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21 mai 2016.

Les lacs de barrage pourront-ils remplacer les glaciers ?

À cette question, des chercheurs suisses et italiens répondent par (...)

À cette question, des chercheurs suisses et italiens répondent par l’affirmative après avoir simulé les effets des changements climatiques sur les glaciers des Alpes européennes. D’après les résultats de l’étude qu’ils publient sur le site Environmental Research Letters, deux tiers de la diminution de disponibilité estivale de l’eau due au retrait des glaciers et à la baisse de leurs débits pourraient être compensés par une gestion active des ressources en eau de l’arc alpin.

L’idée maîtresse de cette étude - menée conjointement par l’Institut fédéral suisse de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL), le Centre commun de recherche de la Commission européenne à Ispra (Italie), et le Laboratoire d’hydraulique, d’hydrologie et de glaciologie de l’École polytechnique fédérale de Zurich - consiste à transférer pendant l’été les débits additionnels attendus au printemps en raison de la précocité de la saison de fonte des neiges.

En utilisant les dernières prévisions climatiques ainsi qu’un modèle numérique de glacier développé récemment, les chercheurs estiment que dans les Alpes européennes, jusqu’à deux tiers (65 %) des changements attendus pourraient être atténués vers la fin du siècle. Cela demanderait de stocker temporairement environ 1 kilomètre cube d’eau, c’est-à-dire un milliard de mètres cubes (soit environ deux fois et demie le volume de la retenue de la Grande Dixence).

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Le Griessee, dans le Haut-Valais
(Photo WSL / Martin Funk)

Les auteurs de l’étude comparent ce volume à stocker à celui qui serait potentiellement disponible si des barrages étaient construits à l’emplacement d’anciens glaciers. À l’aide de simulations virtuelles, ils ont calculé le volume des lacs qui se formeraient à de tels endroits et en ont déduit que le volume alors disponible serait plus de dix fois plus grand que nécessaire, et qu’une douzaine de barrages centralisés suffiraient à répondre aux besoins de stockage.

Les chercheurs insistent toutefois sur le fait que de telles solutions techniques ne résoudraient qu’une partie du problème. Parce qu’il serait difficile de centraliser l’eau des nombreux glaciers disséminés dans l’arc alpin. Et parce qu’un tel transfert d’eau saisonnier hypothétique ne pourrait pas compenser la totalité de la perte d’eau entraînée par le retrait des glaciers. En 2100, disent-ils, les débits d’eau en provenance des glaciers des Alpes européennes baisseront de quelque 80 % par rapport à la consommation actuelle d’eau douce en Suisse. (Source : communiqué WSL, étude citée ci-dessous)

- Farinotti et al. : From dwindling ice to headwater lakes : Could dams replace glaciers in the European Alps ?, Environmental Research Letters (vol.11, nb.5, 2016)




Infos complémentaires

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aqueduc.info

Quels impacts les retenues d’eau
ont-elles sur les milieux aquatiques ?

Depuis le milieu du 20e siècle, les aménagements de nouvelles retenues d’eau n’ont cessé de se multiplier de par le monde, de toutes tailles et pour toutes sortes d’usages : eau potable, irrigation, énergie hydraulique, gestion des étiages, lutte anti-incendie, loisirs, etc. En France par exemple, on en recensait environ 125’000 au début des années 2000.

Cette pratique de plus en plus fréquente pose de nombreuses questions, notamment en termes d’impacts sur les milieux aquatiques. Détourner de l’eau et la stocker a pour effet de modifier sa répartition naturelle, le trajet de ses flux, leur continuité écologique, ou encore le transfert de sédiments, de nutriments et de substances polluantes.

Concrètement, et c’est du moins le constat que l’on fait en France, ces problèmes d’impacts sur un même bassin versant sont non seulement mal connus, mais on ne dispose pas vraiment d’outils et de méthodes adéquates pour les évaluer. Raison pour laquelle le Ministère français de l’Environnement avait en 2013 commandité une expertise scientifique auprès de l’Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture (Irstea), en partenariat avec deux autres institutions nationales de recherche.

Les résultats de cette étude viennent d’être publiés et ont fait l’objet à Paris d’un premier colloque de restitution. Si cette expertise a permis, selon ses auteurs, de progresser dans la compréhension des impacts des retenues sur un bassin versant, elle n’a pas vraiment réussi à identifier des indicateurs directement applicables aux situations françaises.

Autrement dit, si l’on veut aller de l’avant dans ce domaine, il importe d’une part de récolter davantage de données sur les retenues existantes, de les regrouper et de les partager, et d’autre part de les analyser méthodiquement de manière à pouvoir ensuite proposer des modèles et des scénarios pour un aménagement écologique des nouvelles retenues.

- La présentation et la synthèse de cette expertise sont disponibles sur
le site de l’Irstea

Agenda

Mot d’eau

  • La vie, plusieurs eaux

    “Il y a plusieurs durées dans votre vie. Il y a plusieurs eaux mélangées dans le temps. L’enfance fait comme un courant profond dans la rivière du jour. Vous y revenez souvent, comme on revient chez soi après beaucoup d’absence.” (Christian Bobin, "La part manquante", 1989)

Glossaire

  • Robinet

    Le mot vient de Robin, un sobriquet que jadis, dans les récits moyenâgeux, on donnait au mouton. Chez Rabelais par exemple. On l’employa ensuite pour désigner la pièce - souvent décorée d’une tête stylisée de mouton ou de bélier - installée sur le tuyau d’écoulement d’une fontaine pour fermer, ouvrir ou régler son débit d’eau. L’expression "tenir le robinet" signifiait d’ailleurs : user d’une chose à sa volonté. On notera que pour parler du robinet la langue allemande utilise le mot ... "Hahn", le coq !


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