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8 avril 2014.

Une nouvelle topographie des fonds du Lac Léman

Les derniers relevés du "plancher" du Léman dataient de la fin du (...)

Les derniers relevés du "plancher" du Léman dataient de la fin du 19e siècle. Mais ce défaut de mise à jour des connaissances topographiques des profondeurs du plus grand lac d’Europe occidentale sera très bientôt effacé grâce aux recherches menées par l’Institut Forel de l’Université de Genève. La CIPEL - Commission internationale pour la protection des eaux du Léman – annonce en effet la parution prochaine d’une nouvelle carte bathymétrique à grande échelle.

En hydrographie, la bathymétrie est la science qui mesure les profondeurs et dessine les reliefs de fond des grands plans d’eau (océans, mers, lacs), voire des fleuves. Mais dans ce domaine, lit-on dans l’éditorial de la dernière Lettre du Léman, éditée par la CIPEL, et malgré les énormes progrès en matière de mesures scientifiques, les milieux lacustres ont souvent fait figure de parents pauvres : "vu les difficultés et les coûts inhérents à une description précise des lacs, ceux-ci sont restés longtemps cartographiés de manière sommaire".

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"La Licorne", bateau utilisé
par les chercheurs de l’Institut Forel
pour les mesures bathymétriques.
Photo © J.-F. Jaton

C’est le cas du Lac Léman : depuis les relevés effectués dans la seconde moitié du 19e siècle par le Bureau topographique fédéral, ancêtre de l’actuel swisstopo, rien n’avait été entrepris à grande échelle pour mettre ces données à jour. On rappellera qu’à l’époque du célèbre savant vaudois François Alphonse Forel qui en avait interprété les résultats, les recherches bathymétriques se faisaient à l’aide de cordes et de poids, sur un bateau à voile dont on calculait la position par triangulation. Avec les moyens du bord, ce ne sont pas moins de 12000 points qui avaient été cartographiés, ce qui relevait pour ainsi dire de l’exploit.


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Extrait de la carte bathymétrique (delta du Rhône)
dressée à la fin du 19e siècle sur la base des mesures
réalisées par Jakob Hörnlimann et André Delebecque
(équidistance des courbes de niveau = 10 mètres)

Aujourd’hui, ces outils de mesure rudimentaires ont fait place à des sonars qui émettent des signaux acoustiques et enregistrent leur temps de retour après avoir été réfléchis par le fond du lac. Les appareils de sondage multifaisceaux permettent désormais en un seul passage de procéder à des relevés topographiques de fond sur une largeur de plusieurs kilomètres et avec une précision de l’ordre du décimètre.

Mandaté par la CIPEL, l’Institut Forel de l’Université de Genève, sous la conduite du professeur Walter Wildi, a pu ainsi procéder, au cours de 74 jours de navigation entre décembre 2012 et novembre 2013, à un relevé bathymétrique détaillé de l’entier de la surface des fonds lémaniques, d’une profondeur minimale de 2 mètres jusqu’à 309 mètres, soit la profondeur maximale du lac. L’analyse des données recueillies est en voie d’être achevée et la nouvelle carte définitive devrait être publiée durant ce printemps 2014.


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Levé bathymétrique du Léman. © Institut F.A. Forel

"Nous nous retrouvons aujourd’hui dans une situation semblable à celle de Forel à son époque, commente Jean-François Jaton, membre de la Sous-Commission technique de la CIPEL, à savoir avec une quantité de données nouvelles à disposition et dont il s’agit de tirer les meilleurs enseignements. La nouvelle carte bathymétrique de l’ensemble du lac est dès à présent un matériel de choix pour les ingénieurs, qui disposent des données particulièrement fiables et précises pour de nombreux travaux sous-lacustres, comme le repérage d’anciennes conduites ou la pose de nouvelles. Elle fera certainement l’objet, pour les chercheurs, de nouvelles découvertes et, pourquoi pas, de nouvelles théories." (bw)

- La Lettre du Léman No 47 de mars 2014 et son dossier sur "la nouvelle bathymétrie pour le Léman" est disponible sur le site de la CIPEL
- Voir aussi l’article aqueduc.info : "Le Léman a perdu 86 centimètres de profondeur en 184 ans !" (13 avril 2012)


Merci spécial au Secrétariat de la CIPEL et à M.J.-M.Zellweger
qui ont mis à notre disposition les illustrations de cette page.




Mots-clés

Mot d’eau

  • Contempler l’eau

    “Je ne connais pas d’occupation plus totale de soi que de contempler l’eau, surtout l’eau mi-morte. À la fois plaisir et souffrance, divertissement de chaque minute et ennui compact des heures, plénitude et vide ; on vit avec une profonde et sourde intensité en même temps qu’on se détache et s’oublie, on se pétrit et on se délite dans une contradiction dont on ne cherche pas la clé, et il y en a certainement une, mais inutile. À quoi bon comprendre ?” (Alexandre Arnoux, “Rhône, mon fleuve”, 1967)

Glossaire

  • Porosité, perméabilité

    Les deux mots ne doivent pas être confondus car une roche poreuse (un grès par exemple) peut être perméable ou imperméable. On parle de la porosité d’un milieu, d’un sol ou d’une roche lorsqu’ils comportent des pores, c’est-à-dire des vides et des interstices de petite taille parfois microscopique. Le calcul de la porosité permet d’évaluer la capacité de stockage d’un milieu. On parle de perméabilité d’un milieu lorsqu’il est apte non seulement à se laisser pénétrer par un fluide, mais également à être complètement traversé par lui.


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