde, le manque d’accès à l’eau est un fléau silencieux qui frappe les pauvres tout en restant toléré par ceux qui possèdent les ressources, la technologie et le pouvoir politique nécessaires pour y mettre fin. »
Rapport mondial sur le développement humain 2006
« L’homme n’aura jamais avec l’eau une relation simple. Parce qu’elle est une grande part de lui-même, parce qu’elle est plurielle, qu’elle nous renvoie à des symboliques contradictoires. Parce que, depuis les origines, elle se transforme, change de nature, change d’état, mais ne meurt jamais. Alors on imagine que chacune de ses gouttes porte en elle la mémoire du monde et peut-être le secret des dieux. »
Jean-Marc Dauphin, « Les pouvoirs de l’eau »
« L’eau est la chose la plus nécessaire à l’entretien de la vie, mais elle peut facilement être corrompue. Elle a donc besoin que la loi vienne à son secours. Voilà la loi que je propose : quiconque sera convaincu d’avoir corrompu l’eau d’autrui, eau de source ou eau de pluie, ou de l’avoir détournée, outre la réparation du dommage, sera tenu de nettoyer la source ou le réservoir conformément aux règles prescrites par les interprètes. »
Platon, Les Lois, Livre VIII
« Ce n’est pas par hasard que le tourisme à la plage est aujourd’hui tellement lourd : tout le monde a envie de cette volupté sans le savoir. La quête du fluide est proportionnelle à l’augmentation de la dureté sociale, la modernité ayant surtout fabriqué des contraintes et la bureaucratie. »
Leonardo Cremonini, peintre italien, dans "arearevue)s(, n°12, 2006"
« C’est le besoin en eau qui a réparti nos villes, nos villages et nos fermes . La carte du monde n’est autre que celle de l’eau »
Bernard Clavel
« Je suis en train de me noyer et vous me demandez si l’eau est bonne » (« I’m drowning and you’re describing the water »).
Jack Nicholson, alias Melvin Udall, dans « Pour le pire et pour le meilleur » (“As Good As It Gets”), de James L. Brooks (1997)


