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Lettre avril 2003

avril 2003

LETTRE n° 00


POINT DE VUE
Deux ou trois hirondelles…

…ne font pas le printemps. C’est bien connu. Que restera-t-il donc de ce mois de mars 2003 où les agendas, sur le thème de l’eau, mentionnaient non seulement sa traditionnelle Journée internationale, mais aussi, à Kyoto, la troisième édition du Forum mondial, puis, au tout dernier moment, à Florence, un nouveau Forum alternatif à prétention mondiale lui aussi.

De Kyoto, c’est à peine si on se souviendra des textes parsemés de velléités et de promesses moins généreuses qu’elles n’y paraissent. Le temps n’est plus aux palabres. Et dire que ce rendez-vous était tout de même une porte ouverte à la concertation internationale ne convainc plus personne.

On saluera cependant les deux grands documents externes publiés à l’occasion de ce 3e Forum et qui constituent deux solides outils de référence : le premier Rapport mondial sur la mise en valeur des ressources en eau de la planète et celui sur "Les actions pour l’eau dans le monde" qui présente un inventaire détaillé de 3’000 initiatives prises de par le monde.

A Florence, on se réclamait du terrain. Les propositions n’ont donc pas manqué, parfois fort applaudies, parfois aussitôt contredites. Il faudra faire le tri, en se souvenant qu’il n’existe pas de solution miracle à la crise de l’eau, que certaines initiatives peuvent réussir ici ou là mais tourner à l’échec ailleurs.

Les participants de ce Forum alternatif ont-ils entendu le message que leur avait envoyé Mario Soarès, l’ancien président du Portugal, à savoir que "la révolution de l’eau se fera sous la pression des molécules sociales que nous sommes" ? Plus facile à dire qu’à mettre en pratique.

Ainsi, dans l’enceinte du Forum de Florence, on ne trouvait aucune fontaine publique où étancher sa soif et l’on n’avait pas vraiment d’autre solution que de se rabattre sur les bouteilles d’eau minérale dont par ailleurs il était dit le plus grand mal.

En fait, si au Japon comme en Italie et d’autres pays on a peut-être beaucoup parlé de la crise de l’eau, les esprits étaient du côté de l’Irak où les bombardements annoncés devenaient réalité. Mais une guerre - celle du pétrole - peut en cacher une autre, celle de l’eau.

De plus, quel symbole que cette bataille dans une Mésopotamie dont l’histoire nous dit qu’elle est un don du Tigre et de l’Euphrate, ces deux fleuves sans lesquels cette région ne serait que désert !

Et n’est-ce pas là que l’homme a inventé l’irrigation des cultures, de là aussi qu’il tire une partie de ses grands mythes fondateurs, création du monde, paradis, déluge et autres ? L’eau, patrimoine commun de l’humanité, est plus menacée qu’on ne le dit.

Bernard Weissbrodt


Kyoto ou la méthode Coué

Pas de surprise au Japon. Le 3e Forum mondial de l’eau, après une bonne semaine de travaux (16-23 mars), n’aura pas vraiment réussi à renouveler le discours international sur la crise de cette ressource vitale.

Pire : la déclaration ministérielle qui clôturait les débats de ses dix mille participants ne propose quasiment aucun moyen concret d’atteindre des objectifs déjà formulés bien avant ce "sommet".

Dans les conférences internationales, c’est devenu une habitude, pour ne pas dire une manie diplomatique, de répéter ce qui a été convenu dans les grands rendez-vous précédents.

Tout se passe aujourd’hui, dans un système onusien bien ébranlé, comme s’il s’agissait en priorité de sauver les principes acquis et de ne faire peur à personne, ce qui implique évidemment de n’être pas trop concret et encore moins d’innover. Lire>

Petits échos de presse sur Kyoto

Douche froide

"Nous ferons, nous reconnaissons, nous saluons..." Des projets, des belles déclarations, certes, mais des actions chiffrées, aucune (…) "On continue de tourner autour du pot sans prendre de décisions", a regretté hier un responsable de la Banque mondiale. (Libération)

Déclaration peu engageante

Évasive sur les moyens de parvenir aux objectifs affichés (…) la déclaration finale en 28 points a posé un certain nombre de principes, notant qu’"il est d’une urgente nécessité, au niveau mondial, de donner la priorité aux problèmes de l’eau". (Le Monde)

Coup d’épée dans l’eau

"Nous demandions que le droit à l’eau potable soit inscrit au catalogue des Droits de l’homme. Les ministres n’en ont pas voulu, c’est une défaite sévère." (Madeleine Bolliger, déléguée de la Communauté de travail des œuvres suisses d’entraide, citée par swissinfo)

Déclaration de riches Beaucoup de délégations ont critiqué le texte, déplorant notamment qu’il ne mette pas en cause la responsabilité des pays les plus riches dans les changements climatiques dont les premières victimes sont les pays pauvres. (La Tribune de Genève)

C’était prévisible "Il n’y a pas eu de décision matérielle à Kyoto, pas d’engagement financier. C’était prévisible car le Forum mondial de l’eau n’a pas le même statut qu’une conférence de l’ONU. Comme son nom l’indique, il s’agit plutôt d’un lieu de réflexion politique." (Philippe Roch, chef de la délégation suisse à Kyoto, cité par Le Temps)


Florence et son agenda alternatif

Pendant que le Forum de Kyoto dressait son catalogue de promesses, celui de Florence - convoqué par un collectif d’associations rattachées à la mouvance de Porto Alegre - tentait de proposer un "agenda alternatif de la gestion de l’eau".

Les 21 et 22 mars, un bon millier de participants dont les trois quarts venaient d’Italie ont débattu d’actions concrètes à entreprendre sans tarder pour que l’eau soit enfin reconnue comme un bien commun et un droit pour tous.

"Ne parlons pas des problèmes, on les connaît", déclare d’emblée le professeur Riccardo Petrella, cheville ouvrière du Contrat mondial de l’eau : "traduisons l’utopie dans les réalités concrètes". Lire>

Les grenouilles de Siddhartha

Siddhartha, penseur indien de Bangalore, entre autres coordinateur pour l’Asie de l’Alliance pour un monde uni et responsable, pratique souvent la fable. Comme à Florence, lors du Forum alternatif mondial de l’eau, notée ici de mémoire..

Il était une fois un petit village de grenouilles. De couleurs différentes : vertes, safran, bleues ou blanches… Quand il faisait beau, elles s’asseyaient auprès de leurs puits. Et chacune y allait de son couplet : "l’eau de mon puits est la meilleure, ma couleur est la plus belle, etc… !" Mais un jour arrivèrent les grandes chaleurs, et les grenouilles pour se rafraîchir n’eurent pas d’autre moyen que de se jeter dans leurs puits. Ce qu’elles ne savaient pas, c’est que dans les profondeurs de la terre, les eaux se rejoignent. Et lorsqu’elles remontèrent à la surface, quelle ne fut pas leur surprise de se retrouver dans les puits de leurs voisines ! C’est ainsi qu’elles ont fini par comprendre que l’eau est le bien commun de l’humanité.

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Avis aux amis

Ce numéro zéro de la Lettre aqueduc.info est un essai de maquette pour un éventuel projet à plus long terme sur les thématiques de l’eau. Quant au site du même nom auquel cette lettre fait référence, il est lui aussi à l’état de maquette. Sa formule actuelle pourrait être revue pour ne garder que le volet "info", répondant en cela à des besoins exprimés ici et là. Propositions, réflexions et suggestions sont donc les bienvenues !

Bernard Weissbrodt


Enfin le Jet d’eau de Genève a un frangin !

Genève a célébré l’arrivée du printemps et la Journée mondiale de l’eau 2003 en offrant un petit frère inattendu à celui qui fait la fierté de sa rade depuis fort longtemps : l’aîné et le benjamin (à gauche sur la photo) se font déjà des clins d’oeil par-dessus les ponts et l’Île Rousseau ! Mais gare tout de même aux illusions d’optique : le nouveau-né est cinq ou six fois plus petit que son illustrissime frangin et il est peu probable qu’il grandisse encore. Le droit d’aînesse est sauf, que vive le junior !


Un timbre suisse
pour l’Année de l’eau

En mars, La Poste suisse a émis un timbre-poste spécial dédié à l’Année internationale de l’eau 2003 et d’une valeur de 90 centimes.

Pour l’illustrer, le graphiste zurichois Raphaël Schenker a choisi de suggérer "un torrent impétueux dont la beauté romantique évoque la formidable énergie de l’eau".

Ce timbre, dit encore le service de presse de La Poste "doit rappeler l’importance, pour la Suisse, de cet élément vital et sensibiliser la population au fait que cette ressource précieuse n’est pas illimitée".

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