AccueilInfosDossiers2004, Année internationale du riz

2004.

Lua, Génie du riz

CONTE VIETNAMIEN d’après les récits de Marie-Lan Nguyen et (...)

CONTE VIETNAMIEN
d’après les récits de Marie-Lan Nguyen et Jean-Yves Vuong

Jadis, pour se nourrir, les hommes n’avaient que ce qu’ils cueillaient, des racines et des fruits sauvages. Mais comme les habitants de la Terre étaient de plus en plus nombreux, il n’y avait plus assez à manger pour tout le monde. La famine et la misère s’installaient un peu partout.

Cette année-là survint une grande sécheresse, au point que dans le village un jeune couple épuisa toutes ses provisions. Le mari était très inquiet. Il voyait sa bien-aimée devenir chaque jour plus pâle et plus faible. "Nous ne pouvons pas rester ici à ne rien faire sinon attendre de mourir de faim, lui dit-il. Peut-être devrions-nous chercher ailleurs de quoi manger." Ils se résignèrent donc à quitter le village.

Ils errèrent longtemps, sans vraiment savoir où aller. Jusqu’au jour où, bien trop fatigués, ils durent s’arrêter. "Je suis sûre que notre dernière heure est arrivée", pensa la jeune femme.

Ils croyaient la mort venue lorsqu’ils aperçurent, non loin d’eux, une nuée d’oiseaux picorant de beaux grains jaune clair qui poussaient sur des herbes. "Et si nous mangions nous aussi de ces grains jaunes ! proposa le mari. Si ça convient aux oiseaux, ça ne peut pas nous faire de mal. Et si c’est poison, nos tourments finiront plus vite !"

Ils prirent donc quelques poignées de tiges, en recueillirent les gros grains dorés, les firent cuire et les mangèrent. Aussitôt leur visage s’éclaira. Jamais encore ils n’avaient goûté quelque chose d’aussi savoureux ni d’aussi nourrissant. Très vite ils reprirent des forces et leurs maigres joues redevinrent joufflues.

Tout heureux, ils prirent quelques plants de ces grains merveilleux et s’en retournèrent au village. Ils en distribuèrent aux autres villageois qui les semèrent. Les grains se multiplièrent. La famine et la misère disparurent.

En ce temps-là, le riz était bien plus gros qu’aujourd’hui. C’était un cadeau des Dieux qui avaient eu pitié des hommes. De plus, ce riz extraordinaire ne donnait pas de travail : il suffisait de le semer et de veiller à tenir sa maison bien propre. Car dès qu’il était mûr, le riz quittait son champ et rentrait de lui-même. Il suffisait de tendre une corde de la rizière à la paillote pour lui permettre de trouver son chemin.

Mais un jour qu’il s’en retournait chez lui, le riz trouva la femme encore en train de nettoyer la maison. C’est qu’elle était un peu paresseuse. Mais aussi coléreuse. Quand elle vit le riz, elle se fâcha et lui fit des reproches : "Que fais-tu là ? lui dit-elle. Attends donc devant la porte que j’aie fini de balayer !"

Le riz ne l’écouta pas et poursuivit tranquillement son chemin. Furieuse, la femme lui asséna un grand coup de balai plein de saletés. Le riz fut tellement rempli de honte qu’il explosa en mille petits morceaux .

Depuis ce jour-là, le riz ne se laissa plus cultiver facilement et ne reprit jamais tout seul le chemin du village. Les hommes durent travailler à la rizière de leurs propres mains, prendre eux-mêmes soin du riz, lui apporter de l’eau et le moissonner à la sueur de leur front.

Ils firent beaucoup d’efforts, mais ils ne réussirent jamais à obtenir un riz aussi gros qu’avant. Ils ne récoltèrent plus que des grains minuscules. Et si la pluie venait à manquer, la récolte était perdue. Et de nouveau, misère et famine régnèrent sur la Terre.

Les Dieux, encore une fois, eurent pitié des hommes. Ils envoyèrent sur la Terre le vieux Lua, le Génie du Riz. Il apprit aux hommes à semer le riz, à repiquer les jeunes pousses tendres, à construire des canaux d’irrigation et de petites digues afin de mieux maîtriser l’eau des rizières.

Lua, lui, se contente désormais de surveiller les champs et de les parcourir de l’aube au crépuscule pour s’assurer que tout se passe bien. Il se montre patient, témoignant de la bonté de l’Empereur du Ciel envers les hommes. Quand les paysans le voient dans leurs rizières, ils savent que la récolte sera bonne. Mais quelque fois Lua fait la fête et boit un peu trop. Les paysans, alors, savent que ce n’est pas très bon signe.


Tiré notamment du site viet.now




Infos complémentaires

Le riz et la mousson
(Nectar in sieve)

Kamala Markandaya
Inde, 1954
Extrait

" Cette année-là la mousson ne vint pas. Une semaine se passa, puis deux. Nos regards se fixaient sur un ciel cruel, calme et bleu, insensible à nos besoins. Nous nous jetâmes sur la terre pour prier. Je portai un potiron et quelques grains de riz à ma Déesse et je pleurai à ses pieds. J’eus l’impression qu’elle me regardait avec pitié et je m’éloignai réconfortée, mais la pluie ne vint pas.

Peut-être demain, dit mon mari, il n’est pas trop tard.

Nous sortîmes pour examiner le ciel, clair et beau, mortellement beau, sans un nuage pour troubler sa sérénité. D’autres nous imitèrent qui sortirent aussi pour contempler le ciel et murmurer : "Demain, peut-être."

Le lendemain vint et encore d’autres lendemains, mais toujours pas de pluie. Nathan ne disait plus "peut-être" ; une faible lueur d’espoir se refusant obstinément à mourir la faisait seule sortir à l’aube chaque jour pour interroger le ciel.

Chaque jour le niveau de l’eau baissait et la tête des plants de riz s’inclinait davantage. La rivière s’était amenuisée jusqu’à n’être plus qu’un filet d’eau, le puits était complètement à sec. Bientôt la pointe des tiges de riz tourna au brun ; sous nos yeux, la métamorphose s’opéra comme s’étend une maladie contagieuse, effaçant le vert qui pour nous était la vie.

Le moment de la récolte, et rien à ramasser. Le riz avait pris toute notre peine et maintenant il gisait devant nous en tas, passés, inutilisables. "

(Traduction Anne-Marie Soulac,
Editions Robert Laffont)

Mots-clés

Mot d’eau

  • Contempler l’eau

    “Je ne connais pas d’occupation plus totale de soi que de contempler l’eau, surtout l’eau mi-morte. À la fois plaisir et souffrance, divertissement de chaque minute et ennui compact des heures, plénitude et vide ; on vit avec une profonde et sourde intensité en même temps qu’on se détache et s’oublie, on se pétrit et on se délite dans une contradiction dont on ne cherche pas la clé, et il y en a certainement une, mais inutile. À quoi bon comprendre ?” (Alexandre Arnoux, “Rhône, mon fleuve”, 1967)

Glossaire

  • Porosité, perméabilité

    Les deux mots ne doivent pas être confondus car une roche poreuse (un grès par exemple) peut être perméable ou imperméable. On parle de la porosité d’un milieu, d’un sol ou d’une roche lorsqu’ils comportent des pores, c’est-à-dire des vides et des interstices de petite taille parfois microscopique. Le calcul de la porosité permet d’évaluer la capacité de stockage d’un milieu. On parle de perméabilité d’un milieu lorsqu’il est apte non seulement à se laisser pénétrer par un fluide, mais également à être complètement traversé par lui.


Contact Lettre d'information