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juillet 2004.

Des lacs nés du feu ou de la glace

Qui dit Auvergne pense souvent puys, volcans et cratères, mais (...)

Qui dit Auvergne pense souvent puys, volcans et cratères, mais oublie que cette région a connu une ère glaciaire qui a également façonné ses paysages. Partir en grande randonnée au cœur du Massif Central français et du département du Puy-de-Dôme en particulier, c’est donc (aussi) s’en aller à la découverte de lacs aux histoires géologiques fort diverses.

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Servières : cratère, diamètre 300 m., profondeur 26 m.

À vues humaines, il est plutôt difficile d’imaginer que les lacs ne sont pas éternels. Qu’il fut un temps où ils n’existaient pas. Et qu’ils sont sans doute, à très long terme, condamnés à disparaître. Parce qu’ils auront été submergés par les alluvions, vidés par la lente érosion de leurs digues naturelles, détruits par des événements d’origine naturelle ou provoqués par l’homme.

Si l’on fait abstraction des lacs de barrage artificiels, les spécialistes des lacs du Massif Central français les regroupent en trois catégories : lacs de cratère, lacs de barrage naturel et lacs d’origine glaciaire.

La diversité des lacs d’Auvergne offre en tout cas à celui qui tente de les observer de plus près la possibilité de mieux comprendre ces histoires géologiques différentes et leurs traductions dans les paysages et les écosystèmes.

De ce point de vue, le petit village de Godivelle vaut à lui seul déjà le déplacement : dans le bas des habitations, un lac d’origine glaciaire, d’aspect marécageux dans un environnement de tourbières, et dans le haut, à quelques centaines de mètres de là, un lac de cratère volcanique, sans affluent et sans émissaire permanent.

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Pavin : cratère, diamètre 750 m., profondeur 92 m.

Petits bleus dans des écrins de pierre lave

En Auvergne, un mot aux consonances germaniques revient sans cesse dès lors que l’on évoque les lacs de cratère : le « maar », qui désigne une grande dépression circulaire et qui se forme – lit-on dans un très intéressant document (*) publié récemment sous les auspices du Parc Naturel Régional des Volcans d’Auvergne – lorsque le magma de feu qui remonte vers la surface du globe rencontre une nappe ou un cours d’eau.

Il en résulte un choc thermique qui se traduit alors par une violente activité explosive et « les produits éjectés sont pour partie lancés et dispersés par un panache et pour partie entraînés au ras du sol… »

Les cratères-lacs sont relativement aisés à repérer : forme circulaire, bords souvent très pentus, superficie plutôt limitée (rayon de quelques centaines de mètres), mais leur couleur bleu intense laisse deviner des profondeurs inattendues de plusieurs dizaines de mètres.

On aura également compris qu’ils sont oligotrophes, c’est-à-dire alimentés par aucun cours d’eau mais quasi uniquement par des nappes souterraines, qu’ils n’ont généralement pas d’exutoire et que leurs bassins versants, extrêmement réduits, ne permettent pas d’activité humaine. Ce qui en fait des écosystèmes de choix pour la recherche limnologique.

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Godivelle d’En-Bas : origine glaciaire, 15 ha., prof. 3 m.

Nappes éphémères de longue durée

Les éruptions volcaniques peuvent avoir d’autres effets que celui d’emprisonner les eaux dans un cratère. Elles peuvent par exemple surgir au beau milieu d’une vallée et la fermer totalement au point d’empêcher tout écoulement. Ou, ce qui arriva sans doute plus fréquemment, déverser dans la vallée un torrent de lave faisant barrage naturel à sa rivière et donnant peu à peu naissance à un nouveau lac.

Ce qui différencie les lacs barrage des lacs de cratère, tous deux d’origine volcanique, c’est à la fois leur géométrie aléatoire (leur superficie épouse les courbes de niveau de la vallée) et leur faible profondeur.

De plus, l’eau qui les alimente a fini par atteindre la crête du barrage de lave et y trouver un exutoire naturel. Ce qui veut dire aussi que les rivières qui traversent les lacs de ce type y déposent leurs propres alluvions et contribuent lentement mais sûrement à leur comblement. A long terme, la disparition des lacs de barrages volcaniques est donc programmée. Mais on n’est pas à un siècle près…

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Godivelle d’En-Haut : cratère, diam. 300 m., prof. 44 m.

Cuvettes, moraines et compagnie

Il y a une ou deux centaines de siècles, le pays d’Auvergne était recouvert de glaces. Et lorsque les glaciers se sont retirés, ils ont abandonné de nombreux lacs, généralement peu profonds et aujourd’hui souvent convertis en tourbières.

Il faut cependant distinguer ici lacs de surcreusement et lacs de barrage. Dans le premier cas, vu que le socle géologique était inégalement résistant, les glaciers, par leurs différents mouvements, l’ont modelé de creux et de bosses. Et lors de leur fonte, ils ont dévoilé un paysage de collines et de cuvettes occupées par des plans d’eau.

Par ailleurs, on sait que les glaciers, tout au long de leur existence, abandonnent d’importantes quantités de roches, donnant naissance à des moraines latérales, frontales ou autres. Dans certaines configurations, les cordons ainsi formés ont pu eux aussi constituer des retenues d’eau naturelles. Mais, quoi qu’il en soit de leur histoire, ces lacs d’origine glaciaire n’échapperont pas non plus à leur destin inexorable de remblaiement par sédiments et alluvions de toutes sortes.

Un mot encore sur le « statut » des lacs d’Auvergne. La plupart d’entre eux appartiennent à des propriétaires privés ou à des entités collectives. Ce qui signifie que leur accès est plus ou moins ouvertement toléré, quand il n’est pas interdit. Les lacs offrant des aménagements publics de loisirs relèvent donc de l’exception.

Bernard Weissbrodt



Infos complémentaires

Les lacs sont des creux de l’écorce terrestre remplis d’eau. Les limnologues, autrement dit les spécialistes des masses d’eaux séparées des océans, vous expliqueront que, compte tenu de leurs différentes origines géologiques, on peut classer les lacs en plusieurs dizaines de catégories.

La majorité d’entre eux sont nés suite à l’apparition d’un gros obstacle naturel empêchant l’écoulement d’un cours d’eau : moraines de glaciers, coulées volcaniques, alluvions, fractures ou glissements de terrain, etc. Plus rares sont ceux qui résultent de l’action des vents, des mers, ou de l’évolution des cours d’eau.

Aydat

Aydat

Bourbouze

Chambon

Chauvet

Guéry

Pavin

Servières

Photos © aqueduc.info

Documentation :
"Lacs des volcans d’Auvergne"
Édition "La Dépêche Scientifique du Parc"

Site web du Parc Naturel Régional des Volcans d’Auvergne

Mots-clés

Mot d’eau

  • Contempler l’eau

    “Je ne connais pas d’occupation plus totale de soi que de contempler l’eau, surtout l’eau mi-morte. À la fois plaisir et souffrance, divertissement de chaque minute et ennui compact des heures, plénitude et vide ; on vit avec une profonde et sourde intensité en même temps qu’on se détache et s’oublie, on se pétrit et on se délite dans une contradiction dont on ne cherche pas la clé, et il y en a certainement une, mais inutile. À quoi bon comprendre ?” (Alexandre Arnoux, “Rhône, mon fleuve”, 1967)

Glossaire

  • Porosité, perméabilité

    Les deux mots ne doivent pas être confondus car une roche poreuse (un grès par exemple) peut être perméable ou imperméable. On parle de la porosité d’un milieu, d’un sol ou d’une roche lorsqu’ils comportent des pores, c’est-à-dire des vides et des interstices de petite taille parfois microscopique. Le calcul de la porosité permet d’évaluer la capacité de stockage d’un milieu. On parle de perméabilité d’un milieu lorsqu’il est apte non seulement à se laisser pénétrer par un fluide, mais également à être complètement traversé par lui.


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