AccueilInfosAnnées précédentesAnnée 2012

31 juillet 2012.

Dieu est prié d’arrêter la fonte du glacier d’Aletsch (Suisse)

Depuis plus de trois siècles, les habitants des communes de Fiesch (...)

Depuis plus de trois siècles, les habitants des communes de Fiesch et Fieschertal, dans le Haut-Valais, avaient pour coutume, le 31 juillet, de se rendre en procession vers une chapelle de la forêt d’Ernerwald pour implorer Dieu de les protéger des menaces que le glacier d’Aletsch, le plus grand de l’arc alpin, faisait peser sur eux. Cette année, pour la première fois, leur prière a changé de sens : Dieu est désormais appelé à l’aide pour contrer le réchauffement climatique et la fonte du glacier qui s’en suit.

Jadis le niveau du lac de Märjelen, situé à proximité du glacier d’Aletsch, dépendait fortement des mouvements des masses de glace au point, parfois, de déborder, voire même de se vider complètement, et de provoquer des inondations et de véritables catastrophes dans la vallée.

En 1678, meurtris par ces calamités à répétition et convaincus que Dieu seul à l’avenir pourrait les en protéger, les catholiques de Fiesch firent le serment - bénédiction papale d’Innocent XI à l’appui - de vivre de manière plus conforme à leur foi chrétienne, de prier Dieu pour qu’il mette fin à cette menace constante, ce qui se traduisit chaque année, le 31 juillet, jour de la fête de saint Ignace de Loyola, par une procession vers une chapelle mariale construite dans la forêt d’Ernen.

Miracle de la foi ou coïncidence climatique, toujours est-il que les habitants de la vallée ont été par la suite épargnés par les catastrophes naturelles. Mais il faut dire aussi que dès la fin du 19e siècle, l’aménagement d’une galerie de vidange accrut aussi leur sécurité.

JPEG - 13.5 ko
Le lac de Märjelen et le glacier d’Aletsch
(swiss-image.ch/Christof Sonderegger)

Aujourd’hui, à cause du réchauffement climatique, le glacier ne cesse de fondre : depuis 1880, il a reculé de plus de deux kilomètres et demi et son épaisseur a diminué de plusieurs dizaines de mètres, avec une nette accélération depuis une trentaine d’années. Et si l’on en croit les experts, d’ici un siècle il aura perdu au moins quatre kilomètres et un tiers de sa masse. Quant au lac de Märjelen, dont on sait par d’anciennes cartes qu’il pouvait atteindre un kilomètre de long, il a rétréci de cent fois sa surface et ne couvre plus aujourd’hui qu’un petit tiers d’hectare.

Les habitants de la vallée ont donc de quoi s’inquiéter. Non seulement pour leur futur approvisionnement en eau potable et pour l’irrigation de leurs prairies, mais aussi pour le développement touristique de la région d’Aletsch qui depuis 2001 figure sur la liste Unesco du patrimoine mondial. Que faire pour inverser la tendance ? Ne reste-t-il plus, une fois encore, qu’à s’en remettre à Dieu ? Mais alors, comment se délier du serment qui préside aux processions fidèlement organisées depuis plus de trois siècles ?

Il y a trois ans, Herbert Volken, préfet du district de la vallée de Conches dont dépendent les communes de Fiesch et de Fieschertal, s’est rendu au Vatican. Reçu par Benoît XVI, il lui a expliqué la situation et demandé la possibilité d’adapter le "serment du glacier" aux nouvelles réalités climatiques. Un an plus tard, non sans avoir consulté son secrétariat d’État, le pape lui a fait savoir qu’il autorisait les paroissiens de la région d’Aletsch à modifier le sens de leur engagement séculaire.

Et pour la première fois, ce 31 juillet 2012 au matin, les fidèles de Fiesch et de Fieschertal sont donc partis en procession, selon un rituel revu et corrigé, où il est désormais question des changements climatiques, du réchauffement de la planète et de la fonte du glacier. Avec l’espoir, sinon la certitude, d’être entendus du Créateur. (Sources : agences et presse valaisanne)


- Lire aussi : “A-t-on trop prié… ?” (édito aqueduc.info, édito, octobre 2009)




Glossaire

  • Eau potable

    La législation suisse sur les denrées alimentaires définit l’eau potable comme une "eau naturelle ou traitée qui convient à la consommation, à la cuisson d’aliments, à la préparation de mets et au nettoyage d’objets entrant en contact avec les denrées alimentaires". Cette eau doit être "salubre sur les plans microbiologique, chimique et physique". La loi définit de manière précise les exigences de qualité auxquelles elle doit satisfaire en tout temps et les concentrations maximales admissibles de diverses substances.

Mot d’eau

  • Eaux de source

    "Rosette témoigna, pour apaiser sa soif, le désir de boire aussi de cette eau, et me pria de lui en apporter quelques gouttes, n’osant pas, disait-elle, se pencher autant qu’il le fallait pour y atteindre. Je plongeai mes deux mains aussi exactement jointes que possible dans la claire fontaine, ensuite je les haussai comme une coupe jusqu’aux lèvres de Rosette, et je les tins ainsi jusqu’à ce qu’elle eût tari l’eau qu’elles renfermaient, ce qui ne fut pas long, car il y en avait fort peu, et ce peu dégouttait à travers mes doigts, si serrés que je les tinsse." (Théophile Gauthier, "Mademoiselle de Maupin", (...)

Mot d’eau

  • « Le fleuve me hantait »

    "La proximité de sa grandeur réveillait en moi une antique terreur des eaux qui, en présence des rivières et des fleuves, même vus du rivage, me tourmente l’âme. La fluidité des eaux fluviales, lentes ou rapides, me trouble, où je décèle un monde à demi visible de formes fugitives qui tentent et parfois fascinent l’âme inattentive. Ce sont des êtres sinueux et insinuants que les fleuves et les rivières, même farouches." (Henri Bosco, "Malicroix", 1948)


Contact Lettre d'information