AccueilInfosAnnées précédentesAnnée 2012

13 septembre 2012.

Le paysage alpin change, des lacs remplacent les glaciers

Ici ou là, dans le paysage alpin, des lacs sont en train de (...)

Ici ou là, dans le paysage alpin, des lacs sont en train de prendre peu à peu la place des glaciers. On le savait déjà depuis un petit bout de temps. Mais, dans le cadre du Programme national suisse de recherche sur la gestion durable de l’eau, des chercheurs se sont intéressés de plus près à ce que cela signifie en termes d’attractivité touristique, de production hydro-électrique et de dangers naturels.

Sous les effets du changement climatique, les glaciers alpins reculent. Ils perdent actuellement chaque année de 2 à 3 % de leur surface et de leur volume. A ce rythme, à la fin du siècle, il ne devrait en subsister que quelques résidus à haute altitude. Dans le sillage de ce recul généralisé, on voit aujourd’hui se former régulièrement de nouveaux lacs de montagne.

Une récente étude de l’Office fédéral de l’environnement (1) indiquait déjà que le recul des glaciers alpins générera à terme quelque 500 à 600 bassins susceptibles d’accueillir des lacs. Leur surface cumulée pourrait atteindre 50 à 60 kilomètres carrés (soit davantage, par comparaison, que le lac de Thoune et ses 47 km2). Certains de ces lacs auront une profondeur dépassant les 100 mètres et un volume supérieur à 10 millions de mètres cubes (soit l’équivalent d’un lac de barrage de taille moyenne).

JPEG - 9.1 ko
Le pont suspendu du Trift, 170 m de long, et 100 m au-dessus des eaux de fonte du glacier.
(© swiss-image.ch/
Christoph Sonderegger)

C’est sur l’un de ces lacs - celui du Trift, dans le Gadmental, sur le versant bernois du col du Susten - que se sont notamment penchés des chercheurs des universités de Berne et de Zurich, et de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (2). Dans le cadre du Programme national de recherche "Gestion durable de l’eau" (PNR61), ils ont examiné cet exemple, par ailleurs assez spectaculaire, sous l’angle de l’attractivité touristique, de la production hydro-électrique et des dangers naturels.

Jadis, les randonneurs pouvaient monter jusqu’à la cabane du Trift en traversant la langue du glacier. À la fin des années 1990, un lac est apparu derrière un verrou glaciaire, faisant obstacle à l’itinéraire traditionnel. Pour l’éviter, il a été décidé de construire un pont suspendu, sur le modèle des ponts népalais, qui est rapidement devenu une attraction touristique : la cabane a vu considérablement augmenter le nombre de visiteurs, profitant par ailleurs de la remise en service d’une ancienne télécabine de chantier.

- Pour les chercheurs, la combinaison du glacier, du lac et du pont a plus que compensé la perte de valeur touristique que pouvait faire craindre le retrait du glacier, même si la perte paysagère est irréversible. Mais, se demandent-ils, qu’en sera-t-il lorsque, dans quelques décennies, le glacier aura totalement disparu ?

Ce nouveau lac pourrait également se révéler intéressant pour la production d’énergie hydro-électrique. La construction d’un barrage au niveau du verrou glaciaire ferait augmenter le volume de la retenue et permettrait d’intégrer une nouvelle installation dans le réseau de barrages de la société régionale d’électricité (Kraftwerke Oberhasli, KWO).

- Les chercheurs ont analysé plusieurs variantes (stockage saisonnier, pompage-turbinage, etc.) et leur impact en termes de production hydroélectrique. Quelle que soit la variante retenue, ils notent toutefois que ces aménagements amoindriraient l’attractivité touristique du site.

Enfin, que le lac reste naturel ou devienne artificiel, la déstabilisation à long terme des pentes autrefois soutenues par le glacier, ou encore la rupture de l’actuelle langue du glacier, pourraient conduire à des éboulements et déclencher un raz-de-marée avec des conséquences désastreuses en aval.

- Les chercheurs sont ici d’avis que la construction d’une digue de retenue de dimensionnement adéquat permettrait certes de combiner protection contre les crues et production hydroélectrique, mais avec la conséquence que cela affaiblirait encore davantage le potentiel touristique du site.

JPEG - 8.8 ko
Le lac du glacier du Trift,
à 1’700 mètres d’altitude
(© swiss-image.ch/Max Schmid)

En conclusion, outre le fait que des conflits d’intérêts pourraient surgir autour de ces nouveaux lacs et que les aspects juridiques sur des questions de propriété et de responsabilité liés à ces sites demeurent flous, les chercheurs recommandent de planifier sans tarder une étude intégrant ces divers paramètres. Il leur paraît en effet nécessaire de développer une stratégie pour un usage intelligent et durable de ces nouveaux plans d’eau. Le renouvellement des concessions des barrages en fournit d’ailleurs une excellente opportunité pour les autorités concernées. (Source : PNR61)


(1) Rapport de synthèse du projet "Changement climatique et hydrologie en Suisse" (CCHydro), 2012, disponible sur le site de l’Office fédéral de l’environnement
(2) "Neue Seen als Folge der Entgletscherung im Hochgebirge : Klimaabhängige Bildung und Herausforderungen für eine nachhaltige Nutzung (NELAK)". Forschungsbericht NFP 61, disponible sur le site de l’Université de Zürich
(*) Sur le Programme de recherche "Gestion durable de l’eau", voir le site pnr61.ch et divers articles surr aqueduc.info




Mots-clés

Glossaire

  • Eau potable

    La législation suisse sur les denrées alimentaires définit l’eau potable comme une "eau naturelle ou traitée qui convient à la consommation, à la cuisson d’aliments, à la préparation de mets et au nettoyage d’objets entrant en contact avec les denrées alimentaires". Cette eau doit être "salubre sur les plans microbiologique, chimique et physique". La loi définit de manière précise les exigences de qualité auxquelles elle doit satisfaire en tout temps et les concentrations maximales admissibles de diverses substances.

Mot d’eau

  • Eaux de source

    "Rosette témoigna, pour apaiser sa soif, le désir de boire aussi de cette eau, et me pria de lui en apporter quelques gouttes, n’osant pas, disait-elle, se pencher autant qu’il le fallait pour y atteindre. Je plongeai mes deux mains aussi exactement jointes que possible dans la claire fontaine, ensuite je les haussai comme une coupe jusqu’aux lèvres de Rosette, et je les tins ainsi jusqu’à ce qu’elle eût tari l’eau qu’elles renfermaient, ce qui ne fut pas long, car il y en avait fort peu, et ce peu dégouttait à travers mes doigts, si serrés que je les tinsse." (Théophile Gauthier, "Mademoiselle de Maupin", (...)

Mot d’eau

  • « Le fleuve me hantait »

    "La proximité de sa grandeur réveillait en moi une antique terreur des eaux qui, en présence des rivières et des fleuves, même vus du rivage, me tourmente l’âme. La fluidité des eaux fluviales, lentes ou rapides, me trouble, où je décèle un monde à demi visible de formes fugitives qui tentent et parfois fascinent l’âme inattentive. Ce sont des êtres sinueux et insinuants que les fleuves et les rivières, même farouches." (Henri Bosco, "Malicroix", 1948)


Contact Lettre d'information