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23 juin 2003.

Le confluent de l’Aar et de la Limmat rendu à la nature

Au premier jour de l’été, les riverains du confluent de l’Aar et de (...)

Au premier jour de l’été, les riverains du confluent de l’Aar et de la Limmat, dans le canton d’Argovie, ont fêté la "renaturalisation" de leur "château d’eau". C’est le plus important projet de revitalisation de zones alluviales jamais réalisé en Suisse par une organisation privée.

Ce n’est pas pour rien que le canton d’Argovie (en allemand : Aargau), au nord-ouest de la Suisse, a mis de l’eau dans ses armoiries. C’est sur son territoire que se rejoignent trois rivières (l’Aar, la Reuss et la Limmat) qui arrosent quasiment la moitié du pays avant de se jeter dans le Rhin quelques kilomètres plus loin.

Le canton d’Argovie est aussi l’un des rares États au monde (le seul disent les Argoviens) qui a introduit dans sa constitution l’obligation de protéger les zones alluviales. Décision prise lors d’un vote populaire en 1993 déjà.

Cinq ans plus tard, Pro Natura, organisation suisse de protection de la nature, et sa section Pro Natura Argovie achetaient au confluent de la Limmat cinq hectares de terrain agricole qu’elles voulaient rendre à la nature. Coût de l’opération : un demi-million de francs suisses. Plusieurs centaines de milliers de francs seront encore déboursés pour réaménager le site.

Redonner vie aux processus naturels

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Photo Zuber, Pro Natura

Divers travaux ont ensuite été entrepris, notamment la démolition d’une partie des constructions d’endiguement et l’élargissement d’un bras de rivière canalisé. Désormais l’Aar et la Limmat peuvent à nouveau modeler naturellement leurs rives. "L’objectif du projet, explique Johannes Jenny, de Pro Natura Argovie, était de redonner vie aux processus naturels des zones alluviales, de laisser l’eau et la nature reformer à leur guise les berges et les structures morphologiques et d’obtenir ainsi des interactions entre les espaces au-delà de la digue et de la rivière."

Ainsi se créeront de nouveaux biotopes favorables à la réinstallation de nombreuses espèces animales et végétales rares et typiques. Entre autres : le martin-pêcheur, la barge rousse, le castor, l’ombre, le peuplier noir, le saule argenté.

À noter aussi que la population d’alentour disposera de nouveaux lieux de détente et d’observation de la nature, et que ces zones alluviales joueront également un rôle tampon lors des grandes crues.

Les "dommages collatéraux" du Plan Wahlen

Plusieurs raisons expliquent, comme en d’autres lieux, comment une zone alluviale d’une telle importance ait pu disparaître : bétonnage des cours d’eau, drainage des espaces occupés par les rivières, construction d’usines hydrauliques et de voies de communication, croissance des agglomérations, etc.

Un parlementaire, Ruedi Aeschbacher, par ailleurs membre du comité central de Pro Natura, apporte encore un autre éclairage intéressant. "Pendant la deuxième guerre mondiale, dit-il, c’est en détruisant des zones marécageuses et des paysages alluviaux que nous avons gagné des terres agricoles."

A cette époque-là, les autorités suisses avaient imposé le célèbre "Plan Wahlen" (du nom d’un ingénieur agronome qui entrera plus tard dans le gouvernement fédéral), lequel obligea toute la population à exploiter au maximum les terrains disponibles afin de répondre aux nécessités alimentaires.

Ruedi Aeschbacher rapporte cependant comment l’agronome Wahlen avait un jour lui-même justifié les "dommages collatéraux" de son plan tout en misant sur la volonté future de réparer.

Et de citer Friedrich Traugott Wahlen : "Lorsque notre jeunesse en comprendra les raisons, elle se fera une obligation, dans des temps meilleurs, de réhabiliter ce que notre rude époque laisse de traces indésirables et peut-être qu’elle effacera certaines des taches que nous avons infligées à la patrie…" (bw)

Le site de Pro Natura




Mots-clés

Mot d’eau

  • Contempler l’eau

    “Je ne connais pas d’occupation plus totale de soi que de contempler l’eau, surtout l’eau mi-morte. À la fois plaisir et souffrance, divertissement de chaque minute et ennui compact des heures, plénitude et vide ; on vit avec une profonde et sourde intensité en même temps qu’on se détache et s’oublie, on se pétrit et on se délite dans une contradiction dont on ne cherche pas la clé, et il y en a certainement une, mais inutile. À quoi bon comprendre ?” (Alexandre Arnoux, “Rhône, mon fleuve”, 1967)

Glossaire

  • Porosité, perméabilité

    Les deux mots ne doivent pas être confondus car une roche poreuse (un grès par exemple) peut être perméable ou imperméable. On parle de la porosité d’un milieu, d’un sol ou d’une roche lorsqu’ils comportent des pores, c’est-à-dire des vides et des interstices de petite taille parfois microscopique. Le calcul de la porosité permet d’évaluer la capacité de stockage d’un milieu. On parle de perméabilité d’un milieu lorsqu’il est apte non seulement à se laisser pénétrer par un fluide, mais également à être complètement traversé par lui.


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