Coup de pouce pour un projet suisse de recherche en hydroélectricité souterraine
Même si la Suisse compte quelque 8’000 grottes inventoriées et que nombre d’entre elles sont traversées par des centaines de rivières dont les débits varient entre quelques litres et plusieurs mètres cubes par seconde selon les saisons, aucune étude approfondie ne semble avoir été menée jusqu’à présent sur le potentiel hydroélectrique de ces eaux souterraines en milieu karstique.
Ce genre d’ouvrage existe déjà en France depuis 2008 dans le gouffre pyrénéen de la Pierre Saint Martin. Une retenue artificielle a été aménagée à 700 mètres de profondeur dans une immense cavité bien connue des spéléologues (salle de la Verna). L’eau est ensuite acheminée en contrebas par une conduite forcée jusqu’à une petite centrale hydraulique.

- © J.-P. Barthe - Fotolia.com
Pour mémoire, le karst - mot emprunté aux sites calcaires de la région du Kras, près de Trieste - désigne des ensembles géologiques superficiels et souterrains résultant de l’érosion de roches carbonatées, offrant de ce fait des paysages typiques de dolines et d’emposieux, des sous-sols riches en grottes et gouffres en tous genres, des réseaux hydrographiques complexes, et des systèmes de pertes et de résurgences de cours d’eau. Près d’un quart du territoire suisse est de type karstique, plus particulièrement dans la chaîne du Jura et dans les Préalpes.
Objectif : 10 micro centrales souterraines
Le projet ‘Karst Energie’ a pour ambition d’analyser dix sites souterrains suisses dans le détail afin de déterminer s’ils pourraient accueillir des micros centrales hydrauliques. L’avantage principal d’une telle production, explique le spéléologue Didier Schürch, instigateur du projet, se situe au niveau paysager, car les installations restent invisibles. Autres avantages : l’absence de conflits directs d’usage et un environnement peu fréquenté par la faune aquatique. Côté inconvénients, le principal est sans aucun doute un accès aux sites parfois difficile tant pour les travaux d’installation que pour ceux de maintenance.
Compte tenu de la diversité des sites potentiels, plusieurs variantes pourront être prises en considération, qu’il s’agisse par exemple de capter des eaux de surface ou d’aménager un bassin d’accumulation souterrain pour canaliser ensuite ces eaux vers une turbine installée au fond du gouffre ou de les détourner vers l’extérieur, l’essentiel étant dans chaque cas de profiter au maximum du dénivelé et du meilleur débit possible en évitant l’assèchement des rivières et l’abaissement des nappes phréatiques.
Didier Schürch a déjà étudié le potentiel de production du gouffre de Pertuis, dans le canton de Neuchâtel (voir détail ci-contre et schéma ci-dessous). Son projet prévoit deux phases de concrétisation : la première, sur deux ans, devrait déboucher sur la réalisation du site du Pertuis et l’étude de faisabilité des 9 autres, la seconde, d’une durée de huit ans, pour la mise en œuvre de l’ensemble des projets restants.
Mais ces réalisations paraissent buter sur un certain nombre d’obstacles administratifs : les services cantonaux concernés par la demande de concession pour l’étude de faisabilité du projet de Pertuis rechignent à donner leur feu vert (pour motif notamment qu’une importante colonie de chauves-souris occupe une partie du site) et Didier Schürch déplore le fait que des associations écologistes bloquent plus que fréquemment les projets hydrauliques. (bw)

- Coupe transversale du gouffre du Pertuis
(document Didier Schürch)
C’est la troisième fois que le Groupe E, basé à Fribourg et leader de la distribution d’électricité en Suisse romande, décerne le Prix Jade Nature, doté de 10’000 francs suisses et destiné à récompenser un projet innovant en matière de protection de l’environnement et de développement durable. En savoir plus sur Energissima et sur le Prix Jade Nature
À écouter : Les rivières souterraines : source d’électricité ? - Émission Impatience, RSR, 20 mai 2011
Voir aussi l’album photo aqueduc.info des Moulins du Col-des-Roches où dès le milieu du 16e siècle, des meuniers de la vallée neuchâteloise du Locle avaient fait preuve d’une grande imagination et d’une plus grande audace encore en installant - au cœur même d’une importante grotte verticale dans laquelle se jetaient alors toutes les eaux du bassin versant - une série de roues hydrauliques actionnant moulins et battoir, puis, plus tard, huilerie et scierie.
- Solaire flottant lire>
- Mise en service de la nouvelle centrale hydroélectrique de Rheinfelden lire>
- L’accident de Fukushima rappelle que l’eau, aussi, est essentielle aux centrales nucléaires lire>
- Suisse : un label pour les distributeurs d’eau économes en énergie lire>
- Première mondiale : la Norvège se lance dans la production d’électricité par osmose lire>
- Tous les articles sur le thème Energie >



du Pertuis à - 80m
:: Projet hydraulique du gouffre de Pertuis
Le Pertuis (Chézard-Saint-Martin, Neuchâtel) est une cavité fossile rendue artificiellement active en 1963 pour éviter des crues dans un vallon voisin.
Actuellement l’eau emprunte un tunnel artificiel, se déverse dans le gouffre d’une profondeur de 156 mètres, s’infiltre et réapparaît à la source de la Serrière.
Le projet prévoit la pose par forage d’un tuyau de 200 mètres de long reliant la prise d’eau à la salle des machines aménagée 130 mètres plus bas dans une niche de 8 mètres cubes.
Si elle était turbinée, l’eau souterraine qui coule dans ce site pourrait fournir chaque année quelque 120’000 kWh, soit la consommation d’une trentaine de ménages. Ce potentiel reste pour le moment théorique car aucune mesure de débit réel sur un an n’a pu être faite jusqu’à présent par manque d’autorisation officielle.
Le courant produit sera directement réinjecté dans le réseau électrique grâce à la ligne déjà installée à proximité de l’entrée du tunnel artificiel.
(Données et images aimablement communiquées
par Didier Schürch)