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22 avril 2012.

À Kétomè, la bataille pour l’eau potable a finalement payé

À quelques encablures de Porto-Novo, perdu dans la bande (...)

À quelques encablures de Porto-Novo, perdu dans la bande marécageuse qui borde la lagune de la capitale du Bénin, le village de Kétomè. Cette petite localité d’une vingtaine de milliers d’âmes environ, dans la commune de Sèmè-Kpodji, fait partie de ces "trous’ oubliés du monde, à la fois si près et si loin du monde moderne. Depuis la nuit des temps et en dépit de sa proximité avec la grande ville, Kétomè vit sans électricité et surtout sans eau potable.

La qualité de l’eau de boisson, ici approvisionnée par un puits-forage, est très mauvaise, turbide, rendue rougeâtre par des particules en suspension, sans parler de son aspect bactériologique. Si ce liquide hétérogène convient à des cours de chimie, en revanche, sans un traitement adéquat préalable, il est totalement disqualifié pour la consommation humaine et autres usages domestiques. Hélas, les habitants de Kétomè n’ont pas d’autre choix.

Le fait d’être proche de Porto-Novo a suscité dans le village l’espoir d’être rapidement doté d’une adduction d’eau potable digne de ce nom. Mais les nombreuses démarches menées dans ce sens sont restées vaines. À Kétomè, on sait pourtant se montrer pugnace et persévérant. On y a appris que l’accès à l’eau potable est désormais un droit humain et non plus un luxe réservé à quelques privilégiés. Et on est bien déterminé à aller jusqu’au bout du combat.

Pour que leurs cris de détresse portent plus loin et plus haut, les gens du village ont alors fait appel à une chaîne de télévision privée pour réaliser un reportage sur leur situation et montrer à quoi ressemblait leur eau. Le commentaire qui accompagnait sa diffusion interpellait les autorités à tous les niveaux ainsi que les générosités susceptibles d’entreprendre quelque chose pour cette population du ’trou’. "Est-il normal de tomber malade pour avoir consommé pareille eau ?" clamaient les personnes interrogées. "Sauvez- nous, nous et nos enfants !"

Cette fois, la recette a fait mouche et l’émission n’a laissé personne indifférent. Les autorités concernées, les premières, ont bien dû sortir de leur torpeur proverbiale. Une délégation conduite par le maire de la commune, le préfet du département, représentant du chef de l’état, et d’autres personnalités se sont finalement déplacées à Kétomè.

Ses habitants viennent ainsi de remporter une première victoire dans leur longue bataille pour l’eau potable. Des travaux d’adduction d’eau courante, lancés par le maire en personne, y ont aussitôt démarré pour relier le village au réseau d’eau potable le plus proche. Et depuis la fin de février 2012, l’eau courante coule à la borne fontaine flambant neuve de Kétomè à la grande joie de sa population.

Cependant, ils sont encore légions les villages qui au Bénin, et ailleurs en Afrique et dans le monde, ne demandent aux pouvoirs publics que ce à quoi ils ont droit : des services sociaux les plus élémentaires. À commencer par celui de l’eau potable, puisque "c’est la vie", comme dit l’adage. À tous ces villages, on aimerait dire : vivement que vos luttes connaissent la même fin heureuse qu’à Kétomé ! Sait-on jamais, sa pugnacité pourrait servir d’exemple.

Bernard Capo-Chichi,
Porto Novo



Infos complémentaires

:: DE L’EAU IMBUVABLE
    À L’EAU COURANTE

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Panneau indiquant le complexe scolaire privé de Kétomè (seule indication officielle de la localité)

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Jusqu’il y a peu, c’est à ce puits central que la population de Kétomé cherchait son eau ...

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... dont il n’est pas vraiment nécessaire de préciser qu’elle était absolument imbuvable

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La borne fontaine d’eau courante, flambant neuve, enfin réalisée sur la promesse des autorités (photos B.Capo-Chichi)

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  • Le Lac

    “Si près qu’ils approchent du lac, les hommes n’en deviennent pas pour ça grenouilles ou brochets. Ils bâtissent leurs villas tout autour, se mettent à l’eau constamment, deviennent nudistes… N’importe. L’eau traîtresse et irrespirable à l’homme, fidèle et nourrissante aux poissons, continue à traiter les hommes en hommes et les poissons en poissons. Et jusqu’à présent aucun sportif ne peut se vanter d’avoir été traité différemment”. (Henri Michaux, "La nuit remue", 1935)

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  • Limnologie

    Père de la limnologie (du grec "limné", lac, étang), le savant suisse François-Alphonse Forel (1841-1912) parlait d’elle comme de "l’océanographie des lacs". Il la définissait comme la "science des eaux continentales, des eaux stagnantes réunies dans des bassins limités et profonds, qui ne sont ni des fleuves ou rivières, ni des marais ou étangs, ni des eaux souterraines". Aujourd’hui, cette discipline a pris le sens plus large d’étude de tous les aspects écosystémiques des lacs et des grands réservoirs naturels d’eau douce à ciel ouvert.


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