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Écritures au pays des sources absentes

"Qu’est-ce qu’un pays sans eau, un pays sans rivière ? Peut-on imaginer cela ?" s’interrogeait en 1936 l’écrivain neuchâtelois Jules Baillods. L’eau, il est vrai, tient une telle place dans l’imaginaire des poètes qu’on en vient à se demander à notre tour - ce que fait entre autres le parcours littéraire mis en place par la Bibliothèque de la Ville de La Chaux-de-Fonds - si les terres arides sont condamnées à être des terres sans écriture.*
2003

Dans la trentaine de pages qu’il consacre dans "Point(s) d’eau" à la poésie de l’eau et aux rêveries identitaires, Maxime Georgen, assistant à la Faculté des lettres de l’Université de Neuchâtel, note que "la littérature dite ’alpestre’, symptomatique de l’existence d’un espace culturel suisse - au point qu’elle est souvent identifiée à une littérature ’nationale’ - fut aussi et d’abord celle des lacs et des torrents".

D’où le genre de questions posées crûment à ses lecteurs : les paysages jurassiens, sans eaux apparentes et donc en contradiction avec le mythe suisse, n’auraient-ils pas droit de cité dans la république des lettres ? le Jura peut-il être terre d’écriture ou ne serait-il appelé à exister littérairement que par contumace ?

Une chose est sûre. Dans leurs écrits, des voyageurs des siècles passés ne gardaient pas grands souvenirs des montagnes neuchâteloises, déplorant à l’instar de Lamartine l’absence de lac ou affirmant que le seul spectacle qui valait le détour était à chercher au Saut du Doubs.

Par contre, écrit Maxime Georgen, "ce que le visiteur demande au génie des lieux, c’est de lui montrer des Montagnons, des vrais (…) C’est cet habitant industrieux et sa victoire sur une nature adverse qui font l’objet de l’émerveillement de l’écrivain de passage".

Reste que plus tard, poursuit le chercheur, "suivant le cours du Doubs, les yeux s’ouvrirent lentement sur un espace poétique qui avait, enfin, trouvé son paysage, et le fleuve qui serait son artère ".


* Notes et citations extraites de
"Aux sources absentes,
Poésie de l’eau et rêveries identitaires"
,

par Maxime Georgen, assistant à la Faculté des lettres de l’Université de Neuchâtel
dans " Point(s) d’eau", édité par la Direction des Affaires culturelles de la Ville de La Chaux-de-Fonds,
mars 2003, pages 101-129.

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Le Doubs,
dans le Jura neuchâtelois
(Photo Suisse Tourisme)

"Il faudrait, pour chanter bien l’eau de ce fleuve, donner à la parole sa dolence morbide, trouver des mots d’ombre, savoir envelopper de nonchalance et paresseusement des phrases ondoyantes et molles sans lignes ni contour, s’en allant de leur poids, sans but apparemment, revenant sans vouloir, sans compter avec rien ni avec le temps…" (Jules Baillods, L’Areuse, le Doubs, 1936)


"Le Doubs parle un vieux langage. Si vieux que les hiéroglyphes tracés à l’encre verte, bleue et noire de son eau, conservent un impérissable mystère. Celui de ses images, innombrables et magiques." (Paul Jubin, Images du Doubs, 1992)


"(Un) drame obscur s’était joué, non pas seulement au fond de la triste vallée, mais quelque part aussi dans les replis les plus secrets de ma conscience. C’est mon âme et son fruit prodigieux que j’allais reconnaître là-bas, c’est lui que j’allais arracher péniblement des nappes souterraines, de ces eaux mortes de la pensée, où se remuent, implorant la lumière des naissances, les monstres et les merveilles." (Jean-Paul Zimmermann, La Ligne d’eau, 1947)

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