Pour apprendre à regarder le fleuve
Le message essentiel que Michèle Martin veut faire passer par le biais de cette exposition consacrée au Rhône tel que le voyait Robert Hainard, c’est « apprendre à regarder la nature, prendre le temps de l’observer ».
Le naturaliste genevois, Michèle Martin ne l’a pas rencontré personnellement de son vivant. Ce qui ne l’empêche pas de se sentir très « en symbiose » avec son œuvre. Cette découverte l’a confortée dans son approche de la nature : « Quand j’ai lu ses textes, j’ai senti ma voix, ça pourrait être un maître. Sa conception de la nature, c’est la mienne. »
« Cette nature, Hainard a bien su la retranscrire, elle est vivante, elle nous parle beaucoup, et on a besoin de regarder ses œuvres qui sont autant de bouffées d’oxygène ».

- Michèle Martin préparant les panneaux de son exposition (photo acqueduc.info)
Un double choix
Dans son exposition, Michèle Martin a voulu montrer tout ce que Robert Hainard savait faire : des croquis, des aquarelles et des gravures sur bois, « pour que les gens puissent comprendre comment il travaillait, à partir de quoi il commençait et à quoi il arrivait ». Mais l’idée de base et le choix des oeuvres, c’était finalement toujours le fleuve : « J’ai sélectionné des aquarelles du Rhône, des gravures correspondant à son milieu, avec les animaux vivant sur ses rives, avec la végétation environnante, et en tenant compte du rythme des saisons. »
Offrir les œuvres de Hainard à tous les regards, c’est aussi donner au visiteur la chance de pouvoir « imaginer à nouveau le Rhône dans le peu qui nous en reste… Il y a des endroits encore bien sauvages et si Hainard était encore là, il les trouverait ! »
Germaine, un vrai regard de peintre
Michèle Martin paraît aussi très attirée par le personnage de Germaine, l’épouse de Robert Hainard. « Elle semblait effacée mais toujours présente. Elle avait un regard profond, sincère et vrai sur les choses, elle jetait un regard de peintre sur tout ce qu’elle voyait, elle peignait à l’huile des paysages avec une immense sensibilité aux variations de couleur. »
Certes Germaine a vécu dans l’ombre de son mari, ce qu’il reconnaissait. « Elle fait partie des peintres femmes suisses reconnues, mais elle peignait davantage pour elle que pour le public et a d’ailleurs consacré sa vie à sa famille plus qu’à sa peinture. »
Sans elle pourtant, l’œuvre de Robert Hainard n’aurait peut-être pas été ce qu’elle est. « Elle le faisait corriger son travail quand il n’était pas fidèle à son croquis et à ses notes, et quand finalement tout lui plaisait dans les tons, elle donnait le bon à tirer… »
En reste une œuvre quasi intemporelle. Hainard est toujours d’actualité, conclut Michèle Martin. "Déjà, de son temps, il n’appartenait à aucune école et se situait un peu à l’écart des modes. Voilà pourquoi il peut aujourd’hui parler encore à toutes les générations. Et ce n’est que du bonheur. »
Propos recueillis par Bernard Weissbrodt



La loutre mystère
S’il est un animal qui tient une place toute particulière dans l’univers rhodanien de Robert Hainard, c’est bien la loutre qu’il a cherchée et guettée pendant des nuits. Cet animal dont il disait qu’il est « fidèle dans l’espace mais pas dans le temps » : il passe toujours au même endroit, mais on ne sait jamais quand !
C’est de l’époque de la construction de l’usine électrique de Verbois, dans la campagne genevoise, que datent de nombreuses aquarelles peintes par Hainard au bord du Rhône. C’est qu’il voulait saisir le fleuve sauvage avant qu’il ne soit détruit.
« Il y a passé des nuits d’affût, il y allait le week-end quand les bulldozers ne travaillaient pas, quand les gros projecteurs du chantier étaient éteints. Et là, trois nuits de suite, il a vu des loutres. »
La loutre, cependant, il ne l’a pas sculptée, faute de l’avoir vue assez souvent, assez longtemps et sous toutes les coutures pour pouvoir enfin travailler ses formes dans le bois. Insaisissable loutre. Tout comme l’esprit mystérieux du Rhône.