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19 décembre 2006.

Reprendrez-vous un peu de désert ?

EDITO DÉCEMBRE 2006 L’Année internationale des déserts et de la (...)

EDITO DÉCEMBRE 2006

L’Année internationale des déserts et de la désertification s’achève comme elle s’est à peu près déroulée, c’est-à-dire dans une indifférence quasi unanime. Les experts en ont certes et heureusement profité pour échanger leurs analyses et les peaufiner. Ici et là quelques fonds supplémentaires ont pu être dégagés pour des actions ponctuelles, à défaut de s’inscrire dans la durée. Mais, dans les esprits, cette « célébration » sensée alerter les opinions ne laissera que fort peu de traces, vite effacées par les vents d’actualités plus spectaculaires. Le concert-apothéose donné mi-décembre par Jean-Michel Jarre dans les sables marocains ne change rien au constat.

Si l’on choisit pourtant de s’attarder dans des territoires nus et peu fréquentés, il y a grand risque de n’en voir que le côté fascination, l’ocre des horizons, le chant des dunes, l’appel à la méditation, l’envie de retrouver les solitudes essentielles. Et de faire sien le vécu du randonneur d’expérience pour qui « le désert est un exceptionnel révélateur du caractère humain ». (1)

Demeurera donc, longtemps encore sans doute, la confusion entre l’image idéalisée de ces grands espaces et la réalité terre à terre de la désertification. On n’a pas de souci à se faire pour les premiers. Leur aridité est irréversible, disait l’autre jour un expert mauritanien de la conservation de la nature, Ibrahim Thiaw (2), convaincu que jamais le Sahara ne reverdira. Les déserts sont là pour toujours et ils font partie du patrimoine mondial, avec leurs richesses biologiques et humaines.

En fait, ce n’est pas dans ces déserts-là que des populations éparpillées se battent contre la dégradation des terres, mais dans leurs marges. Là où des ressources naturelles sont surexploitées, la biodiversité en danger, la fertilité des sols à la baisse, les structures sociales et familiales menacées de désintégration.

Ces régions arides, une fois encore, ne ressemblent pas toujours aux images que l’on veut bien en donner. Elles ne sont pas toutes en voie de désertification. Ni leurs habitants forcément très pauvres, ni obligatoirement frappés de famine. L’eau y est rare, certes, mais pas partout de la même manière. Ici difficile à récupérer, là disponible de façon intermittente. Mais, en tous ces lieux, la mobiliser et l’utiliser coûte cher, pour ne pas dire hors de prix.

Les espoirs mis dans la Convention de lutte contre la désertification, née au Sommet de la Terre à Rio en 1992, se sont évanouis. Les volontés politiques et les moyens financiers n’ont pas été à la hauteur. Les populations d’éleveurs et d’agriculteurs, pourtant reconnues enfin comme des partenaires à part entière des décisions qui les concernent, ont sans doute un peu plus le droit à la parole. Ce n’est pas pour autant qu’on les écoute mieux.

Trop de réformes nées de bonnes intentions, telles la décentralisation, engagées souvent sous l’influence de contributeurs extérieurs, dévient de leurs buts et finissent par exacerber les conflits entre gens d’amont et gens d’aval, entre nomades et sédentaires, entre besoins domestiques et irrigation. Comment les prévenir ou y porter remède ? Certainement pas en imposant des recettes passe-partout au nom de la gouvernance mondiale, répètent certains experts (3). Mais en commençant par comprendre les réalités locales, complexes et toutes différentes au-delà d’apparences uniformes trompeuses. Lutter contre la désertification est une question urgente. Encore ne faudrait-il pas y répondre n’importe comment.

Bernard Weissbrodt

(1) Jacques Lanzmann, « L’Empire du silence », Éditions du Rocher, 2005
(2) Directeur général par intérim de l’Union mondiale pour la nature (UICN), Émission « Atlas », Radio suisse romande, 9 décembre 2006
(3) Module doctoral « Relations internationales et gestion des ressources », IUED, Genève, 14-15 décembre 2006.



Mots-clés

Glossaire

  • Bédières et moulins

    Une bédière est un torrent d’eaux de fonte ou de pluie qui s’écoulent à la surface d’un glacier et qui au fil du temps finissent par creuser des moulins, sortes de gouffres qui eux-mêmes débouchent sur des réseaux de galeries à l’intérieur ou sous le glacier et jusqu’à sa partie frontale. C’est en quelque sorte un système hydrologique qui ressemble, à certains égards, à celui que l’on trouve dans des massifs karstiques où par érosion l’eau forme toutes sortes de cavités souterraines.

Mot d’eau

  • L’eau fugitive

    On entendait à peine au fond de la baignoire / Glisser l’eau fugitive, et d’instant en instant / Les robinets d’airain chanter en s’égouttant. (A. de Musset, Premières poésies, « Namouna », viii.)


Récupérer l’eau de pluie

De nombreux sites internet (et de nombreuses sociétés) proposent toutes sortes de solutions. On les trouvera aisément en tapant les mots "récupération eau pluie" dans un moteur de recherche.
Au niveau de la solidarité internationale, il existe une association entièrement consacrée à ce thème : l’Alliance Internationale pour la gestion de l’eau de pluie (IRHA), basée à Genève. Voir son site web : www.irha-h2o.org



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