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6 octobre 2003.

La pierre rouge du diable à Nestlé Waters

L’Initiative des Alpes décerne sa palme 2003 des transports (...)

L’Initiative des Alpes décerne sa palme 2003 des transports absurdes à l’entreprise Nestlé Waters (Suisse) qui a son siège principal à Gland, dans le canton de Vaud. Cette association écologiste estime en effet que la multinationale génère chaque année 12’000 trajets inutiles sur les routes des Alpes du seul fait de ses importations en Suisse d’eaux minérales étrangères, en particulier italiennes et françaises.

"La Suisse est riche en eau de bonne qualité, ainsi qu’en eaux minérales locales. Pourquoi alors transbahuter de l’eau en bouteille à travers les Alpes ?" se demande Christa Mutter, membre du comité de l’Initiative des Alpes qui a donc choisi Nestlé Waters comme "lauréate 2003" de son "diplôme" de trafics inutiles.

Quelques chiffres servent d’argument à cette mise au pilori : "Dans l’ensemble, Nestlé déplace 87% de ses eaux par la route. Une bouteille de San Pellegrino parcourt 432 kilomètres jusqu’au dépôt de Gland, et donc souvent plus de 600 kilomètres jusqu’au restaurant ou au magasin. Sur un volume annuel d’environ 110 millions de litres, 95 millions de litres sont donc importés par camion, ce qui correspond à environ 12’000 camions par an."

"Comportements incohérents"

Les industriels de l’eau en bouteille se comportent de façon incohérente, précise Georges Darbellay, membre lui aussi de l’Initiative des Alpes : "ils insistent sur la qualité écologique de leurs captages d’eau, mais polluent notre air en brûlant chaque année des dizaines de millions de litres de diesel pour distribuer de l’eau par camion".

Plus encore : leurs publicités "tendent à induire les consommateurs en erreur en leur faisant croire que l’eau en bouteille est meilleure pour la santé, ce que l’Organisation mondiale de la santé dément." Par ailleurs, "l’eau potable helvétique soutient tout à fait la comparaison avec les eaux minérales en bouteilles sur le plan de la qualité".

Autre problème d’image des industriels de l’eau, selon l’Initiative des Alpes : "d’un côté, ils incitent le consommateur à boire de l’eau en bouteille sous prétexte que l’eau des canalisations municipales serait défavorable à leur santé, et d’un autre côté ils s’approprient la gestion des réseaux de distribution municipale à travers leur privatisation". Une pratique jugée indéfendable en termes de rationalité économique, d’équité sociale, et d’écologie.

"Des reproches mal venus"

A Gland, au siège principal de Nestlé Waters (Suisse), on ne comprend pas très bien ce genre de reproches. André Granelli, son directeur général, a par exemple expliqué sur les ondes de la Radio suisse romande qu’il trouvait les propos des militants "un peu durs" alors que son entreprise développe "tout plein de programmes pour favoriser le rail".

Nestlé Waters parle de 6’000 transports par an, dont 20% par le rail (essentiellement des eaux françaises). Deux raisons sont avancées pour les transports routiers avec l’Italie : les chemins de fers italiens n’auraient pas encore les même normes que leurs homologues suisses et le dépôt central de Nestlé Waters près de Milan n’est pas encore équipé du rail.

Sur le fond de la question, à savoir la consommation d’eaux étrangères, André Granelli relève d’abord qu’elles sont minoritaires en Suisse (35%) et qu’ensuite elles sont à replacer dans le contexte d’une forte tendance helvétique à la consommation de produits italiens. Au bout du compte, "les gens ont le libre choix de consommer les produits qu’ils aiment". (bw)


- Initiative des Alpes
- Nestlé Waters

Voir aussi la fiche : Marché suisse des eaux minérales




Infos complémentaires

En bref

- L’Initiative des Alpes est née à la fin des années 1980 lorsqu’un groupe de citoyens a lancé l’idée d’inscrire dans la Constitution fédérale un article sur la protection des Alpes, lequel stipule que les régions alpines doivent être protégées contre les effets négatifs du trafic de transit (article accepté en scrutin populaire en 1994 par 51.9% des votants).

- Le "Prix des transports absurdes" que l’Initiative des Alpes décerne aux entreprises dont les produits génèrent des trafics inutiles a été baptisé "pierre rouge du diable" (Roter Teufelsstein), du nom d’un monument naturel situé à l’entrée du tunnel du Gothard. C’est sa manière à elle de sensibiliser producteurs et consommateurs aux problèmes que posent les transports à l’ère de la mondialisation du commerce.

L’ABC du buveur d’eau

L’Initiative des Alpes ne montre pas seulement du doigt les mauvaises pratiques. Elle avance aussi quelques conseils à l’usage du consommateur suisse soucieux de développement durable :

- S’il veut impérativement boire une eau à forte minéralisation et que l’eau de sa commune est à cet égard insuffisante, qu’il choisisse une eau minérale suisse, si possible celle dont la source est la plus proche.

- S’il est simplement à la recherche d’eau gazéifiée, qu’il se procure l’appareil, simple, qui permet de produire de l’eau gazéifiée à domicile.

- Dans les cafés et les restaurants, qu’il exige plus fréquemment de l’eau du robinet : les cafetiers-restaurateurs devraient savoir offrir des carafes d’eau à leurs clients, ou en tout cas de l’eau minérale de la source locale la plus proche.

- Quant au citoyen qui se cache derrière chaque consommateur, qu’il exige des communes (chargées en Suisse de capter et de distribuer l’eau) qu’elles prennent le plus grand soin de la qualité écologique de leurs aires de captage et qu’elles assurent le bon fonctionnement de leurs réseaux de distribution.

Mots-clés

Mot d’eau

  • Contempler l’eau

    “Je ne connais pas d’occupation plus totale de soi que de contempler l’eau, surtout l’eau mi-morte. À la fois plaisir et souffrance, divertissement de chaque minute et ennui compact des heures, plénitude et vide ; on vit avec une profonde et sourde intensité en même temps qu’on se détache et s’oublie, on se pétrit et on se délite dans une contradiction dont on ne cherche pas la clé, et il y en a certainement une, mais inutile. À quoi bon comprendre ?” (Alexandre Arnoux, “Rhône, mon fleuve”, 1967)

Glossaire

  • Porosité, perméabilité

    Les deux mots ne doivent pas être confondus car une roche poreuse (un grès par exemple) peut être perméable ou imperméable. On parle de la porosité d’un milieu, d’un sol ou d’une roche lorsqu’ils comportent des pores, c’est-à-dire des vides et des interstices de petite taille parfois microscopique. Le calcul de la porosité permet d’évaluer la capacité de stockage d’un milieu. On parle de perméabilité d’un milieu lorsqu’il est apte non seulement à se laisser pénétrer par un fluide, mais également à être complètement traversé par lui.


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