Faut-il inscrire les bisses au Patrimoine mondial ?
Le Valais, d’une manière quasi officielle, a inscrit à son ordre du jour le projet d’une candidature à l’inscription de ses bisses sur la liste du Patrimoine mondial. L’idée fait gentiment son chemin dans les différentes institutions et associations cantonales, suite notamment à un postulat parlementaire sur la multifonctionnalité des bisses et son acceptation par le gouvernement valaisan.
Le Colloque 2010 offrait une bonne occasion de faire le point sur ce projet, plus particulièrement lors d’une table-ronde regroupant des représentants des principales entités concernées. Le lancement de la procédure officielle devra attendre quelques années, mais le Valais devrait profiter de ce délai pour peaufiner son approche des problèmes en même temps que le dossier d’une éventuelle candidature.
Le postulat déposé devant le Parlement cantonal par la députée suppléante Véronique Jenelten-Biollaz, par ailleurs vice-présidente du Colloque, concluait, compte tenu de l’importance incontestable et inestimable du capital environnemental, culturel et paysager des bisses, que "le Valais se doit d’avoir l’ambition de présenter un jour sa candidature pour [leur] inscription au patrimoine mondial de l’Unesco, comme le canton de Vaud l’a fait pour le vignoble en terrasses de Lavaux".

- Ambiance studieuse dans
les locaux de l’Institut universitaire Kurt Bösch
Président du Colloque et directeur de l’Institut de géographie de l’Université de Lausanne, Emmanuel Reynard met en évidence trois des principaux atouts des bisses valaisans dans une telle démarche :
Seuls trois systèmes d’irrigation (voir ci-contre) figurent sur la liste des biens déjà inscrits au Patrimoine mondial et aucun des trois ne concerne des infrastructures de montagne : l’inscription des bisses présenterait donc un caractère de nouveauté.
Par rapport à d’autres systèmes d’irrigation de montagne ailleurs dans le monde, les bisses valaisans ont ceci de particulier et d’original qu’ils accordent une très grande importance aux structures hydrauliques en bois
Les consortages valaisans, c’est-à-dire le modèle toujours existant d’institution sociale et politique chargée de la gestion des réseaux d’irrigation, participent à la valeur patrimoniale des bisses. De ce point de vue, il n’est pas inutile de noter l’existence d’une très riche collection iconographique et d’archives encore largement inexploitées.
Au chapitre des difficultés auxquelles pourrait se heurter le projet, il est noté entre autres que les bisses se répartissent sur différents sites, ce qui impliquera, préalablement à toute candidature, une mise en réseau de tous les acteurs concernés. Un premier pas devrait être fait dans ce sens dès le mois d’octobre avec la création d’une Association valaisanne des bisses.

- Le Colloque en excursion
sur le Bisse de Savièse
avec Emmanuel Reynard
Des convictions et des réserves, des propositions et encore bien des interrogations…
Plus qu’à un débat d’idées ou à une confrontation de points de vue, la table-ronde organisée dans le cadre du Colloque a davantage donné lieu à une juxtaposition de certitudes et de doutes, de suggestions et de questions auxquelles il paraît difficile pour l’instant de donner suite. Bref, des informations en tous genres dont quelques-unes notées ici en vrac et de façon non exhaustive :
La Suisse n’ouvrira pas de nouvelle et hypothétique liste indicative d’inscriptions au Patrimoine mondial avant 2014, parce que, d’une part, elle est actuellement membre du comité de cette institution et ne peut donc pas se montrer juge et partie, et qu’elle estime, d’autre part, avoir inventorié tous les sites suisses pouvant répondre au critère de "valeur universelle exceptionnelle".
L’Europe est sur-représentée dans l’inventaire mondial des biens culturels et il faut s’attendre, au niveau international, à des arguments d’ordre politique qui risquent de faire obstacle à de nouvelles candidatures venues du Vieux Continent
Peut-être conviendrait-il d’élargir le cadre du projet, ce qui impliquerait, soit un ralliement au site déjà reconnu des "Alpes Suisses Jungfrau Aletsch" auquel le Valais est associé, soit - comme c’est le cas des sites palafittiques - une candidature commune avec d’autres pays de l’arc alpin connaissant des pratiques similaires d’irrigation de montagne.
En Valais, l’eau est considérée comme un bien commun et c’est là un argument à faire valoir, car il met en évidence les possibilités de gérer cette ressource autrement que sous le contrôle direct de l’État ou que sous l’emprise du marché privé.

- Le Colloque en excursion
sur le Bisse de Clavau
avec Armand Dussex
(photos © aqueduc.info)
Il faut respecter à tout prix le fait que les bisses ne sont pas un objet "bling-bling" mais un véritable instrument agricole. Une candidature qui ne prendrait pas en compte les pratiques des "bisses d’en-bas" n’aurait pas de sens et serait sans doute contre-productive.
Il ne faut pas oublier non plus la dimension sociale de ce patrimoine. Mais cette spécificité régionale réclame des efforts d’explication et des outils didactiques. De ce point de vue, les accompagnateurs de moyenne montagne semblent avoir une vocation particulière à faire découvrir cette richesse.
L’important, dans ce projet, ne serait pas l’inscription au Patrimoine mondial, mais le processus qu’il déclenche et qui appelle tous ses acteurs potentiels à faire œuvre commune autour des bisses, qu’il s’agisse d’en faire un inventaire précis, de leur conférer un nouveau statut ou de mieux les intégrer dans les différents secteurs de la gestion publique.
L’objectif de l’Unesco, à travers la liste du Patrimoine mondial, n’est certes pas de promouvoir le marketing touristique. Mais l’entretien des bisses et leur mise en valeur ont forcément un coût. Pourquoi, dès lors, ne pas faire participer financièrement leurs visiteurs aux investissements consentis par les collectivités ?
Enfin il importe d’étoffer le dossier des bisses en y associant plus étroitement encore le monde scientifique et les chercheurs de toutes disciplines, ce qui est l’une des raisons d’être du Colloque, et en faisant appel à des regards extérieurs. Dans ce sens, pourquoi ne pas demander, sur cette candidature, l’avis d’experts étrangers ? (bw)
P.S. Alors même que se tenait le Colloque sur les bisses, l’Office fédéral de la culture a annoncé à Berne le lancement d’un projet de liste des traditions vivantes de Suisse, telles que la musique, les coutumes ou les techniques artisanales, avec, pour objectif, de valoriser, soutenir et développer le patrimoine culturel immatériel. Le contenu de cette liste est du ressort des cantons et la Confédération publiera les premières inscriptions dès 2010. Le public est invité à faire part de ses suggestions via le site www.lebendige-traditionen.ch.
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Une brochure d’information sur
Voir aussi le site patrimoinemondial.ch et le site officiel du Centre du Patrimoine mondial
le Patrimoine mondial
en Suisse
est téléchargeable
sur le site de la Commission nationale suisse pour l’UNESCO.
> VOIR LE SOMMAIRE
DE CE DOSSIER SPÉCIAL
COLLOQUE INTERNATIONAL
SUR LES BISSES - 2010
en version PDF
(22 pages)
:: Les procédures d’inscription au Patrimoine mondial
:: Dix sites suisses
7 sites culturels
couvent bénédictin de Müstair
couvent de St-Gall
vieille ville de Berne
trois châteaux de Bellinzone
vignoble en terrasses de Lavaux
chemins de fer rhétiques
villes horlogères de La Chaux-de-Fonds et du Locle.
3 sites naturels :
Alpes Suisses Jungfrau Aletsch
site paléontologique du Monte San Giorgio
haut lieu tectonique suisse Sardona.
2 candidatures (transnationales) encore à l’étude :
oeuvre urbaine et architecturale de Le Corbusier
sites palafittiques préhistoriques autour des Alpes.
:: 3 sites d’irrigation déjà inscrits au Patrimoine mondial :