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2 juin 2003.

Chine : le plus grand barrage du monde est mis en eau

Dimanche 1er juin, à minuit, les 22 vannes de vidange et 19 (...)

Dimanche 1er juin, à minuit, les 22 vannes de vidange et 19 conduites de dérivation (sur 23) du barrage des Trois-Gorges sur le fleuve Yangtsé ont été fermées, marquant le début officiel de la mise en eau de cet ouvrage aussi controversé que gigantesque. Les travaux de construction avaient commencé il y a dix ans, ils devraient être achevés en 2009.

Cinq chiffres-clés à retenir pour essayer de visualiser l’aspect pharaonique de cet aménagement sans pareil au monde : 2’309 mètres (longueur du barrage), 181 mètres (sa hauteur), 22 milliards de mètres cubes (le volume d’eau retenu), 600 kilomètres (la longueur du lac réservoir) et 700 kilomètres carrés (sa superficie).

Ce barrage - édifié dans la province de Hubei, au centre de la Chine, là où le fleuve Yangtsé quitte un long défilé de trois gorges pour gagner la plaine - a été très tôt l’objet de contestations. A commencer par une partie du Parlement chinois : en 1992, un tiers de ses députés avaient refusé de soutenir le projet.

Une autre controverse, plus récente, est née des inspections entreprises avant la mise en eau et qui ont mis le doigt sur des problèmes d’étanchéité de l’ouvrage : les travaux de réparation de fissures repérées en 1999 déjà seraient jugés insatisfaisants et d’autres défauts de construction auraient été décelés.

Les avantages (officiels) en six points

Répondant aux nombreuses objections émises également à l’étranger à l’encontre du projet, le message officiel des autorités chinoises- si l’on se réfère à un communiqué diffusé en juin 2002 par le "Centre d’informations sur Internet de Chine" - peut se résumer en six arguments :

- protection : le réservoir des Trois Gorges permettra de contrôler les crues exceptionnelles et les inondations catastrophiques qui surviennent une fois par siècle (sécurité accrue pour 15 millions d’habitants et 1,5 millions d’hectares de terres cultivées)
- électricité : les 26 turbines de 700 mégawatts chacune de la centrale hydroélectrique produiront chaque année plus de 84 milliards de kilowattheures
- navigation : des bateaux de 10’000 tonnes pourront remonter depuis la mer et sans transit jusqu’au port de Chongqing
- aquaculture : la zone du lac réservoir deviendra un immense centre d’aquaculture en eau douce pour l’élevage de crevettes, coquillages, poissons, oies et canards
- tourisme : le barrage des Trois Gorges constituera un nouveau site touristique et attirera de nombreux visiteurs
- population : le million de personnes qui ont été obligées de quitter la région submergée trouveront de nouvelles "opportunités de développement économique" puisque les structures de production industrielle ou agricole seront forcément réajustées et modernisées.

La polémique suivra elle aussi son cours

Les arguments officiels chinois sont cependant loin de convaincre les adversaires du barrage qui doutent, par exemple, de sa capacité à contenir efficacement l’énorme quantité d’eau charriée par le Yangtsé lors de ses crues estivales.

D’un point de vue énergétique, les opposants estiment aussi que le courant électrique qui sera produit sur le site des Trois Gorges et qui devra être transporté vers l’est et le sud de la Chine sur une distance de plus de 1’000 kilomètres coûtera plus cher que le courant produit localement.

Écologiquement parlant, il faut s’attendre sans doute à ce que la création de cet immense lac modifie considérablement le climat régional, lequel va se réchauffer et devenir encore plus humide, avec pour conséquence que les meilleures terres agricoles de la région soient submergées.

Quid des droits de l’homme ?

Mais c’est aussi les risques supplémentaires de violations des droits humains qui risquent d’être accentués avec la mise en eau des Trois Gorges. Un rapport publié conjointement il y a quelques semaines par International Rivers Network (IRN) et par "Les Amis de la Terre" montre que de nombreux problèmes de déplacement des populations n’ont pas été résolus.

La construction du barrage, financé par des fonds publics, s’accompagnerait même de violations systématiques des droits humains, notamment à l’encontre des centaines de milliers de personnes déplacées par le projet. Lors de la dernière session annuelle de la Commission des droits de l’Homme des Nations Unies, à Genève, les deux ONG avaient demandé à la Chine de suspendre la mise en eau du réservoir jusqu’à ce que les problèmes des droits humains liés à cet aménagement soient résolus.

Dans la campagne qu’elles ont menées depuis plusieurs années contre le projet des Trois Gorges, l’association de "La Déclaration de Berne" et plusieurs autres ONG ont elles aussi attiré l’attention du gouvernement fédéral sur d’évidentes violations des normes sociales et écologiques.

En conséquence de quoi elles estimaient notamment inacceptable que des entreprises engagées dans les travaux d’équipement du barrage bénéficient de soutiens financiers publics par le biais de garanties contre les risques à l’exportation. (bw)


Centre d’informations sur Internet de Chine
(nombreuses informations officielles chinoises sur le barrage disponibles sur ce site à partir de son moteur de recherche)

Dossier Grands Barrages de "La Déclaration de Berne"

Voir aussi, parmi la multitude de pages internet consacrées à ce sujet, celle de l’Académie de Grenoble




Mot d’eau

  • Contempler l’eau

    “Je ne connais pas d’occupation plus totale de soi que de contempler l’eau, surtout l’eau mi-morte. À la fois plaisir et souffrance, divertissement de chaque minute et ennui compact des heures, plénitude et vide ; on vit avec une profonde et sourde intensité en même temps qu’on se détache et s’oublie, on se pétrit et on se délite dans une contradiction dont on ne cherche pas la clé, et il y en a certainement une, mais inutile. À quoi bon comprendre ?” (Alexandre Arnoux, “Rhône, mon fleuve”, 1967)

Glossaire

  • Porosité, perméabilité

    Les deux mots ne doivent pas être confondus car une roche poreuse (un grès par exemple) peut être perméable ou imperméable. On parle de la porosité d’un milieu, d’un sol ou d’une roche lorsqu’ils comportent des pores, c’est-à-dire des vides et des interstices de petite taille parfois microscopique. Le calcul de la porosité permet d’évaluer la capacité de stockage d’un milieu. On parle de perméabilité d’un milieu lorsqu’il est apte non seulement à se laisser pénétrer par un fluide, mais également à être complètement traversé par lui.


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