AccueilInfosAnnées précédentesAnnée 2008

11 novembre 2008.

À Songpèlsé, les femmes ont fait de l’eau toute une histoire

« Nous savons tous que l’eau c’est la vie. Mais nous les femmes nous (...)

« Nous savons tous que l’eau c’est la vie. Mais nous les femmes nous en savons plus avec les trajets que nous faisons chaque jour pour approvisionner nos familles » : Claire Rouamba et les femmes de Songpèlsé, village d’un millier d’habitants à une trentaine de kilomètres de Ouagadougou, au Burkina Faso, avaient donc bien des raisons de danser joyeusement le 16 novembre 2008 pour l’inauguration de leur château d’eau. Cette journée leur apportait la récompense des efforts, sinon des batailles, qu’elles menaient depuis près de dix ans. Désormais l’accès à l’eau leur sera moins pénible et leur permettra de mieux vivre, ce qui leur laissera un peu plus de temps pour les activités de développement qui font aussi leur fierté.

Tout commence en 1999. Claire Rouamba et quelques femmes du village décident de fonder le Groupement féminin Song-Taaba (entraide, dans la langue des Mossis) sur le modèle d’une organisation de type coopératif en milieu rural. Leur objectif prioritaire : obtenir l’installation d’un puits de grand diamètre « afin de diminuer un tant soit peu, par delà la souffrance des femmes, certains maux liés aux pénuries d’eau et à son insalubrité ». Les points d’eau, constitués de quelques marigots et d’un seul puits traditionnel, ne suffisaient pas à l’approvisionnement du village. Et ce n’est pas une vie que de parcourir chaque jour 6 à 7 km pour récupérer 10 à 15 litres d’eau.

Vu le nombre d’obstacles à franchir, créer une association comme celle-là ne va pas sans péripéties. Il fallait commencer par faire comprendre aux femmes, par delà les us et coutumes de la société traditionnelle, qu’elles avaient le droit et le pouvoir de fonder leur propre groupement villageois. Ce qui signifiait une forme de contestation du pouvoir quasi absolu des hommes, par ailleurs peu pressés de s’investir personnellement dans le développement économique et social de la collectivité.

Faire ensuite reconnaître légalement l’association par les autorités n’était pas non plus une mince affaire. Une fois déposés les documents requis par l’administration, les femmes de Songpèlsé ont dû attendre son feu vert durant plus de trois ans ! À leur grand désespoir, vu qu’à chacune de leurs démarches elles ne recevaient que réponses évasives et négatives.

Une fois le Groupement féminin Songtaaba officiellement reconnu, commence alors la longue et patiente démarche qui lui permettra de trouver un financement pour l’aménagement d’un puits ou d’un forage. Les cotisations des femmes (156’000 francs CFA, soit environ 400 francs suisses) n’y suffisent évidemment pas. Plusieurs ONG sont contactées, mais constituer un dossier de projet représente un gros défi quand on n’a pas fait d’études supérieures. Finalement, c’est auprès d’une association suisse, Nouvelle Planète, qu’elles trouvent en 2004 l’appui nécessaire à l’installation d’un forage. Les habitants de Songpèlsé y collaboreront concrètement par toutes sortes de travaux : portage d’eau, de sable, de gravier et autres matériaux de base.

JPEG - 7.9 ko
Tout nouveau point d’eau appelle d’autres gestes et nouveaux comportements

Quand l’eau, le puits et le forage sont là, il faut apprendre à les gérer. Garantir la pérennité de ce précieux bien public est une responsabilité communautaire. Il faut convaincre chaque membre du village d’adopter de nouveaux comportements : comment utiliser les points d’eau, comment veiller à leur propreté, comment s’organiser pour ne pas épuiser la nappe souterraine, comment contribuer aux frais d’entretien des installations, etc. Le forage, pourtant, présente une efficacité limitée. Il faut beaucoup d’énergie (humaine) pour faire tourner la grande roue de la pompe, 300 tours de manivelle à cadence soutenue pour remplir un jerrycan de 24 litres ; en une heure, on extrait péniblement 600 litres alors qu’on pourrait théoriquement en capter cinq fois plus ; l’eau arrive par à coups et il est difficile d’éviter le gaspillage. Restait alors la solution du château d’eau, étape finalement franchie grâce à un don privé.

C’est une association de bénévoles de Suisse romande, Ingénieurs et Architectes Solidaires (IAS), nantie de plusieurs interventions en Afrique de l’Ouest et en Amérique latine, qui a pris sur elle de faire construire un château d’eau d’une dizaine de mètres de hauteur et d’une capacité de 20 mètres cubes, et d’y installer un pompage électrique alimenté par panneaux solaires, système qui a largement fait ses preuves et qui recourt à l’énergie la plus naturelle qui soit en pays sahélien.

JPEG - 4.8 ko
Coupure de ruban pour l’ouverture du château d’eau

Les femmes de Songpèlsé ont désormais de quoi non seulement répondre aux besoins domestiques quotidiens en eau potable, mais aussi de renforcer quelques-unes des activités de revenu (maraîchage, savonnerie, teinture, etc.) qu’elles mènent d’un commun accord avec les femmes de quelques autres villages alentours. Car, entre temps, le groupement féminin Songtaaba a fait école et a donné naissance à une sorte d’organisme faîtier, l’Association Songtaaba des femmes unies et développement (ASFUD).

Elles sont bien conscientes que le château d’eau changera leur vie et qu’elles vont devoir apprendre à gérer autrement la nouvelle installation, en tenant compte notamment des capacités de recharge du château d’eau au rythme du soleil. Un comité de l’eau de trois femmes et trois hommes a été constitué, il devra veiller à la bonne gestion des équipements et à la répartition équitable de la ressource par le biais entre autres d’un système de tarification (10 francs CFA pour 2 jerrycans, c’est-à-dire environ 1 franc suisse le mètre cube). Ce qui devrait permettre de financer à la fois le salaire d’une personne préposée à l’entretien du site et le remplacement des petits matériels sensibles à l’usure tels les robinets, mais également constituer un petit capital d’amortissement pour le jour où il faudra changer la pompe.

Bernard Weissbrodt,
avec Claire Rouamba, présidente de l’ASFUD

- Photos IAS (B.Béroud et P.-A.Steffen)
- Voir l’album photo Histoire d’eau au village de Songpèlsé


- L’article ci-dessus peut être téléchargé
dans une mise en page spéciale (PDF, 1.2 Mo)

PDF - 1.3 Mo
Songpèlsé - Histoire d’un château d’eau




Infos complémentaires

L’ancien forage et le château d’eau en cours d’installation


:: ASFUD

L’Association Songtaaba des femmes unies et développement (ASFUD), née en octobre 2006, regroupe aujourd’hui plus de 400 femmes et une centaine d’hommes. Elle a pour ambition de promouvoir le développement socio-économique des femmes, l’éducation des enfants et l’alphabétisation des adultes, la défense des droits humains et l’engagement éco-citoyen.

Elle a mis en place une structure couvrant différents domaines d’activités intégrées : maraîchage et séchage de légumes, apiculture et miellerie, formation artisanale au tissage et à la teinture, production de beurre de karité et de savon, gestion d’un petit hébergement rural, banque de céréales, élevage de porcs, gestion d’un moulin à grain, collecte des déchets et ordures ménagères, reboisement, etc..

Cellule de tissage
à Songpèlsé

Afin que les mères de famille puissent participer à ces différentes activités, l’association a mis en place une crèche communautaire animée par deux monitrices bénévoles ainsi que des cours d’alphabétisation et un appui aux démarches administratives. Elle a par ailleurs instauré une forme de micro-crédit dont une centaine de femmes ont d’ores et déjà bénéficié pour un montant global de plus d’un million de francs CFA (2’500 francs suisses).

- Site web de ASFUD
(en construction)


:: IAS

L’Association Ingénieurs & Architectes Solidaires (IAS) a été fondée en 1996 à Genève. Elle rassemble des ingénieurs, architectes, étudiants et autres personnes intéressées par le transfert de technologies alternatives au bénéfice de populations de pays en développement dans le but de réduire les inégalités entre le Nord et le Sud. Ses membres travaillent bénévolement dans un esprit interdisciplinaire.

IAS a déjà à son actif plusieurs réalisations et plusieurs projets en Afrique (Bénin, Burkina Faso, Mali, Sénégal, Togo), en Amérique latine (Honduras, Pérou) et en Haïti. Elle intervient principalement dans des domaines comme l’adduction électro-solaire d’eau potable (par châteaux d’eau), l’alimentation électro-solaire (dispensaires, classes, cyber-cafés, etc.), le chauffage solaire et l’isolation thermique, initiation et formation aux énergies renouvelables, etc.

-  Site web de IAS
- 

Lire aussi : "Le Nouvel An des habitants d’Ayakopé au Togo"

Mots-clés

Glossaire

  • Bédières et moulins

    Une bédière est un torrent d’eaux de fonte ou de pluie qui s’écoulent à la surface d’un glacier et qui au fil du temps finissent par creuser des moulins, sortes de gouffres qui eux-mêmes débouchent sur des réseaux de galeries à l’intérieur ou sous le glacier et jusqu’à sa partie frontale. C’est en quelque sorte un système hydrologique qui ressemble, à certains égards, à celui que l’on trouve dans des massifs karstiques où par érosion l’eau forme toutes sortes de cavités souterraines.

Mot d’eau

  • L’eau fugitive

    On entendait à peine au fond de la baignoire / Glisser l’eau fugitive, et d’instant en instant / Les robinets d’airain chanter en s’égouttant. (A. de Musset, Premières poésies, « Namouna », viii.)


Contact Lettre d'information