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16 juin 2022.

Les ressources en eau pourraient pâtir des nouvelles pratiques contre le changement climatique

Lutter contre le changement climatique et atténuer ses impacts sur (...)

Lutter contre le changement climatique et atténuer ses impacts sur l’environnement et sur les activités humaines réclament toutes sortes de mesures urgentes. Mais il ne faut pas les appliquer n’importe comment. Car, si on n’y prend pas garde, certaines des nouvelles pratiques qui sont prônées aujourd’hui et qui présentent théoriquement un potentiel intéressant pourraient avoir sur les écosystèmes des effets négatifs "plus rapides, plus forts et plus graves" que les impacts climatiques, en particulier sur la quantité et la qualité des ressources en eau. C’est la principale conclusion d’une étude menée récemment par un groupe de scientifiques de l’Eawag, l’Institut Fédéral Suisse des Sciences et Technologies de l’Eau. [1]

"Il est indiscutable qu’il faut agir d’urgence pour stopper le changement climatique et réduire ses effets directs sur tous les écosystèmes, explique Morgane Brosse, biologiste de l’évolution et auteure principale de cette étude. Mais il faut analyser soigneusement les effets des mesures afin que nos actes n’empirent pas la situation." En clair, et s’agissant des systèmes aquatiques, on sait qu’ils subissent directement les conséquences du changement climatique mais aussi qu’ils sont fortement tributaires des interventions humaines qui peuvent modifier leur état, leur quantité et leur qualité. Les chercheurs de l’Eawag estiment que jusqu’à présent on n’a pas suffisamment tenu compte du fait que le changement climatique et les réactions humaines qu’il suscite peuvent interagir et entraîner des "effets indirects" plus lourds que les impacts climatiques. Dans leur étude, ils se concentrent sur deux exemples concrets.

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Les zones dans lesquelles les périodes de déficit hydrique augmentent en été
deviendront de plus en plus grandes avec le changement climatique (graphisme Hydro-CH2018)


- L’utilisation de l’eau, tout d’abord, pour la production d’énergie. Il est vrai que l’hydroélectricité est souvent considérée comme pouvant contribuer à l’atténuation du changement climatique. Mais elle a souvent des effets néfastes sur les systèmes aquatiques : ses aménagements cassent trop souvent la dynamique naturelle des ruissellements, perturbent le transport des sédiments, contribuent à la fragmentation écologique, participent à la destruction des habitats naturels, etc.

"Il est éminemment important de promouvoir les ressources énergétiques durables, commente Morgane Brosse. Néanmoins, il apparaît de plus en plus clairement que si l’énergie hydraulique est renouvelable, son utilisation à outrance est dans de nombreux cas non durable. Lorsque l’eau est utilisée jusqu’à la dernière goutte, la biodiversité est la première victime. Mais si on réussit à optimiser l’utilisation des lacs de retenue de manière non seulement à produire de l’électricité, mais aussi à utiliser l’eau stockée pour supporter les périodes de sécheresse, des solutions gagnantes à la fois pour la protection du climat et pour la biodiversité peuvent être trouvées."

- Autre exemple abordé par l’étude de l’Eawag : les pratiques agricoles et pastorales. On sait que celles-ci peuvent grandement impacter la disponibilité de l’eau (dont une partie est détournée pour les besoins de l’irrigation) et sa qualité (par le recours à des produits agrochimiques notamment). Que se passera-t-il si le climat est de plus en plus sec ? L’agriculture pluviale pourrait alors évoluer vers une agriculture irriguée et il n’est pas impossible non plus que dans les régions de montagne, où l’élevage laitier est prédominant, les pâturages dépendent davantage eux aussi de l’irrigation. Et en plaine, le réchauffement climatique incitera-t-il les producteurs à choisir des systèmes et des types de cultures différents ?

Les experts ont la conviction que "la transition vers de nouvelles cultures doit être évaluée non seulement en fonction de leur niche climatique et de leur rendement, mais aussi en fonction de leurs besoins en eau et de l’impact des engrais ou des pesticides sur les systèmes aquatiques." Et de citer en exemple l’Europe centrale où l’on a récemment observé le passage de la culture de la pomme de terre à celle de la patate douce dans des zones où celle-ci n’aurait pas pu être cultivée jadis en raison d’un climat peu propice. Ce n’est pas anodin : la patate douce est plus résistante à la sécheresse et nécessite moins de produits phytosanitaires. (Source : Eawag)




Notes

[1Morgane Brosse et al. The importance of indirect effects of climate change adaptations on alpine and pre-alpine freshwater systems. Ecological Solutions and Evidence, 3(1), e12127. Disponible sur le site de l’Eawag.

Mots-clés

Glossaire

  • Aiguadier

    Cet ancien vocable, qui s’écrit aussi eygadier dans son usage provençal et qui était parfois remplacé par le mot garde-vanne, désignait la personne chargée de distribuer des eaux d’irrigation entre différents ayants droit. Aujourd’hui, en Camargue notamment, l’aiguadier joue un rôle important dans la gestion de l’eau des rizières : il en vérifie le degré de salinité et en contrôle la hauteur de lame en fonction des différentes phases de développement du riz depuis les semis jusqu’à la montaison.

Mot d’eau

  • Be water my friend

    “Vide ton esprit. Sois sans forme. Souple, comme l’eau. Verse de l’eau dans une tasse, elle devient la tasse. Verse de l’eau dans une bouteille, elle devient la bouteille. Verse-la dans une théière, elle devient la théière. L’eau peut couler doucement ou chuter brutalement. Sois comme l’eau, mon ami.” (Bruce Lee)


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