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13 janvier 2020.

Petit tour de Suisse
des eaux transfrontières (2)

2/4. Sur le pourtour des Grisons et du Tessin

Suite de l’inventaire succinct des principaux cours d’eau suisses qui font partiellement office de frontière nationale, des points précis où certains d’entre eux entrent en Suisse et/ou en sortent, et de quelques-unes des particularités précisément liées au partage des eaux transfrontières. Après la remontée du Rhin, place au pourtour national des cantons des Grisons et du Tessin.

Dans les Grisons, de l’Inn au Reno di Lei

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Vallée de l’Inn à Martina, à la frontière
entre les Grisons et l’Autriche
(© Wikipedia Commons / Dmicha)
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Dans le canton des Grisons, dont les eaux coulent vers trois mers (Mer du Nord, Mer Noire et Mer Adriatique), la frontière avec ses pays voisins (Liechtenstein, Autriche et Italie) n’est étonnamment marquée par un cours d’eau que sur une quinzaine de kilomètres. C’est en Basse-Engadine, dans la commune de Valsot, qu’il faut les chercher, là où l’Inn (En), à sa sortie du territoire national, reçoit le Schergenbach. Cet affluent qui draine les eaux de la vallée de Samnaun fait brièvement frontière avec le Tyrol autrichien tout comme l’Inn en amont de ce confluent situé à 1000 m d’altitude.

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Station de mesure Il Rom à Müstair
(aqueduc.info)

Dans l’inventaire des bassins fluviaux de Suisse, on cite souvent le Rhin et le Rhône, plus rarement le Pô et le Danube, et presque jamais l’Adige. Il Rom, qui en est le seul affluent en provenance de Suisse, draine les eaux du Val Müstair. Le bassin de cette rivière de 24 km ne représente certes qu’une infime partie du territoire national (0,3 %), mais son exutoire correspond à l’extrémité orientale du territoire national.

Le Spöl naît dans la vallée de Livigno, en Italie, et rejoint l’Inn à Zernez, dans le canton des Grisons. L’Aqua Granda, selon son appellation italienne, est l’une des deux rivières transalpines, avec la Drava dans la province de Bolzano, à faire partie du bassin du Danube, ce qui donne à l’Italie un droit de navigation sur ce fleuve. Le Spöl alimente un grand lac artificiel dont le barrage chevauche la frontière italo-suisse à Punt dal Gall. Comme il est situé à la limite du Parc national suisse, son projet de construction et de modification du lit de la rivière qui traverse la réserve naturelle avait à l’époque suscité une longue polémique.

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Le Spöl, dans le Parc National suisse
(aqueduc.info)

Un compromis fut finalement trouvé et largement accepté lors d’une votation fédérale en 1958, entérinant ainsi la convention passée en 1957 par la Suisse et l’Italie pour l’utilisation de la force hydraulique du Spöl. Au fil du temps, la rivière qui avait perdu sa dynamique naturelle a pu être revitalisée grâce à un régime de crues artificielles deux ou trois fois par année. Mais au printemps 2013 des incidents survenus au barrage ont provoqué le déversement de grandes quantités de boue, faisant d’énormes dégâts à la faune aquatique.

Le Poschiavino prend sa source non loin du col de Livigno mais s’écoule vers le sud dans le Val Poschiavo. Il franchit la frontière à Brusio (Campocologno) et, une poignée de kilomètres plus loin près de Tirano, se jette dans l’Adda, un sous-affluent du Pô.

C’est du Col de Lunghin, qui marque en Haute-Engadine le partage des eaux entre les bassins du Rhin, du Danube et du Pô, que s’écoule la Mera (parfois Maira), récupérant les eaux du Val Bregaglia. Elle passe la frontière à Castasegna, traverse Chiavenna puis le petit lac de Mezzola avant de se déverser dans le Lac de Côme.

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Barrage et lac de Lei (photo Biovit CC BY-SA)

Au nord de Chiavenna, le Lac de Lei est dans le périmètre italien, mais le barrage qui retient ses eaux est sur sol helvétique, dans la commune grisonne de Ferrera, suite à un échange de territoire entre les deux pays [1]. Autre particularité : ce lac - le plus grand des bassins artificiels exploités par le canton des Grisons - est alimenté par le Reno di Lei qui est le seul cours d’eau italien rattaché au bassin versant du Rhin et donc aussi son affluent le plus méridional.

Sur le pourtour tessinois

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Gandria, village douanier (aqueduc.info)

La frontière entre la Lombardie et la Suisse a été définie dans un traité signé à Varèse en 1752 qui visait à mettre fin à des controverses politiques et territoriales de plus en plus nombreuses (pour mémoire, le canton du Tessin n’a vu officiellement le jour qu’en 1803). Depuis le milieu du 18e siècle, son tracé n’a pratiquement pas changé. On la trouve d’abord à la hauteur du village de Gandria d’où elle traverse le bras nord du Lac de Lugano sur moins de deux kilomètres.

Sur la même distance, la frontière suisse longe au milieu du lac la petite enclave de Campione d’Italia, qui pendant plusieurs décennies a fait fortune grâce surtout aux activités de son casino. Mais celui-ci ayant fait faillite en 2018, l’avenir économique de l’enclave est incertain. Alors qu’elle faisait partie du territoire douanier suisse et bénéficiait des avantages liés à ce statut (franc suisse et plaques d’immatriculation suisses notamment), Campione est depuis le 1er janvier 2020 intégrée à l’espace douanier de l’Union européenne.

À l’extrémité sud du Tessin coule la Breggia qui prend sa source sur le versant italien du Monte Generoso, entre en Suisse et recueille les eaux de la Valle di Muggio jusqu’à Chiasso, d’où elle retourne en Italie pour rejoindre rapidement le lac de Côme.

Le Gaggiolo, né sur le versant sud du Monte San Giorgio, non seulement change de nom à plusieurs reprises (Lanza, Ranza, Morea, Clivio) mais joue aussi avec la frontière, sortant de Suisse pour y revenir à Stabio et en ressortir aussitôt pour aller du côté de Varese et se jeter dans l’Olona, affluent du Pô.

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Port communal de Morcote, Riva da l’Elvezia,
face à l’Italie (aqueduc.info)

Remontant vers le nord-ouest, la ligne de partage italo-suisse passe par le milieu du lac de Lugano sur une distance d’environ 7 km, du pied du Monte San Giorgio jusqu’à Ponte Tresa. Ce lieu historique de transit entre les deux pays constitue aujourd’hui un point névralgique du trafic frontalier. La frontière suit alors sur 8 km la rivière Tresa qui sert d’exutoire au bassin lacustre dont elle déverse les eaux d’est en ouest dans la partie italienne du Lac Majeur à Luino (Lombardie). Depuis 1963, un barrage aménagé à Creva, sur territoire italien, mais exploité par le Tessin, met à profit les 70 m de dénivelé entre les deux lacs pour produire de l’électricité et réguler le niveau du Lac de Lugano.

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La Melezza, dans les Centovalli (aqueduc.info)

La frontière traverse le Lac Majeur sur environ 7 km, selon une ligne discontinue tracée à la hauteur des communes de Gambarogno (rive gauche) et Brissago (rive droite). Au nord-ouest du lac, dans les Centovalli, elle croise d’abord le lit du Melezzo Orientale, né en Italie dans la province de Verbano-Cusio-Ossola, et qui a simplifié son nom en Melezza à son entrée en Suisse. Plus haut elle suit brièvement le cours de la Ribellasca, un petit affluent de la Melezza qui de son côté s’en va rejoindre la Maggia et le Lac Majeur non loin de Locarno.

Presque parallèle aux Centovalli, un peu plus au nord, le Val Onsernone est souvent décrit dans les guides touristiques comme "l’une des vallées les plus fascinantes et mystérieuses du Tessin, caractérisée par des forêts touffues, des gorges spectaculaires et par sa rivière sauvage", à savoir : l’Isorno, né sur les hauteurs italiennes de la vallée et confluant avec la Melezza à Intragna. Dans cette région pentue et très arborée, il existe, perdus et quasi introuvables, deux petits torrents, longs chacun d’un petit kilomètre, qui font frontière avec l’Italie et qui ont pour noms symboliques Riale dei Confini (ruisseau des frontières) et Riale della Dogana (ruisseau de la douane) alors qu’il est tout à fait improbable d’y trouver le moindre des douaniers.

🔹 En 1972, la Suisse et l’Italie ont signé une convention [2] par laquelle les deux États s’engagent à collaborer étroitement pour protéger contre la pollution les eaux superficielles du Lac Majeur, du Lac de Lugano et des cours d’eau situés sur la frontière ou la traversant, ainsi que les eaux souterraines italo-suisses.

Bernard Weissbrodt

- Suite du dossier >

Ce texte fait partie d’une série de 4 articles :
1. En remontant le Rhin
2. Sur le pourtour des Grisons et du Tessin
3. Du Valais à Genève en passant par le Léman
4. À l’ouest, de l’Orbe à la Birsig

L’ensemble de ces textes est regroupé dans un document PDF disponible ci-dessous, complété par 4 pages de références et de données hydrographiques correspondant à cet inventaire non exhaustif.

PDF - 1.6 Mo
Eaux transfrontières
de Suisse
aqueduc.info


Notes

Mots-clés

Glossaire

  • Eau potable

    La législation suisse sur les denrées alimentaires définit l’eau potable comme une "eau naturelle ou traitée qui convient à la consommation, à la cuisson d’aliments, à la préparation de mets et au nettoyage d’objets entrant en contact avec les denrées alimentaires". Cette eau doit être "salubre sur les plans microbiologique, chimique et physique". La loi définit de manière précise les exigences de qualité auxquelles elle doit satisfaire en tout temps et les concentrations maximales admissibles de diverses substances.

Mot d’eau

  • Eaux de source

    "Rosette témoigna, pour apaiser sa soif, le désir de boire aussi de cette eau, et me pria de lui en apporter quelques gouttes, n’osant pas, disait-elle, se pencher autant qu’il le fallait pour y atteindre. Je plongeai mes deux mains aussi exactement jointes que possible dans la claire fontaine, ensuite je les haussai comme une coupe jusqu’aux lèvres de Rosette, et je les tins ainsi jusqu’à ce qu’elle eût tari l’eau qu’elles renfermaient, ce qui ne fut pas long, car il y en avait fort peu, et ce peu dégouttait à travers mes doigts, si serrés que je les tinsse." (Théophile Gauthier, "Mademoiselle de Maupin", (...)

Mot d’eau

  • « Le fleuve me hantait »

    "La proximité de sa grandeur réveillait en moi une antique terreur des eaux qui, en présence des rivières et des fleuves, même vus du rivage, me tourmente l’âme. La fluidité des eaux fluviales, lentes ou rapides, me trouble, où je décèle un monde à demi visible de formes fugitives qui tentent et parfois fascinent l’âme inattentive. Ce sont des êtres sinueux et insinuants que les fleuves et les rivières, même farouches." (Henri Bosco, "Malicroix", 1948)


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