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25 janvier 2012.

“Bottled Life - Nestlé ou la vérité sur le commerce de l’eau”

Présenté en première aux Journées de Soleure, principal festival (...)

Présenté en première aux Journées de Soleure, principal festival dédié au cinéma suisse, le film documentaire “Bottled Life – Nestlé et le commerce de l’eau”, réalisé par le cinéaste suisse Urs Schnell avec la collaboration du journaliste Res Gehringer, ambitionne de dévoiler les coulisses du marché de l’eau en bouteille. Pour ce faire, il se lance dans une enquête sur les activités de la multinationale suisse Nestlé, numéro un mondial d’un secteur économique qui brasse des milliards.

Lorsqu’en 2008 Urs Schnell fait part de son projet au siège du groupe Nestlé à Vevey, il dit s’être heurté à un refus d’entrée en matière et que la seule réponse obtenue arguait que c’était "le mauvais film au mauvais moment". Res Gehringer ne renonce pas à son idée et entame son enquête aux États-Unis, au Pakistan et au Nigéria avec pour ambition de faire la lumière sur les comportements et les stratégies du plus puissant groupe agroalimentaire mondial.

Aux États-Unis, il découvre que c’est la loi du plus fort qui prédomine : celui qui possède ou gère des terres a le droit d’y pomper toute l’eau qu’il veut, sans se soucier de son voisin. Dans le Maine, “Nestlé se bat contre la résistance des habitants à l’égard de ce pompage intempestif de leur eau : avec une armée d’avocats, de lobbyistes et de conseillers en relations publiques”.

Au Pakistan, le journaliste s’intéresse à la situation des gens qui vivent à proximité d’une usine Nestlé : “ici, le niveau de la nappe phréatique s’est rapidement abaissé, et l’eau des puits qu’utilisent les habitants est devenue un nauséabond bouillon de culture”.

À Lagos, au Nigéria, l’eau est devenue un bien de consommation qui a son prix pour tout le monde : “dans les bidonvilles, les familles consacrent la moitié de leur budget à acheter de l’eau en barriques ; de leur côté, les classes privilégiées boivent ’ Nestlé Pure Life’”, la marque d’eau en bouteille la plus vendue à travers le monde, produite à base d’eau souterraine locale et enrichie d’un mélange spécial de sels minéraux. Pour l’entreprise suisse qui a inventé et développé ce modèle commercial, ’Pure Life’ présente le double avantage de pouvoir être produite quasiment partout dans le monde et offrir partout le même goût.

Au terme de ses voyages et de ses enquêtes, ce que Res Gehringer retient d’abord, "c’est l’image d’une multinationale qui s’approprie le droit sur des sources partout à travers le monde à seule fin d’avoir la main sur le commerce de l’eau dans les années à venir".

La réponse de Nestlé

Dans une prise de position publiée par le service de communications de Nestlé, en date du 20 janvier 2012, la multinationale précise entre autres que l’eau ’Nestlé Pure Life’ a été lancée au Pakistan en 1998 “à titre de boisson à prix abordable s’adressant aux familles à revenu moyen à la recherche d’une eau saine, conditionnée dans un format pratique, au goût stable et bénéficiant de la garantie de qualité de Nestlé” et qu’elle représente pour les consommateurs à revenu moyen, “une marque d’eau embouteillée à prix abordable qui répond aux normes de qualité qu’impose Nestlé Waters dans tous les pays où elle exerce son métier”.

Quant à son refus de participer au projet de film sur son secteur des eaux embouteillées, Nestlé l’explique par le fait qu’elle avait alors “la forte impression que le film serait unilatéral et ne représenterait pas la société et ses collaborateurs de manière équitable. Nestlé reste ouverte à une participation à des discussions et à des projets où les deux parties ont une chance égale de présenter leur point de vue. Ce que nous savons du film confirme cette impression initiale”. (Sources : dossier de presse ’Bottled Life’ et Corporate Communications de Nestlé)


- Site web du film "Bottled Life"
- Sites web de Nestlé Waters et Nestlé Waters Suisse




Infos complémentaires

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“Bottled Life -
Nestlé ou la vérité
sur le commerce de l’eau”

Documentaire, 1h30
Suisse, Allemagne
Langue originale : anglais
Réalisation : Urs Schnell
Recherches : Res Gehringer
Production : DokLab GmbH
Sortie : 25 janvier 2012


:: Points de vue

Le débat est lancé et il pourrait continuer longtemps. Il est en tout cas nécessaire. Dommage par contre qu’il ait lieu en dehors de Bottled Life. Car si le film s’avère passionnant, il peut parfois donner l’impression d’être partial puisqu’on n’y découvre qu’un seul point de vue. Nestlé aurait gagné en crédibilité à accepter d’emblée de s’expliquer.
L’HEBDO,
Stéphane Gobbo

La teneur en eau du corps humain est de l’ordre de 56%. L’eau constitue la ’priorité majeure’ pour la multinationale et ses actionnaires. Comment concilier le processus vital et l’essor économique ? Nestlé refuse le débat. Au terme de Bottled Life, les valeurs citoyennes que prône l’entreprise, sa doctrine du ’Creating Shared Value’, paraissent sujettes à caution.
LE TEMPS,
Antoine Duplan

Urs Schnell et Res Gehriger font preuve d’une bien mauvaise foi dans ce documentaire, en accusant Nestlé de toutes sortes de maux - corruption, vol, illégalité, etc... - sans la moindre preuve et en s’offusquant du fait que cet empire de l’alimentation fournisse non gratuitement - donc, ô grand sacrilège, vende - des bouteilles d’eau pure et sans bactéries à des millions de gens dans des pays où les gouvernements corrompus n’ont jamais réalisé quoi que ce soit de bon.
CINEMAN,
Constantin Xenakis

Le film laisse sans réponse un grand nombre de questions et recèle l’avantage de s’interroger sur des pratiques pour le moins obscures et prouve clairement que Nestlé et la transparence ne vont pas de pair, loin s’en faut.
CLAP.CH,
Remy Dewarrat

Mots-clés

Glossaire

  • Eau potable

    La législation suisse sur les denrées alimentaires définit l’eau potable comme une "eau naturelle ou traitée qui convient à la consommation, à la cuisson d’aliments, à la préparation de mets et au nettoyage d’objets entrant en contact avec les denrées alimentaires". Cette eau doit être "salubre sur les plans microbiologique, chimique et physique". La loi définit de manière précise les exigences de qualité auxquelles elle doit satisfaire en tout temps et les concentrations maximales admissibles de diverses substances.

Mot d’eau

  • Eaux de source

    "Rosette témoigna, pour apaiser sa soif, le désir de boire aussi de cette eau, et me pria de lui en apporter quelques gouttes, n’osant pas, disait-elle, se pencher autant qu’il le fallait pour y atteindre. Je plongeai mes deux mains aussi exactement jointes que possible dans la claire fontaine, ensuite je les haussai comme une coupe jusqu’aux lèvres de Rosette, et je les tins ainsi jusqu’à ce qu’elle eût tari l’eau qu’elles renfermaient, ce qui ne fut pas long, car il y en avait fort peu, et ce peu dégouttait à travers mes doigts, si serrés que je les tinsse." (Théophile Gauthier, "Mademoiselle de Maupin", (...)

Mot d’eau

  • « Le fleuve me hantait »

    "La proximité de sa grandeur réveillait en moi une antique terreur des eaux qui, en présence des rivières et des fleuves, même vus du rivage, me tourmente l’âme. La fluidité des eaux fluviales, lentes ou rapides, me trouble, où je décèle un monde à demi visible de formes fugitives qui tentent et parfois fascinent l’âme inattentive. Ce sont des êtres sinueux et insinuants que les fleuves et les rivières, même farouches." (Henri Bosco, "Malicroix", 1948)


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