AccueilInfosAnnées précédentesAnnée 2008

1er mai 2008.

Sommet, charte et plan financier pour sauver le fleuve Niger

Le 8e sommet des chefs d’Etat du bassin du Niger, réuni à Niamey le (...)

Le 8e sommet des chefs d’Etat du bassin du Niger, réuni à Niamey le 30 avril, a adopté une "Charte de l’eau" ainsi qu’un vaste ambitieux programme financier de cinq milliards et demi d’euros. Objectif : réglementer la gestion des ressources du bassin du fleuve en grand péril et garantir la survie de plus de 110 millions de personnes.

L’objectif de la Charte de l’Eau du Bassin du Niger, qui comprend 37 articles, est de favoriser « une coopération fondée sur la solidarité et la réciprocité pour une utilisation durable, équitable et coordonnée de la ressource en eau du bassin versant hydrographique du Niger ». Les neuf États s’engagent ainsi à respecter un certain nombre de principes fondamentaux, notamment :

- la participation des populations concernées
- l’utilisation équitable, raisonnable et non dommageable des ressources en eau
- le maintien de la quantité et de la qualité de ces ressources aux plus hauts niveaux possibles
- la préservation, la protection et l’amélioration des écosystèmes aquatiques et des zones humides
- la réduction progressive de la pollution transfrontière
- la prévention et l’atténuation de situations dommageables comme les inondations, les sécheresses, l’ensablement et les changements climatiques
- l’application des principes pollueur-payeur et préleveur-payeur
- le recours aux meilleures techniques disponibles à un coût économiquement acceptable
- etc.

Un fleuve à l’agonie

Le programme d’investissement adopté à Niamey se décompose en pas moins de 639 actions qu’il faudra mener en quatre plans quinquennaux jusqu’en 2027. Il s’agira principalement de reboiser les berges du fleuve, de récupérer les plaines dégradées et de désensabler le bassin moyen comprenant la boucle du Niger au Mali, le nord-est du Bassin au Burkina Faso et la rive droite du fleuve au Niger, en amont de Niamey. Seul un cinquième des fonds du programme sont actuellement acquis, le reste devrait être mobilisé lors d’une réunion des bailleurs de fonds prévue en juin prochain.

Il y a grande urgence. Le débit du fleuve a baissé de 20 à 55% au cours des 40 dernières années, en raison notamment des changements climatiques et de la pression démographique. Et le constat global est alarmant :

- étiages sévères et ensablements
- végétaux flottants et pollutions industrielles
- navigation et reproduction des poissons quasi impossibles faute de débits suffisants
- extrême pauvreté des populations riveraines
- sous-exploitation des potentialités agricoles du bassin
- conflits inter-communautaires autour des rares points d’eau.

À quoi s’ajoutent des prévisions peu optimistes : on s’attend dans la région non seulement à un doublement de population dans les vingt années à venir, mais aussi à un afflux massif de "réfugiés écologiques", donc à des occupations de terrain anarchiques et à une surexploitation des ressources.

L’Autorité du Bassin du Niger qui regroupe ces neuf États riverains ne paraît pas en mesure, avec ses seuls moyens, de relever tous ces défis et les actions isolées des gouvernements sont inefficaces pour empêcher le fleuve de courir à sa perte.


(Sources : communiqué officiel, projet de Charte, agences)
Carte et illustration : Niger-Hycos/OMM




Infos complémentaires

:: Un peu d’histoire

L’idée de créer un organisme public chargé de promouvoir la mise en valeur des ressources du bassin du fleuve Niger remonte à l’époque coloniale. Au début des années 50, la Mission d’Etude et d’Aménagement du Niger, basée à Bamako, avait juridiction sur le tronçon du fleuve de sa source en Guinée jusqu’à la frontière du Nigéria.

Au lendemain des indépendances des années 60, les États riverains ont adopté « L’Acte de Niamey » dans lequel ils reconnaissaient le caractère international du fleuve et la nécessité d’établir une réglementation commune pour l’utilisation de ses ressources.

Faute de résultats probants, les neuf États riverains décident en 1980, dans la ville de Faranah non loin des sources du fleuve, de fonder l’Autorité du Bassin du Niger (ABN). Mais la nouvelle institution connaîtra assez rapidement une très longue période de crise financière et politique, compromettant gravement la coopération régionale. Depuis 1998, elle a retrouvé un nouvel élan et le dernier sommet de Niamey consacre ses nouvelles ambitions.


Le Niger est le troisième fleuve d’Afrique : 4’200 km de long et un bassin couvrant 2,1 millions de kilomètres carrés, soit le tiers de la superficie totale de l’Afrique de l’Ouest.

Les 9 Etats membres de l’Autorité du Bassin du Niger (ABN) : Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire, Guinée, Mali, Nigeria, Tchad et Niger.

Site internet de l’Autorité du Bassin du Niger :
www.abn.ne

Mots-clés

Mot d’eau

  • Contempler l’eau

    “Je ne connais pas d’occupation plus totale de soi que de contempler l’eau, surtout l’eau mi-morte. À la fois plaisir et souffrance, divertissement de chaque minute et ennui compact des heures, plénitude et vide ; on vit avec une profonde et sourde intensité en même temps qu’on se détache et s’oublie, on se pétrit et on se délite dans une contradiction dont on ne cherche pas la clé, et il y en a certainement une, mais inutile. À quoi bon comprendre ?” (Alexandre Arnoux, “Rhône, mon fleuve”, 1967)

Glossaire

  • Porosité, perméabilité

    Les deux mots ne doivent pas être confondus car une roche poreuse (un grès par exemple) peut être perméable ou imperméable. On parle de la porosité d’un milieu, d’un sol ou d’une roche lorsqu’ils comportent des pores, c’est-à-dire des vides et des interstices de petite taille parfois microscopique. Le calcul de la porosité permet d’évaluer la capacité de stockage d’un milieu. On parle de perméabilité d’un milieu lorsqu’il est apte non seulement à se laisser pénétrer par un fluide, mais également à être complètement traversé par lui.


Contact Lettre d'information