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14 septembre 2017.

L’eau, c’est une question de survie, mais aussi un moteur pour la paix

Les recommandations d’un panel international d’experts

Après deux ans de travaux menés à l’instigation de la Suisse et de 14 autres pays mandataires, un panel mondial sur l’eau et la paix a très officiellement publié à Genève son rapport final. Ce groupe indépendant, composé de quinze personnalités issues du monde politique, académique, du secteur privé et de la société civile, avait pour mission de formuler des propositions sur les instruments et les institutions qu’il conviendrait d’instaurer pour prévenir et réduire les conflits liés à l’eau au niveau mondial et régional. Ce panel de haut niveau est parvenu à la conclusion que "le défi mondial de l’eau n’est pas uniquement une affaire de développement et de droits de l’homme, mais également de paix et de sécurité".

"Le défi mondial de l’eau n’est pas une tâche comme les autres, c’est une question de survie", lit-on dans le préambule de ce rapport [1] signé par le président du panel, Danilo Türk, par ailleurs ancien président de la Slovénie : "Il est donc urgent de l’aborder à tous les niveaux de manière globale et intégrée (…), il appelle une approche nouvelle sur le plan de la réflexion, des pratiques et des institutions".

Même s’il existe un vrai risque que l’eau devienne une source majeure de tensions, le ministre suisse des affaires étrangères, Didier Burkhalter, qui s’est impliqué personnellement dans ce dossier, se veut optimiste : il est possible, dira-t-il lors de la présentation officielle du rapport, de "faire de l’eau un instrument-clé pour la coopération et un moteur pour la paix". Selon lui, les bénéfices mutuels d’une bonne gouvernance commune de l’eau dans les bassins versants transfrontaliers sont énormes, ils peuvent générer un surplus de confiance entre les pays, garantir un meilleur accès à l’eau et à d’autres services de base comme l’énergie, l’agriculture et la santé, et de manière globale instaurer de meilleures conditions pour un développement durable.

Des propositions en sept chapitres

Les 112 pages du rapport rédigé par ce Panel de haut niveau sur l’eau et la paix s’articulent autour de sept chapitres qui couvrent les principaux domaines analysés par ses quinze experts. Chaque chapitre se conclut sur une série de recommandations spécifiques très succinctement et partiellement résumées ci-dessous.

L’ONU doit jouer un rôle moteur
La pénurie d’eau et la détérioration de sa qualité multiplient les risques de conflit toujours plus prononcés et le monde a donc besoin de repenser les fondements de la coopération internationale dans ce domaine. Le Panel estime que l’ONU peut être le moteur des changements politiques et institutionnels et que son Assemblée générale devrait convoquer une Conférence intergouvernementale mondiale pour la coopération internationale en matière d’eau dans le but d’élaborer une stratégie de coopération, d’en définir les priorités spécifiques et de formuler un plan d’action pour les cinq années suivant cette Conférence.

L’eau dans les conflits armés
On voit aujourd’hui dans un certain nombre de conflits armés que les ressources en eau et les infrastructures hydriques sont de plus en plus souvent prises pour cibles ou utilisées comme armes de guerre. Le Conseil de sécurité de l’ONU, qui a une lourde responsabilité dans ce contexte, devrait dès lors considérer la protection de ces ressources et de ces installations comme un élément essentiel de la protection des civils, encourager les cessez-le-feu pour l’approvisionnement en eau dans les conflits armés, soutenir le déploiement rapide de spécialistes de l’eau pour la réhabilitation des services de l’eau et de leurs infrastructures, mais aussi veiller à ce que les problèmes de l’eau soient pris en compte dans les accords de paix.

Mieux vaut prévenir
Le Panel recommande à tous les États qui ont des ressources hydriques communes, qu’il s’agisse de cours d’eau ou d’aquifères, de conclure des accords transfrontaliers sur l’eau, et de le faire conformément aux principes et aux normes du droit international de l’eau (sur les quelque 400 aquifères transnationaux recensés au niveau mondial, seuls cinq ont fait jusqu’à présent l’objet d’accords internationaux). Les accords sur les eaux transfrontières et les institutions qui assurent leur exécution, de même que d’autres instruments juridiques non contraignants, représentent des outils précieux qu’il conviendrait d’utiliser davantage.

Partager les données
Une meilleure coopération internationale est également indispensable pour faire face aux changements qui affectent la quantité de l’eau, comme les sécheresses et les inondations, et pour remédier à la dégradation de la qualité de l’eau qui touche de nombreuses régions du monde. Cela passe par une meilleure connaissance des problèmes et un véritable partage des savoirs. Le Panel recommande donc que les mécanismes de collecte, de stockage et d’accès aux données soient améliorés. Il préconise la mise en place d’un système cohérent d’échanges et de suivi au niveau mondial et soutient le travail de coordination d’ores et déjà accompli dans ce sens par la plateforme ONU-Eau.

Participation citoyenne
La manière de gérer les ressources en eau a un impact direct sur la santé et le bien-être de la population. Tout un chacun devrait donc avoir accès aux informations et la possibilité de participer d’une manière ou d’une autre aux prises de décision le concernant, ce qui suppose que l’eau soit intégrée dans les programmes éducatifs. La gouvernance de l’eau implique également, dans le respect des besoins de tous, la recherche des compromis nécessaires entre les différents usages de l’eau et que cela puisse se faire dans des plateformes de dialogue accessibles à toutes les parties prenantes, y compris aux groupes de la société civile.

Innovation financière
La communauté internationale devrait développer des mécanismes financiers durables consacrés à la promotion de l’eau en tant qu’instrument de paix, promouvoir la coopération transfrontalière dans le domaine de l’eau et encourager les pays riverains à entreprendre des plans d’investissement communs. Le Panel invite les organisations multilatérales de développement et les organismes de financement à donner la priorité aux projets collaboratifs. Il suggère la création de nouveaux instruments, tels que le Fonds Bleu, dont pourraient bénéficier les pays qui sont prêts à travailler ensemble dans des projets d’eau transfrontaliers.

Un Observatoire mondial
Différentes institutions internationales sont actives dans le domaine de l’eau. Les experts du Panel notent qu’elles font toutes un travail important mais qu’il est aujourd’hui nécessaire d’avoir un cadre institutionnel pour faire le lien entre ces acteurs-clés et pour renforcer les structures, les initiatives et les compétences actuelles. Cela n’implique pas la création d’une agence supplémentaire, mais la mise en place d’un mécanisme nouveau qui améliore les capacités d’action commune. Le Panel propose donc un Observatoire mondial pour l’eau et la paix qui aurait pour tâche d’aider les gouvernements à utiliser l’eau comme instrument de coopération internationale et de prévention des conflits. (bw)



Notes

[1Le rapport final - "A MATTER OF SURVIVAL - Report of the Global High-Level Panel on Water and Peace" (112 pages, en anglais uniquement) – est disponible sur le site genevawaterhub.org du Pôle Eau Genève qui a assumé le secrétariat du Panel mondial de haut-niveau sur l’eau et la paix. Lire ou télécharger >
- Un résumé en français – UNE QUESTION DE SURVIE (8 pages) – est également disponible sur le même site.

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Mot d’eau

  • Le Lac

    “Si près qu’ils approchent du lac, les hommes n’en deviennent pas pour ça grenouilles ou brochets. Ils bâtissent leurs villas tout autour, se mettent à l’eau constamment, deviennent nudistes… N’importe. L’eau traîtresse et irrespirable à l’homme, fidèle et nourrissante aux poissons, continue à traiter les hommes en hommes et les poissons en poissons. Et jusqu’à présent aucun sportif ne peut se vanter d’avoir été traité différemment”. (Henri Michaux, "La nuit remue", 1935)

Glossaire

  • Limnologie

    Père de la limnologie (du grec "limné", lac, étang), le savant suisse François-Alphonse Forel (1841-1912) parlait d’elle comme de "l’océanographie des lacs". Il la définissait comme la "science des eaux continentales, des eaux stagnantes réunies dans des bassins limités et profonds, qui ne sont ni des fleuves ou rivières, ni des marais ou étangs, ni des eaux souterraines". Aujourd’hui, cette discipline a pris le sens plus large d’étude de tous les aspects écosystémiques des lacs et des grands réservoirs naturels d’eau douce à ciel ouvert.


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