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20 juin 2021.

Bâolis indiens

En Inde, en particulier dans les États du nord-ouest, Gujarat et (...)

En Inde, en particulier dans les États du nord-ouest, Gujarat et Rajasthan, les puits dits à escaliers ou en gradins (bâoli en hindi, stepwells en anglais) font partie d’un patrimoine à la fois hydrique et architectural, social et religieux. Un projet de cartographie (Stepwell Atlas) a d’ores et déjà recensé plusieurs centaines de ces constructions en creux et à ciel ouvert. Les plus anciennes, rudimentaires et directement taillées dans la roche, datent des environs du 3e siècle après J.-C.

Les bâolis avaient d’abord un but utilitaire : dans les régions arides et en périodes de sécheresse, ils servaient à l’approvisionnement en eau des populations pour leurs besoins domestiques et agricoles. Leur architecture complexe, de forme variable, rectangulaire ou circulaire, en étages et en gradins, fait davantage penser aujourd’hui à des arènes et à des stades de tennis. Construites en maçonnerie, en moellons ou en briques, ces pyramides inversées pouvaient parfois compter une bonne centaine de marches qui offraient un moyen assez aisé de descendre jusqu’au niveau de la nappe phréatique. En saison des pluies et des moussons, ces puits pouvaient se remplir et se transformer en de vastes réservoirs.

Ce système d’approvisionnement et de stockage d’eau a perduré pendant un millénaire et proliféré sur tout le territoire indien. Mais la plupart de ces bâolis ont ensuite été abandonnés pour diverses raisons : manque d’entretien, envasement, baisse des nappes phréatiques, modernisation des systèmes de distribution d’eau, etc. Pendant la période coloniale, nombre d’entre eux ont été également détruits car le pouvoir en place les considérait comme des lieux insalubres, vecteurs de maladies hydriques. La crise de l’eau que connaît l’Inde aujourd’hui semble toutefois avoir ravivé ici et là l’intérêt pour ces édifices et leur préservation, voire leur restauration.

En plus de fournir de l’eau, les bâolis avaient également une utilité sociale : pendant les grandes chaleurs, ils offraient une fraîcheur bienvenue aux gens de passage, caravanes, pèlerins ou autres voyageurs qui y cherchaient refuge pour la journée ou pour la nuit. Ils pouvaient aussi servir d’espace de rencontres locales ou de cérémonies religieuses. Certaines communautés hindoues les considéraient en effet comme des lieux sacrés au sein desquels il était possible de s’adonner à des prières, offrandes, ablutions et bains rituels. Ces temples souterrains étaient parfois richement décorés de peintures et de sculptures rendant hommage aux divinités auxquelles ils étaient dédiés. Bref, ils restent d’authentiques « monuments ».
(Source : Wikipedia / Encyclopaedia Britannica)


- Feroz Shah Kotla, New Delhi.
Le site de cette ancienne forteresse construite au 14e siècle comprend les vestiges d’un bâoli circulaire. Alimenté par un grand canal souterrain, il était jadis entouré d’appartements et surmonté d’un toit dont il ne reste aujourd’hui que des ruines. (Photo Wikimedia / Prayash Giria)

- Abhaneri, Rajasthan.
Le Chand Baoli, construit vers le 9e siècle, est bâti selon un plan carré d’une trentaine de mètres de côté. Trois côtés comptent douze niveaux de doubles volées d’escaliers parfaitement symétriques. Sur le quatrième côté, trois étages de salles en retrait donnent sur deux terrasses. Un collecteur aménagé sur les toitures et les terrasses restitue les eaux de pluie au réservoir. Le manque d’eau a fait que le bassin s’est peu à peu réduit à une simple mare. (Photo Sudhakar Thaths Chandra)

- Chandrashekar Puram, Andhra Pradesh.
Bâoli en forme de fer à cheval construit au 17e siècle (Photo reddit.com).

- Mândû, Madhya Pradesh.
Ce très ancien site fortifié a été pendant plusieurs siècles au cœur de luttes pour le pouvoir. Inscrit sur la Liste du Patrimoine mondial, il compte une soixantaine de monuments historiques d’importance nationale (palais, temples, mosquées, etc.) ainsi que plusieurs bâolis, dont le plus remarquable est probablement le « Ujala Baoli » datant de la fin du 15e siècle. (Photo Sylvain Massuel/IRD)

- Champaner-Pavagadh, Gujarat.
Ce site archéologique, également inscrit au Patrimoine mondial, renferme les vestiges d’une ville qui a été jadis capitale de l’État du Gujarat et comprenant des fortifications, palais, édifices religieux, villas, fermes et installations hydrauliques, parmi lesquelles un rare puits à escalier hélicoïdal, profond d’une quinzaine de mètres, probablement construit au 16e siècle. (Photo Par Nandicmb)


Cliquer sur les images pour les agrandir :
toutes proviennent de photographies
de membres du réseau Water Alternatives
(Creative Commons BY-NC-SA)



Mots-clés

Glossaire

  • Ablution

    Dans le vocabulaire des religions, l’ablution est un rite de purification du corps, par immersion totale ou par aspersion, pratiqué individuellement ou collectivement dans des situations particulières, notamment après un contact avec des choses jugées impures ou avant un acte religieux comme la prière. Fréquente dans le judaïsme et l’Islam, mais aussi dans le bouddhisme, l’hindouisme et le shintoïsme, l’ablution rituelle a pratiquement disparu de la liturgie chrétienne.

Mot d’eau

  • Longer les fleuves

    « J’aimais les chemins en bordure des fleuves. Aller avec le courant de leur eau et sentir leur respiration au gré de la marche. Les fleuves vivaient. Ils avaient fait les villes. Au cours des dizaines de milliers d’années, ils avaient usé les montagnes, transporté les terres, comblé les mers, puis fait pousser les arbres. Depuis le début des temps, les villes leur appartenaient, et sans doute ne cesseront-elles jamais de leur appartenir. » (Haruki Murakami, "La course au mouton sauvage", 1982)


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