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3 novembre 2022.

Un tiers des glaciers du patrimoine mondial disparaîtront d’ici à 2050

En raison des effets du réchauffement climatique et quelles que (...)

En raison des effets du réchauffement climatique et quelles que soient les mesures prises pour limiter la hausse des températures, les glaciers d’un tiers des 50 sites classés au patrimoine mondial sont condamnés à disparaître d’ici à l’horizon 2050. C’est la conclusion d’une étude menée conjointement par l’UNESCO, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture, et l’UICN, l’Union internationale pour la conservation de la nature. Encore faudra-t-il que les émissions de gaz à effet de serre soient réduites de manière drastique pour limiter le réchauffement de la planète à 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels. Sinon il sera difficile de sauver les deux autres tiers.

"Sentinelles du changement climatique" : le titre de cette nouvelle étude [1] rappelle d’emblée que le recul et la fonte des glaciers sur l’ensemble de la planète fournissent l’une des preuves les plus spectaculaires du réchauffement du climat terrestre. Ces masses de glace font en tout cas partie des indicateurs les plus précieux pour comprendre le changement climatique, observer et mesurer son évolution et rechercher des mesures d’adaptation appropriées.

L’enjeu est de taille car ces écosystèmes glaciaires fournissent des ressources en eau douce vitales à la moitié de la population mondiale qui en a besoin pour ses usages domestiques, sa production agricole et son approvisionnement en énergie. Ils contiennent par ailleurs un tiers de la diversité des espèces terrestres. Et - on l’oublie trop souvent - ils font partie de l’univers culturel et spirituel de nombreuses communautés locales, sans parler de leur attrait touristique.

50 sites représentatifs de la situation mondiale

Cinquante sites du patrimoine mondial de l’UNESCO abritent pas moins de 18’600 glaciers couvrant une superficie totale de quelque 66’000 km2, soit près de 10 % de la superficie totale des glaciers sur la surface du globe. Du point de vue des experts, cela suffit à offrir un aperçu représentatif de la situation générale des glaciers dans le monde [2].

L’étude menée conjointement par l’UNESCO, l’UICN et plusieurs instituts de recherche avance un certain nombre de chiffres qui donnent une idée plus précise du recul de plus en plus rapide des masses glaciaires depuis l’an 2000 : durant les deux dernières décennies, tous les sites glaciaires du patrimoine mondial ont perdu plus de glace qu’ils n’en ont gagné. Cette perte est évaluée à 1’163 milliards de tonnes (Gt) de glace, soit une moyenne de quelque 58 milliards de tonnes par année, ce qui correspond grosso modo à l’addition des consommations annuelles d’eau de la France et de l’Espagne. Les trois sites les plus touchés se trouvent en Amérique du Nord (Kluane, Wrangell-St. Elias, Glacier Bay, Tatshenshini-Alsek), au Danemark (Illulissuaq) et en Islande (Vatnajökull).

Quel que soit le scénario climatique que l’on applique, il est quasi certain que les glaciers d’un tiers des sites classés au patrimoine mondial vont disparaître d’ici le milieu du siècle et parmi eux les derniers glaciers d’Afrique. Mais si les émissions de gaz à effet de serre se poursuivent au rythme actuel susceptible de générer un réchauffement planétaire de plus de 4 °C, c’est environ la moitié de tous les sites qui pourraient être rayés de la carte. Ce sont les petits glaciers qui en pâtiraient le plus car ils réagissent rapidement aux variations du climat.

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En deux décennies, le glacier d’Aletsch, le plus grand de Suisse et de l’arc alpin, a reculé d’un kilomètre
(- 3407 mètres depuis 1870) et son dernier bilan annuel de masse accusait entre 2021 et 2022 un déficit
de 3 mètres d’épaisseur (photo aqueduc.info – 3 juillet 2014)

L’urgence : limiter le réchauffement
de la planète à 1,5°C

Pour les auteurs de l’étude, la principale action pour contrer ce recul spectaculaire des glaciers dû au changement climatique est de réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre pour limiter le réchauffement de la planète à 1,5°C, conformément à l’Accord conclu à Paris lors de la Conférence sur le climat de 2015. Ils mettent en évidence plusieurs actions à mener sans délai :

- Améliorer les stratégies et les techniques de surveillance des glaciers (mesures de terrain, télédétection, observation par satellites, modélisation, etc.) car les données font encore défaut concernant de nombreux sites et plusieurs aspects de leur évolution sont encore mal connus et incertains.
- Mettre en œuvre des mesures d’alerte précoce et de réduction des risques de catastrophe : c’est un fait que face aux menaces potentielles dues à la fonte des glaces (par exemple la formation naturelle de lacs ou de poches d’eau, glissements de terrains, tsunamis, etc.) la plupart des politiques se concentrent aujourd’hui davantage sur la réponse en cas de catastrophe plutôt que sur la prévention, la communication ou l’alerte précoce.
- Élaborer ou mettre à jour des stratégies en matière de gestion intégrée des ressources en eau en tenant compte des données relatives à l’évolution des masses glaciaires sur leur territoire car trop peu de pays disposent en effet d’un cadre juridique et réglementaire ou d’une politique publique adéquate pour protéger les glaciers.
- Promouvoir l’engagement des parties prenantes et des détenteurs de droits : il est fait particulièrement référence ici aux peuples autochtones et aux communautés locales qui sont souvent en première ligne du changement climatique et sont déjà ou seront les premiers à en subir les effets négatifs. Mais ces populations ont dans leur histoire des pratiques ancrées dans leurs cultures et leurs systèmes de croyance qui leur ont toujours permis de s’adapter aux mutations de leur environnement. (bw)




Notes

[1"World heritage glaciers : sentinels of climate change", UNESCO / UICN, 2022, 33 pages. Document (en angais seulement) disponible sur le site de l’UNESCO.

[2Depuis son adoption en 1972, la Convention pour la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel, a déjà inscrit sur sa liste plus d’un millier de sites naturels, culturels et mixtes (à la fois naturels et culturels) reconnus pour leur valeur universelle exceptionnelle. Quelque 18’600 glaciers ont été recensés dans 50 sites de cette Liste gérée par l’UNESCO. Parmi les plus emblématiques, on trouve par exemple le glacier le plus rapide et le plus grand producteur d’icebergs au monde (le fjord Ilulissat au Groenland, Danemark), le plus long en dehors des calottes polaires (le glacier de Bering en Alaska, USA), le plus haut système de glaciers (dans le massif de l’Everest, Népal) ou encore les derniers glaciers d’Afrique (entre autres le Kilimandjaro, Tanzanie).
- Site officiel de la Convention du patrimoine mondial

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Mot d’eau

  • Mon pays natal ...

    “Je ne peux pas penser à mon enfance sans penser à l’eau. Mon pays natal c’est une patrie d’eaux. Celle des lacs, des torrents qui descendaient de la montagne, celle des rizières, celle terreuse des rivières de la plaine dans lesquelles on s’abritait pendant les orages.” (Marguerite Duras, “La vie matérielle”, 1987)

Glossaire

  • Sublimation

    Passage d’un corps solide à l’état gazeux sans passer par une phase liquide. En hiver et sous certaines conditions atmosphé-riques (par temps sec et froid par ex.), la glace et la neige peuvent ainsi se transformer lentement mais directement en vapeur d’eau sans avoir préalablement fondu. Le phénomène inverse, c’est-à-dire le passage direct de l’état gazeux à l’état solide (comme la transformation immédiate de la vapeur d’eau en glace sous forme de givre ou de cristaux) a pour noms : sublimation inverse, condensation solide ou déposition.


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