Les glaciers artificiels du Ladhak (Inde)

- Paysage d’oasis de montagne
Dans ce pays himalayen où les pluies sont rares, la production agricole - celle des céréales et en particulier de l’orge, aliment de base - dépend traditionnellement des torrents d’eau de fonte des glaciers et d’un système d’irrigation, de canaux et de bassins de rétention adaptés à l’âpreté des lieux. Mais les basses températures et le gel qui règnent pendant de nombreux mois en altitude raccourcissent d’autant les périodes de culture. C’est alors que Chewang Norpnel a l’idée d’aménager des "glaciers artificiels".
Non loin des villages et sur des versants qui restent longtemps à l’ombre, il construit des digues de pierres. En automne, il détourne une partie de l’eau des rivières pour l’amener vers ces petits bassins où elle gèlera dès les premières froidures, créant de véritables réservoirs de glace.

- Sans retenues d’eau,
pas de subsistance possible
(photo C.Wacker)
Dès le printemps et compte tenu que ces mini-glaciers vont dégeler bien avant l’arrivée des eaux de fonte des glaciers d’altitude, les villageois pourront gagner ainsi quelques précieuses semaines sur le calendrier des travaux agricoles et améliorer leurs récoltes. Aujourd’hui Chewang Norpnel craint l’impact des changements climatiques. La situation est alarmante, dit-il, les neiges sont moins fréquentes, les glaciers reculent. A ce rythme-là, le bel oasis des villages montagnards risque de disparaître.
- Inondations : Bangkok a peut-être échappé au pire lire>
- L’Inde et la Banque mondiale mettent le paquet pour nettoyer le Gange lire>
- La Chine veut redoubler d’efforts pour la protection de l’eau lire>
- Projets de barrages sur le Mékong : pas de décision avant plusieurs années lire>
- L’Asie sous la menace d’une grave pénurie d’eau douce lire>
- Tous les articles sur le thème Asie >



Les femmes,
gérantes de l’eau commune
Puisque de nombreux hommes du Ladakh travaillent durant l’été comme guides de trekking, ce sont les femmes qui gèrent les activités agricoles, entretiennent les systèmes d’irrigation et représentent les droits d’eau de leur famille dans les conseils villageois.
Ces droits sont répartis dans des tours d’eau réguliers et la famille qui possède peu de terre a droit à la même durée d’arrosage que celle qui en a beaucoup. Mais chacun peut céder son droit d’eau à un tiers en échange de céréales ou autres aliments.
Commentaire de l’ethnologue suisse Corinne Wacker qui a étudié de près les pratiques ladakhi :
"le droit d’eau est non seulement équitable, mais il a encore une fonction de compensation sociale ; ce partage traditionnel vécu, génial par sa simplicité et garant d’équilibre social, est un mécanisme essentiel de lutte contre la pauvreté et la faim".