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1er juin 2005.

Comment faire du commerce d’eau plate ?

L’approche des grandes soifs de l’été stimule la curiosité des (...)

L’approche des grandes soifs de l’été stimule la curiosité des journalistes pour l’eau plate, celle du robinet, en verre ou en carafe, que l’on demande au bistrot et que l’on veut vous faire payer, et celle de source ou de réseau, en fontaine, que l’on vous propose par exemple au boulot mais dont on est en droit de se demander si elle présente toutes les garanties d’hygiène…

ZH2O. C’est le label que l’Office du tourisme de Zurich a choisi pour la bouteille de 4 décilitres d’eau du robinet de la ville qui sera bientôt vendue aux touristes en guise de souvenir. « Une opération parfaitement légale », précise Le Matin du 20 mai 2005, « à condition de ne pas la faire passer pour de l’eau minérale ».

Le même Office du tourisme propose aussi aux restaurateurs de vendre l’eau du robinet deux francs le verre. Au journaliste du quotidien romand, on explique que « ce n’est pas une question d’argent » mais qu’il s’agit de faire connaître l’eau du réseau zurichois : « après tout, les analyses le prouvent : elle est souvent bien meilleure que celle sortie des bouteilles. »

Et si le client doit ouvrir son porte-monnaie, c’est, dit-on, pour « payer le service ». Il paraît même que l’on songe aussi à prélever une partie de la somme encaissée pour la reverser à des projets de développement dans le tiers monde. La charité prend de la bouteille...

Le respect du métier

Quatre jours plus tard, le journal 24 Heures, qui a mené enquête dans les bistrots lausannois, révèle que certains restaurateurs, pour faire face à la forte augmentation de la demande, « ont choisi de faire payer la carafe d’eau du robinet », entre 1 et 2,50 francs.

Précision importante : le prix à la carafe n’est semble-t-il imposé que lorsque le client ne commande aucune autre boisson. « Mes charges augmentent », raconte l’un des bistrotiers cité par le journal, « il est difficile de les répercuter. Je paie une personne pour servir et laver le récipient ainsi que les verres. Et certains viennent juste pour consulter les journaux. »

Un autre explique qu’il fait cela non pour s’enrichir, « mais pour faire respecter ce métier ». D’ailleurs, « c’était une demande du personnel, qui ne voyait pas pourquoi ça continuerait à être gratuit » et que « la somme désormais perçue est intégralement reversée aux serveurs ».

Fontaines à bactéries ?

Le 31 mai, l’émission À Bon Entendeur de la Télévision suisse romande s’intéresse aux « fontaines à eau ou fontaines à bactéries ? » qui fleurissent dans les bureaux, grands magasins et autres lieux publics. Actuellement, en Suisse, il se vend chaque année un million et demi de bonbonnes, c’est-à-dire 28 millions de litres environ.

Commentaire de l’émission ABE : « En plus des montagnes de déchets générées par les gobelets, ce système implique tout un va-et-vient par camion, pour amener les bouteilles pleines et les faire repartir, à vide, vers l’usine de production. Quand on connaît l’état de la planète et si l’on veut laisser une ou deux gouttes de pétrole ainsi que quelques bouffées d’air respirable aux prochaines générations, il serait temps de se demander si ce genre de commerce est vraiment prioritaire. »

Tant il est vrai qu’en Suisse, « l’eau du robinet est excellente, aussi bien en terme de goût que sur le plan bactériologique. Dans certaines régions, c’est même de l’eau de source qui coule dans les tuyaux, identique parfois à celle mise en bouteille et vendue dans le commerce. »

Eaux stagnantes

Les enquêteurs d’ABE ont voulu en savoir un peu plus sur la qualité de ces bonbonnes et en ont fait analyser près d’une trentaine d’échantillons prélevés ici et là en Suisse romande. Pour le laboratoire cantonal vaudois, il semble clair, au vu des résultats, que « la manière de distribuer de l’eau en fontaine n’est pas encore optimale, contrairement à l’eau de réseau, la plupart du temps ».

C’est que l’eau des bonbonnes est une eau stagnante, qui dépend de surcroît des conditions d’entreposage, de lumière et de température qui, si elles ne sont pas adéquates, peuvent favoriser le développement de germes dont certains peuvent présenter un risque pour la santé. Alors que, faut-il le rappeler ?, l’eau du robinet est contrôlée en permanence par les services de distribution.

Et qu’en est-il du porte-monnaie ? Laissons la réponse à l’émission ABE : « 750 francs en moyenne pour un mètre cube d’un côté, contre 1 franc 50 de l’autre, pour le même mètre cube au robinet... économiquement, il n’y a pas photo non plus ! Pourtant, les entreprises qui ont réussi à résister à l’invasion de la bonbonne de 5 gallons ne sont pas nombreuses. »




Mots-clés

Glossaire

  • Eau potable

    La législation suisse sur les denrées alimentaires définit l’eau potable comme une "eau naturelle ou traitée qui convient à la consommation, à la cuisson d’aliments, à la préparation de mets et au nettoyage d’objets entrant en contact avec les denrées alimentaires". Cette eau doit être "salubre sur les plans microbiologique, chimique et physique". La loi définit de manière précise les exigences de qualité auxquelles elle doit satisfaire en tout temps et les concentrations maximales admissibles de diverses substances.

Mot d’eau

  • Eaux de source

    "Rosette témoigna, pour apaiser sa soif, le désir de boire aussi de cette eau, et me pria de lui en apporter quelques gouttes, n’osant pas, disait-elle, se pencher autant qu’il le fallait pour y atteindre. Je plongeai mes deux mains aussi exactement jointes que possible dans la claire fontaine, ensuite je les haussai comme une coupe jusqu’aux lèvres de Rosette, et je les tins ainsi jusqu’à ce qu’elle eût tari l’eau qu’elles renfermaient, ce qui ne fut pas long, car il y en avait fort peu, et ce peu dégouttait à travers mes doigts, si serrés que je les tinsse." (Théophile Gauthier, "Mademoiselle de Maupin", (...)

Mot d’eau

  • « Le fleuve me hantait »

    "La proximité de sa grandeur réveillait en moi une antique terreur des eaux qui, en présence des rivières et des fleuves, même vus du rivage, me tourmente l’âme. La fluidité des eaux fluviales, lentes ou rapides, me trouble, où je décèle un monde à demi visible de formes fugitives qui tentent et parfois fascinent l’âme inattentive. Ce sont des êtres sinueux et insinuants que les fleuves et les rivières, même farouches." (Henri Bosco, "Malicroix", 1948)


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