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27 novembre 2009.

Copenhague, l’eau évaporée

EDITO DÉCEMBRE 2009 Thermomètre à la hausse, donc davantage (...)

EDITO DÉCEMBRE 2009

Thermomètre à la hausse, donc davantage d’évaporation et de précipitations. Élémentaire mon cher Watson. L’eau est au cœur des changements climatiques. Elle en est même l’un des premiers symptômes : on nous annonce un cycle hydrologique profondément perturbé, dans les quantités d’eau qui tombent ou ne tombent pas, dans leur distribution sur le calendrier des saisons et sur les cartes météo.

Cela ne semble pourtant pas préoccuper outre mesure les diplomates qui planchent depuis des mois sur les textes de la Conférence de Copenhague. Ils ne montrent guère d’intérêt en tout cas pour les conséquences des mutations climatiques sur les ressources hydriques et discutent entre eux comme si les questions posées autour de l’accès à l’eau et de sa gestion n’étaient d’aucune importance pour la survie de l’humanité.

Plusieurs organisations, et pas seulement dans la nébuleuse non gouvernementale, dénoncent vigoureusement cette attitude dont ils ont la preuve : le dernier ’brouillon’ de négociation (‘non-paper’ dans le jargon diplomatique) ne comporte aucune référence claire à l’eau et à sa gestion comme l’un des éléments essentiels de l’adaptation aux changements climatiques.

Cette omission volontaire est d’autant moins compréhensible que les experts ès sciences du climat ne cessent de redire, rapport après rapport, que ces problèmes sont insuffisamment pris en compte dans la formulation des politiques environnementales. Même discours au sein des agences spécialisées de l’ONU : “Ce serait une grossière erreur de ne pas davantage reconnaître la place de l’eau dans les stratégies et les plans d’adaptation à ces changements”, clame le président de ‘ONU-eau’, chargée de coordonner les initiatives onusiennes dans les divers secteurs de l’eau.

En matière de gestion mondiale des ressources en eau comme en bien d’autres domaines, le constat est vraiment simple à faire : le monde souffre cruellement d’un manque de volontés politiques et d’actions crédibles. S’il fallait encore s’en convaincre, il suffirait de regarder avec quel dédain les grands dirigeants de la planète ont boudé le dernier sommet mondial de la FAO sur la sécurité alimentaire, à Rome à la mi-novembre, et à quelle prose insipide se sont laissés aller ceux qui avaient fait acte de présence : “nous nous engageons à prendre aussitôt que possible des mesures pour éliminer durablement la faim”, “nous nous intéresserons à l’accès aux ressources en terres et en eau”, etc. Rien de concret. Pas d’agenda pour traduire en gestes ces vaines promesses, pas d’engagement chiffré pour leur donner la moindre des consistances.

La politique étant l’art du possible, il serait grandement téméraire de croire que Copenhague pourrait accoucher d’un accord international ambitieux et unanime, légalement contraignant et financièrement étayé. Au mieux peut-on imaginer une sorte de canevas diplomatique minimum sur lequel les gouvernements pourraient continuer à négocier dans les mois à venir. Avec les formules rituelles dans lesquelles il suffit, entre deux sommets, de garder les verbes et de changer simplement d’objet direct. Là, la faim. Ici, le réchauffement climatique.

Quant aux silences sur l’avenir de l’eau, cela finit par devenir une habitude. La Convention sur les changements climatiques ne s’en préoccupait déjà pas plus que ça. D’ailleurs on s’était bien gardé à Rio de proposer le moindre traité sur la ressource eau, dont le fameux Agenda 21 disait pourtant qu’elle pourrait pâtir des changements du climat mondial. Et une majorité d’États de par le monde continue à s’opposer à toute idée d’une Convention internationale sur l’eau qui en garantirait l’accès vital à tout un chacun.

Reste peut-être un moyen de convaincre présidents, ministres et autres diplomates indécis : les priver d’eau potable pendant les dix jours de la conférence danoise. Après tout, le patron de la FAO a bien fait grève de la faim la veille du sommet sur l’insécurité alimentaire. Une façon pour lui de témoigner un peu de solidarité avec le milliard de gens qui n’ont rien ou presque à se mettre sous la dent. La soif, comme la faim, oblige à l’urgence et à l’essentiel.

Bernard Weissbrodt


Copenhague, l’eau et le climat, dossier aqueduc.info

- “L’eau doit figurer à l’ordre du jour de Copenhague”
- Eau et climat : scénarios pour bientôt
- Eau et climat : impacts en Suisse
- Eau et climat : un guide européen pour des stratégies d’adaptation




Infos complémentaires


:: Points de repères

- La Convention des Nations Unies sur les changements climatiques, signée en 1992 au Sommet de la Terre à Rio, a pour objectif de stabiliser les émissions de gaz à effet de serre pour préserver l’équilibre écologique de la planète et garantir une production alimentaire et un développement économique durables.

- La Conférence des Parties (COP), qui regroupe tous les États signataires de la Convention, est l’autorité supérieure responsable de la mise en œuvre du traité et se réunit en principe chaque année, généralement à Bonn (Allemagne) qui héberge le Secrétariat de la Convention.

- Le Protocole de Kyoto, adopté en 1997 par la COP3 comme un complément à la Convention, entré en vigueur en 2005, engage les pays industrialisés à réduire avant 2012 leurs émissions de gaz à effet de serre de 5,2 % par rapport à 1990.

- La COP15 de Copenhague, du 7 au 18 décembre 2009, devrait en principe aboutir à un nouvel accord renforçant les moyens de lutte contre le réchauffement climatique. Les principaux enjeux portent sur

* des objectifs contraignants de réduction des émissions dans les pays industrialisés
* l’adaptation aux changements climatiques déjà sensibles
* les mesures que les pays en développement peuvent prendre à leur niveau
* la coopération internationale en matière de financement et de transfert de technologies propres
* les structures de gouvernance pour l’utilisation de l’aide financière internationale.


:: Liens officiels

- Convention des Nations Unies sur les changements climatiques
- Conférence de Copenhague 2009


:: C’est déjà demain...

« Il serait grand temps que les responsables en tout genre, qui tiennent en main le destin de nos sociétés, cessent de tergiverser chaque fois qu’un rapport alarmant sur l’état de nos ressources planétaires est publié. Les scientifiques ont perdu une génération à convaincre le monde de la réalité du réchauffement climatique et du rôle de l’Homme dans cette problématique. Encore une génération et nous nous trouverons à l’horizon 2040 proches de plusieurs points de non-retour concomitants ! »
(Martin Beniston, titulaire de la chaire de climatologie de l’Université de Genève, dans Le Temps, 11 mars 2008)

Mot d’eau

  • Eurêka !

    Comment mieux exprimer l’ivresse dont la raison, heureuse, fait flotter dans l’eau et l’intuition, bienheureuse, léviter dans l’air ? Archimède sentit le mouvement et se leva de l’émotion de ces deux éléments, comme s’il entendait le murmure des ondes et la vibration du vent. Et j’entends eurêka comme ce triple écho et du corps et de l’air et de l’eau. (Michel Serres [décédé le 1er juin 2019], "Biogée", 2010)

Glossaire

  • Pénurie

    Les pénuries surviennent lorsqu’il n’y a pas assez d’eau pour satisfaire à la fois les demandes humaines et les besoins de la nature, soit parce que cette eau fait physiquement défaut, soit parce que la demande est excessive ou que la ressource a été surexploitée, soit parce que le manque d’infrastructures, de moyens financiers ou de compétences techniques ne permet pas à une population de s’approvisionner en eau de quantité et de qualité suffisantes, soit aussi parce que des groupes humains sont empêchés par d’autres d’y avoir accès.


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