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14 janvier 2012.

Nouveau plaidoyer pour une stratégie commune de la gestion de l’eau dans les pays alpins

"Les riches pleurent aussi". Ce titre, emprunté à une telenovela (...)

"Les riches pleurent aussi". Ce titre, emprunté à une telenovela mexicaine, les auteurs du dernier rapport en date de la Commission Internationale pour la Protection des Alpes (CIPRA) s’en servent pour résumer les problèmes actuels de la gestion de l’eau dans les pays alpins : "en dépit de l’abondance proverbiale de leurs ressources en eau, les Alpes sont déjà touchées par le stress hydrique au niveau local, et en souffriront probablement plus encore dans le futur en raison du changement climatique."

Personne ne le conteste : les Alpes sont le château d’eau de l’Europe. Cette chaîne de montagnes partagée par sept pays (Allemagne, Autriche, France, Italie, Liechtenstein, Slovénie et Suisse) est extrêmement riche en ressources hydriques : les fleuves et les rivières qui y prennent leur source alimentent en eau quelque 170 millions de personnes.

On sait aussi que les changements climatiques déjà visibles auront un impact majeur sur l’hydrologie des pays alpins : moins de neige mais plus de pluies hivernales, périodes de sécheresse estivales plus marquées, cette modification des régimes de précipitations aura des effets très nets sur les débits des cours d’eau même si, à court terme, ces changements seront compensés par la fonte des glaciers.

La Commission Internationale pour la Protection des Alpes (CIPRA), qui s’inquiète de cette réduction annoncée de la disponibilité de l’eau, consacre précisément son dernier dossier à "La gestion de l’eau face au changement climatique" et dresse une sorte d’inventaire des problèmes, des mesures à prendre, des instruments politiques adéquats et des exemples de bonne pratique. Avec un premier diagnostic : "les situations de stress hydrique alpin ne sont pas le résultat de la rareté des ressources mais plutôt de l’augmentation de la concurrence de la demande en eau entre divers secteurs".

"Arrêtons la folie hydroélectrique"

Parmi les revendications avancées par le rapport de la CIPRA, la gestion de l’eau pour la production hydroélectrique arrive très nettement en première place. Non sans raison, puisque c’est ce secteur qui affiche la majeure partie (75%) des prélèvements hydriques des régions alpines. Il fait également l’objet aujourd’hui d’un véritable boom des demandes d’aménagement de nouvelles installations de production et c’est lui aussi qui a le plus fort impact sur la morphologie des rivières.

"Plusieurs pays des Alpes prévoient de privilégier l’hydroélectricité au lieu de l’efficacité énergétique et les économies d’énergie. Le retrait progressif de l’énergie nucléaire est actuellement un argument de choix pour autoriser l’aménagement des dernières rivières et ruisseaux quasi-naturels. Plutôt que de développer cette capacité ’finale’ (utilisation maximale du potentiel hydroélectrique des cours d’eau) aux dépens de l’environnement naturel, la CIPRA appelle à la modernisation des centrales hydroélectriques existantes en l’associant à des mesures de compensation écologiques. Cette orientation permettrait d’obtenir une hausse de 50 % de l’efficacité énergétique à court terme (...)

(...) Il est nécessaire d’étudier minutieusement chaque projet de réhabilitation d’installations existantes afin de garantir leur compatibilité environnementale ; là où les effets négatifs sur l’environnement seront inévitables, ils devront être compensés" (pages 4-5).

Les petites centrales électriques sont elles aussi dans le collimateur de la CIPRA pour qui "tout ce qui est petit n’est pas toujours joli" : souvent, pour des gains énergétiques mineurs, ces petites unités de production peuvent provoquer des dégâts environnementaux de grande ampleur. Les soutiens financiers dont elles bénéficient devraient être explicitement fondés sur des considérations de durabilité et de compatibilité écologique.

"Une stratégie pour l’ensemble de la région alpine"

Outre qu’il faudrait mettre davantage l’accent sur la lutte contre le gaspillage et les usages abusifs de l’eau, et que la gestion des ressources hydriques devrait être plus professionnelle et s’exercer au niveau des bassins versants (comme le réclame la directive cadre européenne sur l’eau), la CIPRA réclame également des pays membres de la Convention alpine qu’ils s’accordent sur une stratégie pan-alpine commune pour une gestion durable de l’eau et des habitats qui en dépendent :

"Cette stratégie devrait inclure l’amélioration de l’efficacité des centrales hydroélectriques existantes, ainsi que des provisions garantissant la compatibilité environnementale des autorisations de rénovation. Celle-ci devrait également fournir des alternatives à la construction de grands réservoirs et établir des restrictions à la construction désordonnée des microcentrales" (page 6).

Une telle stratégie présuppose un inventaire des systèmes hydrologiques alpins dont le fonctionnement écologique est jugé équilibré ou aisément régénérable. Dans lequel cas ils devraient alors être considérés comme des "zones tabous" pour tout usage ou installation non durable telle qu’une centrale hydroélectrique, et pour l’exploitation intensive des paysages de rivières. (Source : CIPRA)


- Ce rapport de synthèse (36 pages) sur "La gestion de l’eau face au changement climatique" est disponible sur le site de la CIPRA




Infos complémentaires

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Le barrage-voûte
d’Émosson, en Valais
© sumnersgraphicsinc
- Fotolia.com


:: VERDIR L’HYDROÉLECTRICITÉ

Les systèmes de certification environnementale de l’énergie figurent parmi les quelques exemples de bonnes pratiques présentés dans le rapport de la CIPRA. Extrait (page 28).

"Au cours des dernières années, le marché de l’électricité est devenu très complexe, et des certifications ’énergie verte’ ont émergé de par le monde pour tenter de fournir aux producteurs et aux consommateurs les moyens de mesurer la performance environnementale de l’énergie ainsi produite.

En 2009, un examen de telles certifications mené par le cabinet de conseil PricewaterhouseCooper (PwC) a montré le peu de fiabilité des critères environnementaux définis par ces organismes.

Cependant, Naturemade star, un organisme suisse, a obtenu un très bon score dans cette analyse comparative. Des 19 labels analysés à l’échelle mondiale en 2008-2009, il a été le seul à présenter "des règles très strictes et concises en matière d’hydroélectricité" (PwC, 2009).

Naturemade star vise à proposer un label de qualité pour l’énergie écologique. Ce label est attribué par l’Association pour une énergie respectueuse de l’environnement (VUE) suisse après une inspection poussée ; il garantit le respect de contraintes écologiques strictes et détaillées, définies à partir de critères scientifiques développés spécifiquement pour cette certification.

Dans le cas de l’hydroélectricité, les gestionnaires de chaque centrale hydroélectrique travaillent, en partenariat avec des experts en hydro-écologie, à définir une étude et un plan de gestion préliminaires qui sont ensuite soumis à la VUE pour évaluation et audit. Les considérations prises en compte incluent des contraintes de débits minimaux, les enjeux de lâchers d’eau pour les pointes de consommation, la gestion des réservoirs et la conception de la centrale.

Une fois la certification obtenue, des audits de contrôle ont lieu tous les ans et un processus de renouvellement de certification est programmé tous les 5 ans. Ce dernier prend compte de l’entièreté du cycle de vie de l’énergie produite, et des critères d’études à l’échelle locale et régionale sont également renseignés. Enfin, le système mis en place par Naturemade star inclut un Fonds d’amélioration écologique."

- Consulter le site naturemade.ch

Mots-clés

Glossaire

  • Eau potable

    La législation suisse sur les denrées alimentaires définit l’eau potable comme une "eau naturelle ou traitée qui convient à la consommation, à la cuisson d’aliments, à la préparation de mets et au nettoyage d’objets entrant en contact avec les denrées alimentaires". Cette eau doit être "salubre sur les plans microbiologique, chimique et physique". La loi définit de manière précise les exigences de qualité auxquelles elle doit satisfaire en tout temps et les concentrations maximales admissibles de diverses substances.

Mot d’eau

  • Eaux de source

    "Rosette témoigna, pour apaiser sa soif, le désir de boire aussi de cette eau, et me pria de lui en apporter quelques gouttes, n’osant pas, disait-elle, se pencher autant qu’il le fallait pour y atteindre. Je plongeai mes deux mains aussi exactement jointes que possible dans la claire fontaine, ensuite je les haussai comme une coupe jusqu’aux lèvres de Rosette, et je les tins ainsi jusqu’à ce qu’elle eût tari l’eau qu’elles renfermaient, ce qui ne fut pas long, car il y en avait fort peu, et ce peu dégouttait à travers mes doigts, si serrés que je les tinsse." (Théophile Gauthier, "Mademoiselle de Maupin", (...)

Mot d’eau

  • « Le fleuve me hantait »

    "La proximité de sa grandeur réveillait en moi une antique terreur des eaux qui, en présence des rivières et des fleuves, même vus du rivage, me tourmente l’âme. La fluidité des eaux fluviales, lentes ou rapides, me trouble, où je décèle un monde à demi visible de formes fugitives qui tentent et parfois fascinent l’âme inattentive. Ce sont des êtres sinueux et insinuants que les fleuves et les rivières, même farouches." (Henri Bosco, "Malicroix", 1948)


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