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Lettre déc 2003

décembre 2003

LETTRE n° 04


L’Année de l’Eau est derrière nous...

...Et l’on en est à se demander à quoi elle aura vraiment servi. À parler de, informer sur, faire réfléchir à, prendre conscience de... Sans doute. Mais guère plus. Ce n’est pas avec ce genre de "célébrations" qu’on réduira de moitié d’ici 2015, comme le promet l’ONU, le milliard et demi d’hommes et de femmes qui n’ont pas accès à l’eau potable. La décennie de l’eau, dans les années 80, promettait déjà de l’eau pour tous en l’an 2000.

Les défis sont devant nous. Pas seulement au Sud. 2003 aura fait découvrir au Nord qu’il est de plus en plus vulnérable aux changements climatiques. Que ses glaciers fondent à vue d’oeil, que ses rivières peuvent s’assécher, que ses réseaux d’eau sont parfois pleins de trous. Et que la privatisation des services publics, en matière de distribution de l’eau, fait peser ses menaces aussi sur l’Europe.

Pour moi, l’une des principales leçons de cette Année 2003 est que les questions de l’eau ne trouveront jamais de réponse si chacun continue à travailler dans son coin. Chambéry (d’autres aussi sans doute) a montré la voie dans ses colloques en privilégiant la démarche multidisciplinaire. Une véritable gestion intégrée de l’eau n’est pas qu’une affaire d’aménagement du territoire. Elle appelle la confrontation des points de vue et la collaboration de tous : géologues et biologistes, médecins et écologistes, ingénieurs et politiciens, historiens et ethnologues, etc.

Autre enseignement de 2003 : quoi qu’il arrive, on ne pourra plus dire qu’on n’était pas au courant des batailles à venir. Ici et là des projets sont déjà en chantier. On annonce par exemple pour 2005 dans la région lémanique la tenue d’États généraux de l’eau et l’adoption d’une Charte de l’eau. Dans une quinzaine de mois, Genève devrait aussi, après Florence cette année, accueillir le second Forum alternatif mondial de l’eau.

Bref. Ce n’est pas parce qu’on change d’année que les fleuves, tranquilles ou non, s’arrêtent de couler. Bien au contraire : "l’eau, écrivait un jour Paul Claudel, c’est le regard de la Terre, son appareil à regarder le Temps".

Bernard Weissbrodt

P.S. Au cas où personne ne vous l’aurait déjà soufflé à l’oreille, sachez que, dans le calendrier onusien, 2004 se dit AIR. Non, ce n’est pas du vent ! mais l’Année Internationale du Riz. Et si comme moi vous êtes amateur de risotto, peut-être convient-il alors de nous souvenir que pour produire un kilo de riz il faut quelque chose comme 2500 à 5000 litres d’eau. Dossier(s) à suivre dans les mois qui viennent, car pour des centaines de millions de personnes à travers le monde, "le riz, c’est la vie". Tout comme l’eau.

L’Année Internationale du Riz sur le site de la FAO


COLLOQUE "EAU ET SANTÉ "
CHAMBÉRY 1-2 DÉCEMBRE 2003

Peut-on se fier à l’eau du robinet ?

Il y a débat. Entre ceux qui recommandent la boisson d’eaux minérales naturelles riches en propriétés favorables à la santé. Et ceux qui estiment que la qualité de l’eau du robinet soutient tout à fait la comparaison avec celle des eaux en bouteilles. Le Québécois Pierre Payment, de l’Institut Armand Frappier (composante de l’Institut national canadien de la recherche scientifique), ne prend parti ni pour les uns ni pour les autres. Mais il s’interroge : peut-on boire l’eau du robinet en toute sécurité ? Sa réponse : le risque existe, il est mal connu, il est cependant acceptable. Lire>

Les deux âmes de la ville d’eaux thermales

Federica Tamarozzi, ethnologue italienne, cultive entre autres passions l’observation des villes thermales. De Baracci la Corse à Aix-les-Bains la Savoyarde, en passant par les Italiennes Chianciano (en Toscane) ou Salsomaggiore (en Émilie-Romagne), elle mène ses enquêtes, fouille les archives et fait de ces lieux de cure de véritables observatoires de la société. Pour elle, les villes thermales ont deux âmes : la malade et la souffrante, l’éblouissante et la mondaine. Et les deux sont quasiment inséparables. Lire>


Un projet de Charte de l’eau pour la région lémanique

Le 50e numéro de la revue "Lémaniques" de l’Association pour la sauvegarde du Léman met en consultation populaire un projet de Charte de l’eau. Ce texte, dont l’idée est née il y a quelques années déjà dans des milieux associatifs et universitaires du bassin lémanique, se présente sous la forme d’une déclaration en 14 points. Ses auteurs se donnent deux ans pour lui donner une forme définitive qui serait alors proposée à l’approbation des pouvoirs publics franco-suisses. Lire>


LECTURES

Yves Lacoste
"L’eau dans le monde, les batailles pour la vie"
Petite Encyclopédie Larousse, 2003, 128 pp.

On ne présente pas Yves Lacoste, éminent géographe français, grand spécialiste de géopolitique. On lui sait gré de laisser quelque temps ses ouvrages érudits pour mettre son savoir à la portée de Monsieur tout le monde. Voici donc, en format de poche, une synthèse des enjeux planétaires de l’eau, entre technologie et politique. Sept chapitres instructifs et agréables à lire, parfois inattendus. Comme les liens entre vents, déserts et moussons. Ou la "parenté éclairante" entre révolution industrielle et révolution hydraulique. Mais aussi, moins convaincant, ses piques contre les écologistes dans leur campagne anti-barrages. Au bout du compte, un passionnant travail de vulgarisation réussi. Et à garder précieusement avec quelques-uns de ces petits et gros livres très utiles publiés tout au long de cette Année internationale de l’eau.

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Genève, le Rhône
et l’Ile Rousseau
(décembre 2003,
photo©aqueduc.info)

Que l’An 2004
vous soit
plein de belles lunes
sur des eaux paisibles !

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