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24 avril 2008.

Les iconoclastes Plonk & Replonk remettent le feu au Lac

Un musée, comme celui du Léman, à Nyon, doit-il être forcément (...)

Un musée, comme celui du Léman, à Nyon, doit-il être forcément sérieux et sinistre ? Peut-il se laisser aller à un chouia de fantaisie et prendre le risque d’une lecture gentiment iconoclaste du Lac ? Carinne Bertola fait en tout cas partie de cette race de « conservateurs » qui détestent la poussière. Elle a ainsi donné carte blanche à Plonk & Replonk, deux artistes de Suisse romande délicieusement irrévérencieux, qui ne se sont donc pas fait prier pour concocter un parcours initiatique aussi spectaculaire qu’inédit. Avec pour seul mot d’ordre : Plonge et Replonge dans le Lac, tu finiras bien par le voir tel qu’on te l’a toujours caché !

Carinne Bertola, conservatrice du Musée du Léman, à Nyon, a de la suite dans les idées. La renommée du collectif Plonk & Replonk avait à peine franchi les crêtes des montagnes neuchâteloises qu’elle l’avait aussitôt encouragé, il y a une petite dizaine d’années, à s’investir dans la thématique lémanique. Il en était ressorti une première série d’images décalées, devenues entre temps quasi incontournables, et que l’on retrouve aujourd’hui sur le seuil du Musée, avec un brin d’auto-nostalgie. Après quoi, il n’y a plus qu’à se laisser gagner par les multiples « inventions & découvertes » qui animent joyeusement le premier étage de cette nouvelle exposition temporaire justement baptisée : « La face cachée du Léman. Mythes, légendes & sornettes ».

Dire que Plonk & Replonk ont construit leur fond de commerce sur la carte postale ancienne relève du pléonasme. Mais cela suppose tout de même de fouiller greniers, vieilles armoires et fonds de tiroirs. Le tri fait, avec la complicité de quelques collectionneurs heureux de valoriser leurs trésors couleur sépia, la création humoristique peut se mettre en marche. Dans les registres extravagants et sur les mêmes ressorts d’imagination auxquels nous ont habitués ces deux illustres iconographes du Roi de Suisse S.M. Helvetus IV, Grand Protecteur des Alpes et du Léman, présent "in corpore" au vernissage du 24 avril.

Leur inspiration, ils la puisent tour à tour dans le jeu de mots légendaire (le capitaine au long cou, les barques à voiles lapines, le feu au lac …), les sornettes pseudo-scientifiques (les anciens croyaient que le lac était plat et qu’on tombait dans le vide si on allait jusqu’au bout) et la préoccupation pour les espèces menacées (la truite laineuse), les petits métiers du lac (peintre de poissons rouges, dénoueur de nœuds marins, plieur d’ancres …) et la valse des activités saisonnières (vidange et révision du lac au printemps, flottage des blocs de granit), les clins d’œil artistiques (le déjeuner sur l’eau) et les aléas de la vie moderne (les bouchons de pendulaires lacustres vers 18h00), etc.

Plonk & Replonk semblent très attirés également par la muséographie palpable. À preuve les quelques vitrines où ils exposent une collection d’objets abracadabrants et improbables dans un inventaire que ne renierait pas Prévert : marteau à faire des carrés dans l’eau, couteaux à brouillard, pressoir à eau minérale, valise à pique-nique flottante, ceinture pour saut à l’élastique sous-marin, fer à repasser de marine pour lisser les vaguelettes…

Que dire alors de cette autre face cachée du Léman, l’aquarium, dans lequel le duo neuchâtelois a installé table et chaises de jardin, histoire de trinquer à la bonne santé des truites, tanches, carpes, brèmes, chevaines et autres résidents lacustres en mal de décor de scène ? De quoi, comme le premier cyprinidé venu, en rester bouche bée. Et tout ouïe aussi lorsque commencent à s’égrener d’invraisemblables brèves de comptoir piscicole…

Oubliez tout ce que vous venez de lire. Je l’ai écrit à chaud, en quittant le Musée, médusé. Ce n’est je l’espère que délire passager. Aux dernières nouvelles, le vrai Lac existerait toujours. Celui dont Ramuz disait qu’ « on cherche dedans un regard en réponse au sien sans point en trouver dans sa profondeur ». Peut-être cela vous rassurera-t-il, vous aussi.

Bernard Weissbrodt


Le Musée du Léman

Quai Louis-Bonnard 8, 1260 Nyon, Suisse
HORAIRES :
du 1er avril au 31 octobre : 10.00-17.00
du 1er novembre au 31 mars : 14.00-17.00
fermé les lundis (excepté jours fériés).

Evénements parallèles en 2008

- 5 et 6 juillet, Nuits de la Science, à Genève : présentation de quelques fariboles scientifiques et plonkiennes sur le stand de l’Association Science et Cité.
- Du 13 au 23 août, le Festival des Arts Vivants, Nyon : spectacle des « Briseuses de Tympan », sonorisation d’œuvres de Plonk & Replonk par des bruiteuses professionnelles.
- 13 et 14 septembre, Journées du Patrimoine, Nyon : bétonnade de Nains de Jardins par Plonk & Replonk, et Multiplication des produits du terroir lémanique.

Liens

- Musée du Léman, Nyon
- Plonk & Replonk




Infos complémentaires

Affiche de l’exposition
© Plonk & Replonk


Cartes postales

Le déjeuner sur l’eau
© Plonk & Replonk

Le sommet du lac
© Plonk & Replonk


En vitrines

Pressoir à eau minérale

Couteau (suisse) à brouillard

Fer à repasser de marine pour lisser les vaguelettes

Photos © aqueduc.info


Dans les salles

No comment
Photos © aqueduc.info


Dans l’aquarium

Qu’est-ce que tu faisais
avant d’être
dans le showbiz ?

Photo © aqueduc.info

Mots-clés

Glossaire

  • Eau potable

    La législation suisse sur les denrées alimentaires définit l’eau potable comme une "eau naturelle ou traitée qui convient à la consommation, à la cuisson d’aliments, à la préparation de mets et au nettoyage d’objets entrant en contact avec les denrées alimentaires". Cette eau doit être "salubre sur les plans microbiologique, chimique et physique". La loi définit de manière précise les exigences de qualité auxquelles elle doit satisfaire en tout temps et les concentrations maximales admissibles de diverses substances.

Mot d’eau

  • Eaux de source

    "Rosette témoigna, pour apaiser sa soif, le désir de boire aussi de cette eau, et me pria de lui en apporter quelques gouttes, n’osant pas, disait-elle, se pencher autant qu’il le fallait pour y atteindre. Je plongeai mes deux mains aussi exactement jointes que possible dans la claire fontaine, ensuite je les haussai comme une coupe jusqu’aux lèvres de Rosette, et je les tins ainsi jusqu’à ce qu’elle eût tari l’eau qu’elles renfermaient, ce qui ne fut pas long, car il y en avait fort peu, et ce peu dégouttait à travers mes doigts, si serrés que je les tinsse." (Théophile Gauthier, "Mademoiselle de Maupin", (...)

Mot d’eau

  • « Le fleuve me hantait »

    "La proximité de sa grandeur réveillait en moi une antique terreur des eaux qui, en présence des rivières et des fleuves, même vus du rivage, me tourmente l’âme. La fluidité des eaux fluviales, lentes ou rapides, me trouble, où je décèle un monde à demi visible de formes fugitives qui tentent et parfois fascinent l’âme inattentive. Ce sont des êtres sinueux et insinuants que les fleuves et les rivières, même farouches." (Henri Bosco, "Malicroix", 1948)


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