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8 mai 2007.

Ainsi passe le temps à Miniki...

Bernard Capo-Chichi, Béninois, formateur en chimie de l’eau et ami (...)

Bernard Capo-Chichi, Béninois, formateur en chimie de l’eau et ami de longue date de aqueduc.info, a passé le jour de Pâques à Miniki dans les environs de Savalou (centre du Bénin) à la recherche d’informations sur l’accès à l’eau potable. Des Miniki, « il y en a légion, la mal gouvernance est partout ». Après quelque 50 ans d’indépendance nationale, il n’y a accès ni à l’eau ni à l’énergie ni à l’éducation. L’arrière-pays se désertifie au profit des villes bidonvillisées.

Miniki, un hameau d’un millier d’habitants, blotti aux pieds des monts Anacle-Anajago dans la commune de Savalou, se trouve à 300 mètres d’altitude. La principale source d’alimentation en eau est constituée par les eaux de pluie. Les forages sont aléatoires. Étant donné le relief, il n’y a pas d’eau de surface. Chaque goutte d’eau qui tombe du ciel vaut donc son pesant d’or.

Les eaux de pluie sont recueillies dans ce qu’on appelle ici les "amou". Ce sont d’immenses jarres ovoïdales en béton, semi-enterrées (un brevet de la technologie locale !), disposées à l’entrée des cases aux toits de tôle ondulée. Pour ses usages quotidiens, chaque ménage possède une ou deux jarres d’eau (d’une capacité variant entre 1,5 et 2 mètres cubes).

De juin à octobre, mois de l’hivernage, Miniki ne se fait pas de souci pour son alimentation en eaux de pluie. Mais dès novembre, il faut bien vite constituer la provision d’eau pour traverser la longue saison sèche qui dure de novembre à avril.

Février et mars sont les mois les plus chauds et les plus avares en eau. Les jarres sont à sec. Les rares forages réalisés dans les bas-fonds sont très sollicités. L’eau, mais surtout l’eau de bonne qualité, manque dans le hameau qui vit au rythme des infections diverses. La priorité est à l’eau de consommation : boire et préparer les repas. On se prive volontairement d’eau pour les autres usages, hygiène corporelle, lessive par exemple. Une véritable économie d’eau s’impose à tout le monde. A tous ces sacrifices s’ajoutent les offrandes faites à Oitcha, la divinité de l’eau, pour trouver le précieux liquide et le conserver.

Dans la rubrique des difficultés d’accès à l’eau, pendant ces moments-là, chaque hameau a ses anecdotes à raconter. Les nuits passées autour des forages à attendre que l’eau jaillisse, les autres formes de privations, etc. Chaque jour les populations scrutent l’horizon et le moindre amoncellement de nuages est commenté comme un signe favorable de retour des pluies. Mais l’espoir se dissipe bien vite. Et les jours se suivent avec chacun ses histoires de pénurie d’eau et de débrouillardises pour s’en procurer.

Enfin viennent les mois d’avril et de mars qui se signalent par des tornades annonciatrices de la nouvelle saison de pluie. Cette fois-ci, les signes ne trompent pas. Les premières gouttes qui tombent sont l’occasion de scènes de liesse populaire et on se dépêche de faire le plein des jarres. Les jours pénibles et les privations d’eau sont désormais du passé.

Ainsi passe le temps a Miniki. Entre incertitude, précarité et espoir. Incertitude car l’eau de pluie n’est pas de l’eau potable et sa consommation prolongée est une menace pour la santé des populations. Précarité quant au caractère aléatoire de l’eau de pluie. Espoir parce que Miniki pourrait bien avoir accès à l’eau potable sûre et durable, mais cela relève essentiellement de la volonté politique.

D’où ces deux propositions de projets : d’une part acheminer des citernes d’eau potable aux populations pendant les mois "chauds" de février et de mars, et d’autre part réaliser à Miniki une modeste installation de collecte d’eau de pluie, de traitement et de distribution d’eau potable. Chacune de ces propositions rentre dans le cadre de la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement et pour la gestion de la demande en eau potable.

Bernard Capo-Chichi


Bernard Capo-Chichi, ami de longue date de aqueduc.info, travaille à l’Institut de mathématiques et de sciences physiques de Porto-Novo dans le cadre du DESS-Qualité de l’eau (Diplôme d’Etudes Supérieures Spécialisées). Il y est à la fois enseignant (physico-chimie de l’eau, cours et travaux pratiques) et conseiller pédagogique de formation. À ce titre, il accompagne les étudiants dans la recherche et la formulation des problématiques et organise des sorties pédagogiques de terrain.

Voir aussi : Hetin-Sota, village lacustre sans eau potable !




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Glossaire

  • Correction de cours d’eau

    Se protéger contre les crues est un souci de tout riverain. Depuis le 18e s., de vastes travaux ont été menés pour "corriger" certains grands cours d’eau (Kander, Linth, Aar, Rhône, etc.) et gagner des terres cultivables. Changement d’approche dès 1991 avec la loi sur l’aménagement des cours d’eau qui stipule que "leur tracé naturel doit être autant que possible respecté ou, à défaut, reconstitué". Il s’agit non plus de les corriger mais de les "renaturer" ou, quand la restauration n’est que partielle, de les "revitaliser".

Mot d’eau

  • “Enfant, j’ai connu
    le Rhône sauvage ...”

    “ ... À leur tour, les enfants d’aujourd’hui se souviendront de leur Rhône. L’essentiel n’est-il pas de garder vivace le lien qui nous unit à la nature ? Elle est notre véritable identité. L’écouter, c’est apprendre à se connaître.” (Pierrette Micheloud)


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