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29 novembre 2005.

Qualité des eaux : gare aux antibiotiques !

En 2004, 3’800’000 emballages d’antibiotiques ont été vendus en (...)

En 2004, 3’800’000 emballages d’antibiotiques ont été vendus en Suisse. Cette surconsommation inquiète les spécialistes, car elle affaiblit l’efficacité des médicaments. Elle entraîne bien d’autres problèmes, même au-delà des considérations purement médicales, et sans parler de l’usage vétérinaire de ce genre de substances. Et l’un des problèmes posés par les antibiotiques est le fait qu’on en retrouve de plus en plus dans l’eau. L’émission ABE (À Bon Entendeur) de la Télévision suisse romande lui a consacré le 29 novembre 2005 l’essentiel de son sommaire. Points de repères et citations.

Dans l’estomac du lac

« Dans les eaux du Léman, on trouve des pesticides, des résidus médicamenteux, des cosmétiques, des produits réactifs pour radios, photos, des hormones, toutes les substances qu’on utilise dans la vie … On appelle ça des problèmes émergents, des nouveaux problèmes dont on connaît mal la gravité. Il y a des programmes de recherche au niveau national et européen et on peut avoir des craintes sur les effets sur l’environnement. C’est un sujet qui est en recherche. ( François Rapin, secrétaire général de la CIPEL, Commission internationale de protection des eaux du Léman).

Moins d’un microgramme par litre, c’est déjà beaucoup trop

« On ne peut pas dire que c’est anodin, si on compare au volume du lac, la teneur peut se monter à plusieurs tonnes de substances actives déversées dans le lac … . Dans les rejets de stations d’épuration, on a mis en évidence environ 40 substances de médicaments, dont 12 antibiotiques différents. Dans l’eau du lac, on a trouvé moins de substances, 4 médicaments et un antiépileptique, un produit utilisé dans la radiographie et deux antibiotiques. » (Patrick Edder, adjoint du chimiste cantonal genevois).

« On retrouve des représentants de tous les groupes de médicaments, les anti-douleurs (comme l’ibuprofène), des anti-épileptiques (par exemple, du carbamazepine), des liquides de contraste utilisés pour les diagnostics (comme l’iopromide), et aussi des antibiotiques de plusieurs groupes. Par exemple, le groupe des macrolides (avec le clarithromycine), ou les groupes des sulfonamides (avec le sulfamethoxazole). » ( Christa McArdell-Buergisser, chimiste à l’EAWAG, Institut de Recherches de l’Eau des Ecoles polytechniques fédérales).

Comment est-ce possible ?

Ces antibiotiques « sont consommés par l’humain. Le corps ne retient qu’une partie de ces substances et en rejette, par les urines et les selles, une autre partie qui peut aller de 10 à 90 % suivant les substances. Elles arrivent ensuite par les réseaux des égouts dans les stations d’épuration. Certaines substances y sont détruites et d’autres passent à travers et arrivent dans les eaux. » (François Rapin)

Un défi pour les ingénieurs de l’épuration

« Je soutire l’eau qui est passée à travers les stades de la station d’épuration. On va l’analyser pour voir si les substances médicamenteuses ont été éliminées, transformées par l’épuration, ou bien si elles sont passées telles quelles et seront donc rejetées à la rivière. Ces analyses, nous les exécutons à notre laboratoire, une fois par jour ou quelques fois par an, suivant les projets. Dans ce cas, l’eau qui ressort des stations d’épuration est claire, mais il y a des substances en suspension qu’on ne voit pas, il s’agit de les concentrer, de réduire le volume de l’eau pour pouvoir les analyser. » (Alfredo Adler, chimiste EAWAG).

« L’objectif des stations est d’éliminer les matières en suspension et les matières dégradables et biodégradables, mais les matières pharmaceutiques ne sont pas toutes biodégradables. Il serait intéressant de créer des substances qui sont plus biodégradables et qui n’ont pas d’effets sur les organismes de l’environnement. » (Annick Tauxe, docteur en sciences, EPFL)

Que faire ?

« Il y a différentes solutions à différents niveaux. En amont du problème et au niveau du consommateur qui, lui, dans l’idéal, devrait moins consommer de médicaments et seulement dans des cas vraiment nécessaires. Sinon, il y a des solutions techniques en aval mais qui seront des solutions à court terme, des solutions complémentaires. Dans un premier temps, il faut installer des réseaux additionnels aux stations d’épuration pour éliminer tout de suite le problème. Mais après, il faudra sensibiliser le médecin et le consommateur qui ne devrait pas prendre des antibiotiques pour un rhume ». (Fabien Gigon et Léon Berger, étudiants à l’EPFL, co-auteurs d’une étude sur les résidus médicamenteux).

Citations extraites de l’émission ABE


Références :

- Émission ABE du 29 novembre 2005 : Les antibiotiques font de la résistance
- Fabien Gigon et Léon Berger : « L’eau, poison du nouveau siècle ? »
- Site (allemand / anglais) de l’EAWAG, Institut de Recherches de l’Eau des Ecoles polytechniques fédérales




Mots-clés

Mot d’eau

  • Contempler l’eau

    “Je ne connais pas d’occupation plus totale de soi que de contempler l’eau, surtout l’eau mi-morte. À la fois plaisir et souffrance, divertissement de chaque minute et ennui compact des heures, plénitude et vide ; on vit avec une profonde et sourde intensité en même temps qu’on se détache et s’oublie, on se pétrit et on se délite dans une contradiction dont on ne cherche pas la clé, et il y en a certainement une, mais inutile. À quoi bon comprendre ?” (Alexandre Arnoux, “Rhône, mon fleuve”, 1967)

Glossaire

  • Porosité, perméabilité

    Les deux mots ne doivent pas être confondus car une roche poreuse (un grès par exemple) peut être perméable ou imperméable. On parle de la porosité d’un milieu, d’un sol ou d’une roche lorsqu’ils comportent des pores, c’est-à-dire des vides et des interstices de petite taille parfois microscopique. Le calcul de la porosité permet d’évaluer la capacité de stockage d’un milieu. On parle de perméabilité d’un milieu lorsqu’il est apte non seulement à se laisser pénétrer par un fluide, mais également à être complètement traversé par lui.


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