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Robinet contre bouteilles, mêlée ouverte

EDITO SEPTEMBRE 2008

Haro sur l’eau en bouteilles, le duel du robinet contre la bouteille tourne au vinaigre, la bouteille fait des vagues, la bouteille résiste, les eaux minérales ripostent : quelques titres pour résumer l’un des feuilletons de l’été autour de ce que d’aucuns décrivent comme un bras de fer entre défenseurs de l’or bleu et partisans de la commercialisation de l’eau potable.

Ce débat aux ingrédients variés appartient à l’actualité latente. Cela fait quelque temps déjà qu’il occupe le discours des professionnels et des militants de l’eau. Alors pourquoi a-t-il refait soudain surface dans un été qui n’avait rien de caniculaire et qui ne manquait pas de sujets de conversations ?

C’est peut-être de l’autre côté de l’Atlantique qu’on trouvera une première explication. Aux premiers jours de l’été, la conférence des maires des États-Unis - s’inspirant de la décision plutôt spectaculaire prise il y a un an déjà par la ville de San Francisco - encourage officiellement les municipalités à diminuer leur utilisation d’eau en bonbonnes et à privilégier les systèmes de distribution du réseau public.

En Suisse, c’est le même raisonnement, porté à son extrême, qui anime le parlementaire Jacques Neyrinck, lequel annonce qu’il demandera au gouvernement fédéral d’interdire l’eau en bouteille qu’il juge beaucoup trop gourmande en énergie. Si ce n’est de la provocation politique, ça en a en tout cas le pétillant.

D’autant que parallèlement, mais dans une logique économique inverse et peu subtile, Aproz et Pearlwater, deux producteurs valaisans d’eaux minérales, dévoilent leurs plans d’exportation et de prospection de marchés d’eaux en bouteille européens, américains et asiatiques. Cela alors même que du côté des grands producteurs on reste assez discret sur des ventes en perte de vitesse. Une diminution, font-ils entendre, aussi légère que les bulles de leurs bouteilles.

C’est le choc des infos. Dans chaque rédaction, le sujet s’inscrit à l’ordre du jour. On donnera donc la parole aux politiciens, écolos ou pas, aux techniciens du service public et aux minéraliers privés, aux chimistes, aux vendeurs d’eaux bling bling et aux dégustateurs, voire aux restaurateurs montrés du doigt s’ils font payer la carafe d’eau. Le consommateur est plus rarement convoqué. Les vrais sondages d’opinion ne s’improvisent pas et leur interprétation réclame du doigté.

Les points de vue se juxtaposent souvent sans nuances, la plupart du temps sans dialogue aucun. De fait, chacun trouvera au hasard des interviews de quoi conforter son opinion et ne ressentira pas grand besoin de chercher plus loin si l’eau du robinet est mieux surveillée que l’eau en bouteilles, si les eaux minérales sont aussi bienfaisantes que ce que laissent entendre leurs publicités, si la ruée sur les marques menace le service public d’eau potable ou si l’abandon des bouteilles met en danger des places de travail.

La controverse qui agite quelque peu la ville canadienne de London (Ontario, 350’000 habitants) illustre bien ce dialogue de sourds. À ses autorités qui viennent d’interdire la vente de bouteilles d’eau dans les bâtiments municipaux, Nestlé Canada rétorque que cela ne changera rien aux habitudes des consommateurs : plutôt que de se tourner vers l’eau du robinet, la majorité d’entre eux choisira sans doute des boissons qui ont une teneur en calories plus élevée. En d’autres mots : proscrire l’eau en bouteilles serait donc nuisible à la santé publique. On aurait pu, du côté de la multinationale, imaginer argumentation un peu moins marketing.

Ici et ailleurs, le débat va vraisemblablement se perpétuer, alimenté comme n’importe quel conflit par des rumeurs invérifiables et des communiqués de mauvaise foi, des propos à l’emporte-pièce et de malins sous-entendus qui n’aideront personne à se faire une idée un peu plus sereine et mesurée des enjeux de société que laisse entrevoir cette mêlée ouverte.

Car en fin de compte cette empoignade est aussi culturelle. Elle offre un bon indicateur à la fois du degré persistant de méfiance à l’égard d’une ressource naturelle dont chacun sait la vulnérabilité et de la séduction permanente des symboles de pureté originelle maniés par la publicité. Derrière chaque robinet et chaque bouteille d’eau se cachent non seulement des intérêts en monnaie sonnante et trébuchante mais aussi des visions du monde peut-être irréductibles.

Bernard Weissbrodt

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Marie besson
Eau en bouteille ? bouteille à la mer....
comme une bouteille à la mer, ce débat est contre carré par le primat de la rentabilité de la (...)
8 septembre 2008 Lire >
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