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22 avril 2016.

Les poissons des lacs suisses manquent-ils de phosphates ?

Les pêcheurs professionnels tirent la sonnette d’alarme. Il y a une (...)

Les pêcheurs professionnels tirent la sonnette d’alarme. Il y a une trentaine d’années, les eaux des lacs suisses étaient saturées de phosphates. Aujourd’hui, suite aux mesures prises pour préserver leur qualité, le mal s’est inversé : dans de nombreux lacs le phosphore essentiel à la vie des poissons est en train de disparaître. Il est grand temps de lutter pour leur survie et en particulier de repenser les normes et les méthodes d’épuration des eaux usées.

Dans une "prise de position stratégique" qu’elle vient de rendre publique, l’Association suisse des pêcheurs professionnels (ASPP) avance des arguments précis : lorsque la teneur en phosphates d’un lac passe en dessous des 10 milligrammes par mètre cube d’eau, les rendements de la pêche déclinent rapidement.

Mais ni la protection des eaux ni l’approvisionnement en eau potable ni la santé des baigneurs n’exigent une concentration de phosphates inférieure à ces 10 mg/m3. Les pêcheurs estiment au contraire que la pratique qui consiste à rechercher une performance d’épuration quasi-totale est extrêmement préjudiciable aux organismes dont se nourrissent les poissons.

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Sabina Hofer, pêcheuse professionnelle
sur le Lac des Quatre-Cantons :
les filets sont trop souvent vides
(photo ASPP/M.Delussu)

Jadis, les lacs suisses abritaient de nombreuses populations de poissons grâce à l’apport modeste mais constant de phosphore, provenant de rivières aux méandres naturelles, de berges douces, de larges et longs deltas, et de l’inondation périodique des prairies marécageuses.

Puis est venu le temps où les pratiques agricoles, industrielles et domestiques ont contribué au déversement inconsidéré de substances qui, comme le phosphore et les nitrates, ont entraîné une forte eutrophisation des lacs, c’est-à-dire une prolifération d’algues et de végétaux, avec des effets néfastes pour la qualité de l’eau et pour la biodiversité.

Dès les années 1960, les pêcheurs professionnels ont été parmi les premiers à s’en inquiéter et à soutenir les efforts qui ont abouti en 1971 à l’adoption d’une Loi sur la protection des eaux qui s’est ensuite traduite notamment par la construction de nouvelles stations d’épuration et par l’interdiction des phosphates dans les lessives. Depuis une dizaine d’années, ils élèvent à nouveau la voix pour attirer l’attention sur la menace que fait rapidement peser sur les lacs une protection des eaux jugée inappropriée parce qu’elle priverait les poissons des nutriments dont ils ont besoin.

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Reto Leuch, pêcheur professionnel
sur le Lac de Constance,
en route vers la pose des filets
(photo ASPP/N.Do Carmo, St.Galler Tagblatt)

Un plan en dix points

Parce qu’ils estiment qu’ils ont été insuffisamment entendus, et plus encore qu’ils ont été marginalisés et dénigrés par certains acteurs de la protection des eaux, les pêcheurs professionnels exigent une discussion ouverte sur les stratégies à venir en matière de protection des eaux, publient un dossier (1) intitulé "Eau propre – Nourriture en suffisance pour les poissons – Maintien de la pêche professionnelle" et proposent un "plan en dix points" avec, pour principale revendication de repenser les normes d’épuration des eaux usées, ce qui selon eux serait tout à fait faisable sans même avoir besoin de modifier la législation actuelle.

En ce qui concerne les installations d’épuration des eaux usées qui rejettent leurs eaux nettoyées dans les lacs, les pêcheurs professionnels préconisent entre autres :
- une élimination de 80 % du phosphore est suffisante pour la protection des eaux,
- un rejet des eaux épurées dans les couches proches de la surface, c’est-à-dire là où le phosphore est nécessaire en tant que nutriment naturel,
- et le démarrage immédiat d’un essai-pilote dans les lacs de Constance et des Quatre-Cantons, voire dans le lac de Brienz.

L’Association suisse des pêcheurs professionnels salue favorablement la décision prise à une large majorité en 2015 par le Conseil national (chambre du peuple au parlement fédéral) de soutenir un postulat (2) chargeant le gouvernement (contre son avis) de rédiger un "rapport sur la situation des lacs et cours d’eau de Suisse en matière de pêche". Ce rapport devra présenter un état des lieux en tenant compte des aspects environnementaux et socio-économiques, et proposer des recommandations pour assurer une exploitation durable des ressources halieutiques indigènes. (Source : ASPP)


(1) Dossier disponible (en allemand avec résumé en français) sur le site de l’Association suisse des pêcheurs professionnels
(2) Voir le postulat 15.3795, déposé au Conseil national le 22 juin 2015, adopté le 14 septembre 2015.




Mots-clés

Glossaire

  • Eau potable

    La législation suisse sur les denrées alimentaires définit l’eau potable comme une "eau naturelle ou traitée qui convient à la consommation, à la cuisson d’aliments, à la préparation de mets et au nettoyage d’objets entrant en contact avec les denrées alimentaires". Cette eau doit être "salubre sur les plans microbiologique, chimique et physique". La loi définit de manière précise les exigences de qualité auxquelles elle doit satisfaire en tout temps et les concentrations maximales admissibles de diverses substances.

Mot d’eau

  • Eaux de source

    "Rosette témoigna, pour apaiser sa soif, le désir de boire aussi de cette eau, et me pria de lui en apporter quelques gouttes, n’osant pas, disait-elle, se pencher autant qu’il le fallait pour y atteindre. Je plongeai mes deux mains aussi exactement jointes que possible dans la claire fontaine, ensuite je les haussai comme une coupe jusqu’aux lèvres de Rosette, et je les tins ainsi jusqu’à ce qu’elle eût tari l’eau qu’elles renfermaient, ce qui ne fut pas long, car il y en avait fort peu, et ce peu dégouttait à travers mes doigts, si serrés que je les tinsse." (Théophile Gauthier, "Mademoiselle de Maupin", (...)

Mot d’eau

  • « Le fleuve me hantait »

    "La proximité de sa grandeur réveillait en moi une antique terreur des eaux qui, en présence des rivières et des fleuves, même vus du rivage, me tourmente l’âme. La fluidité des eaux fluviales, lentes ou rapides, me trouble, où je décèle un monde à demi visible de formes fugitives qui tentent et parfois fascinent l’âme inattentive. Ce sont des êtres sinueux et insinuants que les fleuves et les rivières, même farouches." (Henri Bosco, "Malicroix", 1948)


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